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Après-scrutin

Des partenaires sociaux pas rassurés

Vincent Rocour

Mis en ligne le 15/06/2010

Les milieux patronaux craignent la longueur de la négociation institutionnelle. Les syndicats aussi. Mais se réjouissent du reflux des partis libéraux.

Ce patron wallon souffle. " Je crains qu’il faudra être patient. Les hommes politiques ont butté sur une réforme de l’Etat pendant des années. Je ne vois pas pourquoi ils y arriveraient en quelques semaines ."

Ce qui effraye, c’est peut-être moins la montée de la N-VA que le temps qu’il faudra pour satisfaire son appétit d’ogre. " Je doute que la percée fulgurante de la N-VA facilitera dans l’immédiat les négociations , analyse Vincent Reuter, administrateur-délégué de l’Union wallonne des entreprises. La question est de savoir combien durera l’immédiat. Et cela nous inquiète. Dans les multinationales, les maisons-mères commencent à interroger leurs cadres belges pour savoir ce qui se passe en Belgique. On peut être sûr que cela fait réfléchir les investisseurs. Ils détestent l’incertitude. Ils doivent déjà vivre avec l’incertitude économique - cela fait partie du risque d’une entreprise. Mais si vous devez ajouter à cela l’incertitude politique, cela devient lourd pour eux ."

Et ce sentiment est partagé par tous les acteurs de la vie socio-économique. Ce lundi, les communiqués inquiets se sont succédé. " Il faut rapidement un gouvernement qui s’attaque à la crise socio-économique , a fait savoir le syndicat libéral, la CGSLB. Le nœud communautaire doit être rapidement démêlé et ne doit en aucun cas reléguer les défis socio-économiques à l’arrière-plan ", a clamé Rudy Thomaes, l’administrateur-délégué de la Fédération des employeurs de Belgique (FEB). Même la très flamingante Unizo (le porte-parole des PME du nord du pays) partage les inquiétudes. " Le prochain gouvernement doit rapidement lever l’hypothèque communautaire , a lancé Karel Van Eetvelt, son administrateur-délégué. Car ce n’est pas le seul défi. L’heure tourne. L’Allemagne et les Pays-Bas viennent de prendre des mesures fortes d’économie. On ne doit pas prendre du retard ."

Dans les milieux socio-économiques, la crainte d’un long blocage n’empêche toutefois pas cette évidence : une réforme de l’Etat est inévitable. " On ne peut quand même pas dire que les institutions belges fonctionnent idéalement , commente Vincent Reuter. L’enchevêtrement des niveaux de pouvoir complique la vie des entreprises. Mais il ne faudrait pas qu’une réforme de l’Etat la complique encore un peu plus ."

C’est que la négociation institutionnelle effraye aussi. " Il faut maintenir une concurrence loyale entre les acteurs économiques du pays , prévient l’Union des classes moyennes (l’homologue francophone de l’Unizo). Ceci passe par le maintien d’une sécurité sociale fédérale, d’un statut social des indépendants fédéral, d’une fiscalité essentiellement fédérale (impôt des personnes physiques et impôt des sociétés) et d’une justice fédérale ."

Voilà au moins un point de vue qui sera partagé par la FGTB. " Il est hors de question que l’on touche au caractère fédéral de la Sécurité sociale, du droit du travail, de la concertation sociale, de la fiscalité ", menace Anne Demelenne, secrétaire générale du syndicat socialiste. Même position pour Thierry Jacques, le président du Mouvement ouvrier chrétien (MOC). " On ne touche pas à la Sécu , avance-t-il. Et cette position-là, on la tient avec nos homologues flamands." Mais il rajoute aussitôt : "Il y a des régionalisations acceptables ." Thierry Jacques dédramatise presque : " Il y a deux vainqueurs des élections : Di Rupo et De Wever. La situation n’est pas simple. Elle est peut-être même plus compliquée qu’avant. Mais au moins, elle est plus claire. Et ce sont tous les deux des gens très malins sur le plan politique. "

Au fond, ce n’est pas la négociation institutionnelle qui inquiète le plus le Mouvement ouvrier chrétien. " A la limite , professe Thierry Jacques, j’ai plus de crainte sur la capacité des négociateurs de retrouver une ligne cohérente sur les grands dossiers sociaux. On ne connaît pas bien le programme de la N-VA sur ce plan-là. Certains amis flamands nous disent qu’elle est moins à droite que le VLD. Mais sur le plan de la sécurité et de l’immigration, elle est quand même très dure ."

Or, l’affaiblissement des partis libéraux aiguise les appétits syndicaux. " La famille socialiste est redevenue la première force politique du pays , confie Anne Demelenne. Cela permettra peut-être enfin de prendre des mesures efficaces en matière de lutte contre la fraude fiscale, en particulier la levée du secret bancaire ." Avec le blanc-seing de la N-VA ?

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