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Politique | Région bruxelloise
"La solidarité francophone est rompue"
Stéphanie Bocart
Mis en ligne le 18/08/2010
Alors que le pré-formateur Elio Di Rupo (PS) poursuit ses contacts et les discussions en vue de la constitution d’un futur gouvernement avec les sept partis conviés autour de la table (N-VA, CD&V, SP.A, PS, CDH, Ecolo et Groen !), le député-bourgmestre d’Etterbeek, Vincent De Wolf (MR), dénonce : "Il n’est pas correct, il est même assez scandaleux de négocier à très long terme sans que le MR, première formation politique à Bruxelles, ne soit associé ni même informé , d’autant que Bruxelles est la principale pierre d’achoppement. Le MR n’est pas devenu un parti indigne ni infréquentable". Et de s’interroger : "N’est-ce pas manquer du plus élémentaire respect envers les électeurs que de ne pas demander l’avis du principal parti d’une région ?" Vincent De Wolf ne mâche pas ses mots : "Pour moi, c’est un déni de démocratie !" Le député compte dès lors demander une rentrée anticipée du Parlement bruxellois. "Puisque le MR n’est ni associé ni même informé, il me paraît simple et normal qu’au moins dans l’enceinte parlementaire, publiquement, on puisse parler des enjeux bruxellois de la réforme qui est en cours de négociations aujourd’hui, et ce d’autant plus que Charles Picqué (PS) paraît plus être un négociateur socialiste, sous l’autorité de Di Rupo, qu’un ministre-président défendant l’intérêt des Bruxellois "
Une situation qui amène le député-bourgmestre à affirmer que "depuis le 14 juin dernier, la solidarité francophone est rompue". Et de rappeler : "Il y a quatre ans, lorsque Didier Reynders (MR) présidait la solidarité francophone comme étant le patron du principal parti francophone du pays, on a toujours veillé à préserver dans la négociation, y compris à l’égard de partenaires qui normalement ne devaient pas faire partie du gouvernement (NdlR : notamment le Parti socialiste), une solidarité francophone "
On se souviendra, toutefois, qu’au lendemain du scrutin fédéral du 13 juin, les mauvais résultats engrangés par le MR, surtout en Wallonie, avaient engendré de grosses dissensions en interne, le chef de file du parti Didier Reynders ayant été particulièrement mis sur la sellette. Un facteur d’instabilité politique qui n’avait pas joué en faveur du Mouvement réformateur à la veille des négociations. Vincent De Wolf, cependant, "ne croit jamais que ce sont des problèmes de dissensions internes qui ont entraîné cette situation". Pourquoi ? "Dans tout grand mouvement politique, il y a des cycles et par moment, il y a des réajustements et des difficultés individuelles. Ce n’est pas cela qui a perturbé le message du parti sur ses fondements, ses projets", affirme-t-il. D’ailleurs, "après les élections, au MR, nous nous sommes exprimés unanimement pour dire que le MR était disponible", souligne M. De Wolf.
A l’aune des premières informations qui transparaissent dans la presse sur les avancées des négociations en cours, Vincent De Wolf commente : "Je ne peux pas comprendre que l’on crée des citoyens de seconde zone, c’est-à-dire que pour des droits aussi fondamentaux que les allocations familiales, des montants supérieurs seraient payés à ceux qui sont linguistiquement néerlandophones par rapport à ceux qui sont francophones". "N’y a-t-il pas là une violation des droits les plus élémentaires ? Je crains une flamandisation, vraie ou fausse, de Bruxelles par ce biais, qui est humain et familial", confie-t-il.
Autre inquiétude du député, "je ne pense pas que la Région bruxelloise soit une sorte de malade mental qu’il faille placer sous tutelle ou sous administration provisoire". De fait, tandis que les francophones plaident pour une régionalisation plus accrue, les Flamands défendent, eux, la communautarisation, soit le déni de Bruxelles comme Région à part entière, et la co-gestion de la capitale par les deux Communautés du pays.
Le libéral etterbeekois réitère en outre qu’"un abandon des francophones de la périphérie et une non-solution pour les bourgmestres de la périphérie, c’est impossible !" Et de réaffirmer : "Pour le MR, la nomination des trois bourgmestres de la périphérie demeure un préalable incontournable".
"Capitale mal aimée de son pays", Bruxelles réclame un refinancement à hauteur de 500 millions d’euros. "L’accord de coopération Beliris (Etat fédéral-Région) est un emplâtre sur une jambe de bois", juge Vincent De Wolf. "Bruxelles est sous-financée; or, ces accords de coopération sont des solutions conjoncturelles et non structurelles", déclare le député. Il remet donc sur la table l’idée de prélever l’impôt en fonction du lieu de travail. "Sans le faire de manière globale et totale, on pourrait prendre en compte le fait que 400 000 navetteurs, dont deux tiers de néerlandophones, viennent chaque jour travailler à Bruxelles et gagnent leur revenu à Bruxelles car pour l’heure, ils ne contribuent en rien en matière de routes, transports, sécurité, propreté, etc., ce qui pose quand même un problème".
Enfin, Vincent De Wolf tient à rappeler les spécificités bruxelloises. Abritant la population la plus jeune du pays, la Région bruxelloise devra faire face à un boom démographique d’ici 2020, avec plus de 170 000 nouveaux habitants, ce qui signifie également de nouveaux besoins en matière de crèches, écoles, emplois, logements, Or, si Bruxelles est la 3e région la plus riche d’Europe en termes de PIB, elle est aussi la région la plus pauvre de Belgique en termes de revenus par habitant. Le taux de chômage y est aussi particulièrement élevé : 20 à 22 % pour une moyenne européenne de 10 %. Et atteint 35 % chez les jeunes de moins de 25 ans, contre 17 % à l’échelle européenne.
Autant de paramètres que les négociateurs, francophones et flamands, se doivent de ne pas occulter dans l’avenir qu’il souhaite voir se dessiner pour Bruxelles et ses habitants.
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