Politiques et Réseaux sociaux : #LiaisonsDangereuses ?

@CaroGrimb Publié le - Mis à jour le

Cyber

Facebook a vu le jour en 2004, Twitter en 2006. Certains prédisent la fin du réseau social de Mark Zuckerberg pour 2017. Les gazouillis (traduction littérale de 'tweet') surferont-ils plus longtemps sur la vague du succès ? Qu’importe le jour où disparaitront ces outils, ils ont aujourd’hui leur place sur la toile, avec plus de 900 millions d’utilisateurs actifs sur Facebook et 500 millions sur Twitter.

Parmi eux, de nombreux personnages publics (55% des députés élus dimanche à l’Assemblée nationale française disposent d’un compte Twitter), et notamment des politiques belges de premier plan. Certains sont nés en politique avec un iPhone à la main (la génération Van Quick & consorts), d’autres doivent amadouer ces outils qu’ils ne maitrisent et ne comprennent pas toujours. On se souviendra du « tweet-gate » de Leterme, qui envoie un message privé à l’ensemble de sa tweet-liste, provoquant moquerie et soupçon de dilettantisme en pleine période de crise politique belge.

Les répercussions d’une mauvaise utilisation des réseaux sociaux peuvent être sismiques (demandez à Valérie Trierweiler et Ségolène Royal, cette dernière étant victime du tapotage de clavier un peu trop irréfléchi de la première). S’ils sont bien utilisés, ces réseaux peuvent, au contraire, apporter un souffle de renouveau sur une politique belge parfois très protocolaire. On se souviendra à cet égard que c’est sur Twitter qu’à plusieurs reprises, la crise politique a rebondi, du ‘alea jacta est’ de Vincent Van Quickenborne (@vincentvq)le 22 avril 2010 au ‘ne jouez pas au petit jeu de valet noir’ de Jean-Michel Javaux (@jmjavaux), accusé de freiner les négociations en septembre 2011. C’est désormais sur Twitter que les choses sont mises à plat, débattues voire réglées : au vu et au su de tous.

Elio Di Rupo : "je compte bien rédiger moi-même quelques tweets"

Tous ne ‘like’ pas forcément l’utilisation des réseaux sociaux par des personnages publics, craignant le mélange des genres. D’autres voient plutôt ces outils comme un moyen facile d’entrer en contact avec les électeurs. Benoît Cerexhe, sur Facebook, se fend chaque jour d’un « joyeux anniversaire » sur le mur de ses ‘amis’. Karine Lalieux tweete ses rendez-vous quotidiens. Didier Reynders partage les articles qu’il lit sur les sites d’infos mais surtout, il tweete la météo du jour. Le « #meteo » de @dreynders est désormais culte. Les réseaux sociaux sont aujourd'hui incontournables. Même le Premier ministre y est passé.

"Les Belges sont déjà présents en masse sur Facebook et de plus en plus nombreux sur Twitter. J’estime ma présence sur les réseaux sociaux très utile, pour être en contact avec les internautes et avoir leurs réactions, expliquer le travail du Gouvernement, partager mon opinion sur tel sujet, informer de telle nouvelle… Je lis régulièrement les messages qui m’y sont adressés. Mais je tiens encore plus à ma présence sur le terrain et aux rencontres directes avec les citoyens, qui sont irremplaçables" explique @eliodirupo. Le Premier ministre ne gère pas lui-même ses comptes au quotidien mais garde la mainmise sur tout ce qui y est exprimé en son nom : "Mon équipe met les tweets et nous en discutons souvent ensemble. Je valide au préalable la plupart des messages qui y sont mis. Et je compte bien rédiger moi-même de temps en temps des tweets".

@karinelalieux loue le respect et la sincérité qu’offre Twitter

"Vous allez voir, à quelques mois des élections communales, beaucoup de politiques vont renaître sur les réseaux sociaux" prévient Karine Lalieux, députée fédérale et échevine à Bruxelles Ville. La socialiste est très active sur Twitter, dispose d’un compte Facebook à finalité publique et profite un maximum de cette liberté de parole offerte par les outils du web. "J’ai créé mon compte Twitter à l’occasion de la campagne de 2009 et je ne l’ai plus quitté depuis. C’est un espace qui permet un débat très direct avec les citoyens. Il m’arrive de tweeter en séance plénière ou pendant un conseil communal. Même s’il est très rare que j’utilise les réactions de mes followers directement en séance, c’est intéressant de voir les débats que provoquent certaines thématiques. Cela permet un bel échange d’idées. J’écris moi-même tous mes tweets. C’est trop important pour les laisser entre les mains de quelqu’un d’autre".

La députée socialiste affirme qu’aucune censure ou rappel à l’ordre n’émane du boulevard de l’Empereur sur son utilisation des réseaux sociaux, ni même de réactions négatives de collègues. "A partir du moment où l’ont évite les attaques frontales personnelles et que cela ne va pas jusqu’à l’invective, ce n’est que du positif. Il faut être conscient que, dans certaines situations, la procédure est plus importante que ma petite gloriole et, à ce moment-là, il vaut mieux ne pas s’épancher".

Benoît Cerexhe n'y mélange pas vie privée et vie professionnelle

Benoît Cerexhe, ministre CDH de l’Economie de la région bruxelloise, a opté, lui, pour un compte Facebook, créé en janvier 2008. "Je trouve cela plus ludique et proche des gens que Twitter, qui est plus pointu. Et puis, ce n'est pas facile de limiter son message à 140 caractères". C’est donc sur Facebook qu’il officie : "C’est important de montrer que je suis actif même si je ne suis pas scotché dessus toutes les 5 minutes" explique-t-il. Conférences de presse, missions économiques, visites d’entreprises : les amis Facebook du ministre CDH peuvent le suivre au jour le jour, lui poser des questions, découvrir les photos du ministre en activité, etc. "Les réseaux sociaux permettent de communiquer d’une manière plus directe et accessible, de dialoguer et de récolter des réactions par rapport à mes projets, de pousser des coups de gueule ou de partager des moments plus légers". L’utilisation des réseaux sociaux ne va pas forcément de paire avec une mise en scène de sa vie privée : "Je me suis fixé une règle qui est une ligne de partage entre ma vie privée et ma vie professionnelle. C'est une règle que je me suis imposée tant pour la presse classique que pour mon mur Facebook " explique Benoît Cerexhe.

Sur Twitter ou ailleurs, les fuites ont toujours existé

Quant à l’utilisation de ces réseaux sociaux en pleine crise politique ou au milieu de réunions cruciales, tous s’accordent pour dire que ce n’est qu’un nouveau canal par lequel faire passer ces infos : "Cela ne diffère que peu des procédés qui ont toujours existé. Il y a 20 ans, il n'y avait pas de GSM, d’emails ou de Facebook, mais certains politiques prétextaient un besoin urgent en pleine réunion pour aller filer une information en douce à un journaliste" explique Benoît Cerexhe. Un point de vue partagé par Karine Lalieux : "Par exemple, le tweet de Van Quickenborne, il l’a fait comme ça, parce que c’est une provocateur mais il aurait pu, de toute façon, le faire autrement". Même son de cloche du Premier ministre : "S’il n’y avait pas eu Twitter, le même type de message aurait probablement été exprimé d’une autre manière. Chacun prend la responsabilité de ses propos, en ce compris sur les médias sociaux" estime Elio Di Rupo.

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