Facebook: un danger pour nos enfants?

Cécile Pepersack (st.) Publié le - Mis à jour le

Cyber

Une des polémiques sur le réseau social qu’est Facebook est celui des dangers que peuvent rencontrer les enfants, mineurs, en utilisant ce réseau. Nous avons rencontré Nadège Bastiaenen, responsable du projet sécurité en ligne chez Child Focus qui nous a longuement parlé des divers problèmes que pose ce réseau.

La fondation Child Focus est connue de tous comme étant une plateforme s’occupant des enfants disparus et exploités sexuellement. Mais depuis 2001, Child Focus s’occupe également de la sécurité des enfants sur Internet car l’exploitation sexuelle des enfants a des liens avec le monde virtuel. Les membres de Child Focus ont décidé de se pencher sur la sécurité en ligne pour faire d’Internet un univers plus sûr pour les enfants. Pour mener à bien leur mission, ils agissent sur deux pans : le préventif et le réactif. Grâce à leur site stopchildporno.be, tout un chacun peut dénoncer des contenus pédopornographiques. Child Focus joue un rôle d’intermédiaire en transmettant ces signalements à la police. Pour le côté préventif, le site clicksafe.be met à disposition un panel d’outils sensibilisant l'usage d'Internet pour les jeunes enfants.

Un contrôle parental avant tout

Depuis l’apparition de Facebook, la cellule « sécurité en ligne » de Child Focus est bombardée de questions de parents. Même si la charte de Facebook interdit l’inscription d’un utilisateur qui n’est pas âgé de 13ans, « le réseau ne peut contrôler les profils de tous les utilisateurs. Quand nous nous inscrivons, nous devons donner notre date de naissance par un menu déroulant. Facebook n'a pas de contrôle précis pour pouvoir interdire, accepter ou refuser l'inscription de quelqu'un. Le danger est donc que n’importe qui peut se cacher derrière l’identité de quelqu'un. », déclare Nadège Bastiaenen. Beaucoup de personnes diabolisent ce réseau mais pourtant les conditions d’utilisation sont clairement citées sur le site. Le problème, c’est que beaucoup d’utilisateurs ne prennent pas le temps de les lire. « Pourtant, c'est la seule garantie que Facebook peut proposer aux internautes. Il y a également des équipes de modérateurs mais qui n’ont pas la possibilité de réaliser un contrôle pro-actif. C'est chaque fois un contrôle réactif, c’est-à-dire qu'il va falloir utiliser les outils de signalement pour pouvoir faire appel à eux. Il est clair qu’on n’aura pas de réponse tout de suite, cela dépendra de ce que l'équipe jugera de grave. Facebook, ce sont 550 millions de pages et de profils, il est donc totalement impossible de vérifier qui est inscrit, et si cette inscription correspond à l’identité de la personne qui s’y cache derrière. Tout va résider dans une relation de confiance entre l'utilisateur et l'outil, et dans le cas de l'enfant, entre les enfants et les parents », ajoute-t-elle. Le rôle de Child Focus est de créer ce lien de confiance entre parents et enfants en ouvrant le dialogue. Nadège Bastiaenen nous confie que 50% des enfants pensent surfer sans un regard parental sur leurs actions, alors qu’ils le souhaiteraient. Pour elle, « il faut encourager l'esprit critique chez les enfants. La prudence est primordiale et c'est aux parents de bien sensibiliser l'enfant. L’enfant ne doit accepter dans sa liste de contacts que des gens qu’il connaît». Mais qui connaissons-nous vraiment sur Facebook ? Il existe bel et bien un paradoxe pour la notion d’amis entre les adultes et les jeunes d’aujourd’hui, les « digital natives ».

 Ne parle pas aux inconnus !

Chil Focus recommande aux parents de sensibiliser leurs enfants à n'accepter parmi leurs amis que des gens qu'ils ont vus, qu'ils connaissent vraiment. Des gens mal intentionnés peuvent prendre l'identité d'un enfant et créer une relation de confiance avec un enfant pour l'amener à lui confier des informations et qui plus tard, lui feradu tort. « D’après les nouveaux chiffres de l'étude européenne EU Kids Online 2, ce serait 27% des enfants de 9 à 16ans chattent avec des gens qu'ils n'ont jamais vus et qu'ils considèrent connaître. De ces 27%, 11% les rencontrent en vrai. Il faut souligner que ces enfants vont accompagnés aux rendez-vous, les parents ne sont pas fous. ». Elle avance que «  la prudence et la limite de n'accepter dans sa liste d'amis que des gens que l'on connaît en vrai » sont des moyens de lutter contre ce phénomène qu'on dénomme « Grooming ». « Une règle d'or en la matière est de ne pas parler aux inconnus », nous rappelle-t-elle. A côté du Grooming, il existe un danger supplémentaire qui est le cyber-harcèlement. Si on en parle moins, il est pourtant beaucoup plus présent dans le quotidien de nos jeunes, malgré que ceux-ci aient acquis de bons réflexes sur Facebook. « Seulement 28% des profils des 9-16ans en Belgique sont publiques. Ca veut dire qu'ils ont été dans les paramètres de confidentialité, qu'ils ont coché cette option », affirme Nadège Bastiaenen. Un jeune sur trois serait victime de cyber-harcèlement tandis qu’un jeune sur cinq en aurait déjà été l'auteur. Ce cyber-harcèlement est pratiqué entre jeunes qui se connaissent et revêt diverses formes : cela va de l’envoi compulsif d’SMS au sexting (envoi d’images érotiques par GSM), en passant par la création d’un groupe « Anti-quelqu’un », sur un réseau social comme Facebook. Il y a également « des photos déformées, qui sont postées et partagées sur Facebook ; des rumeurs sur l’homosexualité de certains jeunes sont lancées ». Ce sont des situations dangereuses dont les conséquences peuvent être catastrophiques.

Une solution: interdire Facebook aux mineurs

Nagège Bastiaenen nous affirme que si on interdit aux enfants d'accéder à Facebook, ils trouveront un moyen de créer des profils en cachette. « En moyenne les jeunes sont actifs sur Internet dès l'âge de 9ans mais on relève tout de même 58% des 6-10 ans qui ont déjà été actifs sur Internet ». Pour elle, ce serait plus judicieux d'encadrer l’enfant plutôt que de le priver de ce réseau social.

Facebook:  « Un outil de communication formidable »

Facebook n'a pas que des côtés négatifs selon elle. « C’est un outil de communication formidable. Néanmoins, nous privilégions l'utilisation d'un pseudonyme neutre pour les enfants. Grâce aux paramètres de confidentialité, Facebook nous offre la possibilité de ne pas afficher certaines informations personnelles. Ou alors, on peut avancer démasqués mais en se protégeant ou en limitant l'accès à nos informations, ce qui est très rare dans le monde virtuel. En effet, si Facebook était un réseau qui ne comptait pas 550 millions d'inscrits, je ne pense pas que ces paramètres de confidentialité existeraient ».

On l’aura compris, pour protéger les enfants des dangers que présentent Facebook, les parents ont le devoir d’instaurer un dialogue ouvert avec leurs bambins et de les prévenir des maux existants.

Publicité clickBoxBanner