La Libre.be > Actu > Politique belge > Article
Nollet : "Ecolo est une force en déploiement"
Martin Buxant et Vincent Rocour
Mis en ligne le 03/09/2011
L’Ecolo Jean-Marc Nollet livre son analyse de la situation politique alors que les négociations en vue de former un gouvernement abordent un nouveau virage ce week-end.
Après quatorze mois de négociation, peut-on encore être optimiste ?
On a vécu les 27 sièges de la N-VA comme un véritable coup de massue. On avait l’impression que la Belgique était dans le coma. Et cela a duré quatorze mois jusqu’au 21 juillet dernier. Depuis, il y a un changement : les objectifs des gens autour de la table de négociation sont de faire vivre l’Etat fédéral. Et l’arrogance reste au vestiaire. Je ne suis pas là pour faire un pronostic mais je pense qu’il y a moyen de concrétiser certaines pistes. Même si ceci reste très fragile.
Pensez-vous que le CD&V soit capable d’endosser un compromis sans la N-VA ?
Il ne faut pas être naïf : ce n’est pas parce que la N-VA n’est plus autour de la table que tout est réglé. Mais on a besoin d’un gouvernement, on doit avoir de la visibilité sur le moyen et le long terme. On travaille à la petite semaine et ce n’est pas tenable.
Plusieurs responsables du MR ont récemment exigé qu’Olivier Maingain puisse s’asseoir à la table de négociation…
Ce qui est décisif, c’est ce qui se passe autour de la table de négociation. Je suppose que tous les présidents de partis relayent fidèlement la position qui est défendue par leur formation politique - comme c’est le cas chez Ecolo. J’ai du mal à croire que, parce qu’Olivier Maingain n’est pas à la table, Charles Michel se tait quand on parle de BHV C’est un faux problème.
C’est donc beaucoup de bruit pour rien ?
C’est un problème à l’interne du MR. Si on n’a pas confiance dans son président de parti pour qu’il porte le message, c’est qu’il y a un problème de confiance au sein du MR. Tout ceci est surtout une remise en cause de Charles Michel par Olivier Maingain ou Didier Reynders. On veut remettre en cause son autorité, sa capacité à porter les idées et projets du MR. Il ne faut pas croire qu’il n’y a qu’Olivier Maingain qui sache défendre les droits des francophones.
C’est peut-être lui le plus pointu…
Ce qui compte, c’est de ne pas avoir le regard seulement sur les droits électoraux. A côté de ces droits très importants, il y a des droits plus fondamentaux encore : les droits administratifs et judiciaires qui touchent beaucoup plus concrètement les gens. Ces droits-là, il y a une série de francophones autour de la table qui les défendent bec et ongles. Sur les droits électoraux, on sait bien qu’il faudra un compromis. Cela ne sert à rien de faire semblant qu’il n’y en aura pas.
Donc, c’est bien les présidents de partis qui doivent négocier ?
C’est la méthode qui a été choisie par le formateur, et ce n’est pas moi qui compose la délégation du MR.
Di Rupo ferait-il un bon Premier ministre ?
Oui. Je pense qu’il a les compétences et les capacités pour faire un bon Premier ministre. Il est aussi en train de prouver qu’il est un bon formateur.
Est-ce qu’Ecolo désire participer au prochain gouvernement ?
Je ne connais pas un seul parti, et en tout cas certainement pas Ecolo, qui se présente à une élection et qui ne désire pas faire partie du gouvernement. Mais ce ne sera pas à n’importe quelle condition. On y va pour réaliser des choses, et avec Groen !.
Les quatre partis francophones vont alors faire partie du prochain gouvernement ?
Pour moi qui ai étudié la science politique, ce serait une situation inédite. Mais on ne peut pas l’exclure.
Il y a quand même des matières auto-excluantes pour vous. La sortie du nucléaire par exemple…
Quand on regarde la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, on peut avoir une vision positive de la Belgique. C’est sans doute dû à la bonne santé allemande et à l’absence de mesures d’austérité. Et pour nous, c’est clair, l’austérité ne relancera pas l’emploi ni l’économie. Il faut un redéploiment. Nous allons déposer un programme d’investissement massivement tourné vers l’éco-compétitivité. C’est un nouveau concept. Il faut aller capter les emplois de demain. Et sélectionner, comme on l’a fait dans le plan Marshall 2.vert, quelques domaines dans lesquels la Belgique doit s’inscrire comme pays d’excellence. Je pense à la recherche, à l’éolien offshore qui restera de compétence fédérale, à l’efficacité énergétique, à des alliances environnement-emploi Un tel programme d’investissement nous semble beaucoup plus important qu’une ixième réforme fiscale qui va dilapider les moyens avec peu d’impact. L’Allemagne l’a fait. Il faut anticiper le changement. Pas le subir.
Mais cela coûtera cher. Pourtant il faut trouver 22 milliards pour mettre les comptes de l’Etat à l’équilibre…
Il y a trois règles d’or : l’équilibre budgétaire, l’équilibre social et l’équilibre environnemental. L’équilibre budgétaire, c’est l’engagement de ne plus avoir de déficit en 2015. L’équilibre social, c’est la réforme des pensions. Enfin, il y a l’équilibre environnemental : nous consommons les ressources de la planète plus rapidement qu’elles ne se régénèrent. La Flandre demande qu’on ait une responsabilisation budgétaire des entités fédérées. Je suis d’accord. Mais il faut aussi une responsabilisation environnementale. La Wallonie a inscrit une baisse de la production de C02 de 30 % dans sa déclaration de politique régionale. Il faudrait inscrire aussi cet objectif dans la déclaration de politique fédérale. Même chose pour la biodiversité. Une espèce d’oiseau sur huit est menacée. Une espèce de mammifère sur cinq est menacée. Une espèce de conifère sur quatre est menacée. Il faut une réflexion sur les normes de produit, sur la consommation. Et tout cela ne se retrouve pas assez dans la note du formateur. Il faut des objectifs chiffrés en la matière. Et on va se battre là-dessus.
Votre coprésident Jean-Michel Javaux hésitait à prolonger son mandat de coprésident d’Ecolo. Quelle est la situation à la tête d’Ecolo aujourd’hui ?
Jean-Michel a eu un raisonnement sain avec Sarah Turine : j’ai terminé mon mandat, il est logique que le parti se prépare à la transition et à ma succession. Sereinement. Contrairement à ce qu’on peut voir dans d’autres partis, on voit que Jean-Michel ne s’accroche pas au pouvoir. C’est une leçon qu’il nous donne à tous : où suis-je le plus utile dans un dispositif collectif ? Personnellement, l’idée de le voir quitter sa responsabilité de coprésident m’attriste. Dans un moment décisif pour le pays, on sait combien Jean-Michel peut jouer un rôle important. Donc, il a ouvert le dialogue, il a sondé et rencontré beaucoup de militants. Le conseil de fédération a décidé de prolonger le mandat Javaux-Turine, et je trouve cela la meilleure des décisions possibles.
Jusqu’à quand le duo Javaux/Turine a-t-il été prolongé ?
De plusieurs mois. Jusqu’à ce qu’on ait traversé cette période d’instabilité politique.
Pour être clair : Javaux va-t-il coprésider jusqu’aux élections communales de 2012 ?
La prolongation ne va pas au-delà des élections communales, mais on se reposera la question à ce moment-là.
Comment percevez-vous l’arrivée de Benoît Lutgen à la tête du CDH ?
D’abord, je dois dire que je suis assez triste de perdre un excellent collègue au gouvernement wallon avec qui je m’entends bien. J’aime beaucoup Benoît. Ensuite, la politique est un jeu collectif, être président de parti n’était pas son premier choix
Pensez-vous que des synergies puissent être développées entre CDH et Ecolo – les deux formations pivots entre PS et MR ?
On peut se retrouver, mais ce n’est parce qu’il y a un "C" dans CDH que c’est le même "C" que dans Ecolo. Maintenant, si on regarde ce qui se passe à l’échelle européenne, on voit que les partis verts ont partout le vent en poupe alors que c’est une spécificité wallonne et bruxelloise que d’avoir un parti comme le CDH
Que voulez-vous dire ?
Mais on voit comme le CDH a du mal à se situer au Parlement européen : il est dans un groupe avec Berlusconi, Sarkozy, etc. Des partis conservateurs. Nous, comme écologistes, nous sommes une force en déploiement au niveau européen ; en Allemagne, en France, aux Pays-Bas. Pour le moyen ou le long terme, il y a une vraie difficulté pour le positionnement du CDH. Ce qui n’est pas du tout notre cas
Sur le même sujet:
- Prolongation à durée indéterminée pour Javaux et Turine
- Le MR, ce n'est pas que le FDF, le projet libéral est amplement majoritaire
- La négociation la plus délicate
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...