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On s’enfonce dans le marécage

Martin Buxant

Mis en ligne le 26/08/2010

Francophones et Flamands sont dos à dos sur le dossier de la scission de BHV. La préformation s’enlise, le pessimisme gagne, il flotte un air d’Orange bleue.

On rame. La préformation gouvernementale menée par le socialiste Elio Di Rupo ressemble, avec les jours qui défilent, de plus en plus à une galère. Affrontements plus ou moins discrets entre francophones et Flamands, tension à son comble, guerre de la communication entre les sept formations politiques parties prenantes à ce tableau. Vous n’êtes pas en août 2007, vous êtes en août 2010, welcome.

C’est désormais le petit jeu de qui fera quitter la table de négociation à l’autre qui prédomine alors que la problématique de Bruxelles-Hal-Vilvorde exacerbe les tensions. Un négociateur francophone: “Honnêtement, je ne vois pas comment on va sortir de cette ornière, ce que les Flamands proposent en contrepartie de la scission de BHV est tout simplement honteux”. Et un Flamand: “Tout ceci ressemble à ce qui s’est passé en 2007 durant l’Orange bleue”.

Mais pourquoi tant de haine ? Rétroactes. Mardi, début de soirée, les négociateurs sont harassés, ils ont décroché un accord sur les principes de la révision de la loi de financement après avoir pas mal ferraillé. Certes l’accord est (très) vague mais il permet d’installer un début de dynamique positive. Le président de la N-VA et le préformateur s’entendent pour ne pas ouvrir directement le chantier BHV mais choisissent de le confier à un groupe technico-politique “de haut niveau”. Elio Di Rupo annonce cela en séance: tous les présidents de parti acquiescent – sauf Joëlle Milquet qui choisit de se rendre en personne à la réunion de ce groupe. “C’est incompréhensible, confie un négociateur, il faut savoir se reposer, on ne peut pas toujours tout faire soi-même où on explose”. “A partir de ce moment là, on savait que c’était mal embarqué”, commente une source flamande.

Sur le coup des 23h, la réunion se termine prématurément – tant les positions flamandes et francophones divergent. Les francophones exigent des compensations qui dépassent le cadre des six communes à facilités de la périphérie bruxelloise. Les Flamands ne veulent pas en entendre parler: “c’est clair et net, en dehors des six communes, il n’y aura rien”, martèle une source flamande. On évoque aussi le futur du Sénat, la problématique des allocations familiales, la partition entre Régions et Communautés. Mais, soit. Charles Picqué, qui préside les hostilités, met fin à cette guerre froide. Les Flamands pointent Joëlle Milquet comme principale responsable de cet échec: “on aurait dit un ouragan”. La version francophone est toute autre : “Il n’y a pas eu d’éclat de voix ni de clash, d’ailleurs, ce n’est pas du tout le style de Joëlle Milquet”. Bref, chacun regagne ses pénates. L’ambiance est plombée. Et le Sporting Club d’Anderlecht a été éliminé de la Champions League.

Au petit matin, le mercredi, Elio Di Rupo s’inquiète du plantage de la veille auprès de plusieurs personnes. Une réunion plénière était convoquée, elle est annulée reprogrammée à 14h, puis à 19h, avant d’être purement et simplement annulée. “Ce n’est pas en reculant des réunions qu’Elio Di Rupo va devenir formateur lundi prochain”, glisse un observateur en faisant allusion au timing optimiste que le président du Parti socialiste voulait imprimer aux négociations. Les “experts” BHV (les mêmes que la veille) se réunissent à nouveau. Il y a là, au cabinet de Paul Magnette, notamment, Charles Picqué, Philippe Moureaux, Joëlle Milquet, Marcel Cheron, Christos Doulkeridis, Ben Weyts, Eric Van Rompuy et Pascal Smet. Le résultat est le même que la veille: tour de table, la N-VA et le CD&V répètent leur position, les francophones sont outrés, l’impasse est constatée après une après-midi laborieuse. “Non, nous ne sommes pas prêts d’un accord sur BHV parce que la position des Flamands est incroyable, c’est lamentable ce qu’ils osent nous proposer, peste un francophone. L’objectif n’était pas de parvenir à un quelconque accord cadre ce mercredi. Mais on arrivera à rien si on continue de cette manière”.

La N-VA n’a pourtant aucunement l’intention de quitter la négociation. La stratégie des nationalistes flamands est d’alterner des prises de position très dures à certaines moments et de se replier défensivement quand les francophones apparaissent excédés. Mais la N-VA ne cède pas un pouce de terrain. “Bart De Wever veut peut-être un accord, fulmine un francophone, mais seulement à ses conditions”. A la N-VA, on fustige l’attitude francophone. “On a fait des concessions importantes sur Bruxelles-Hal-Vilvorde, Elio Di Rupo le sait bien. On ne peut plus rien accepter d’imbuvable”.

Allez, Elio, retour dans la galère ce jeudi matin lors d’une nouvelle séance plénière. Et on rame.

© La Libre Belgique 2010

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Keulen et le carrousel

Open VLD . L’ancien ministre flamand des Affaires intérieures, Marino Keulen (Open VLD) fait ce qu’il peut pour exister : il a ainsi mis les sept partis pressentis pour soutenir une réforme de l’Etat en garde contre le risque d’un nouveau "carrousel" sur la nomination des bourgmestres de la périphérie bruxelloise dans le cadre de la recherche d’une solution à la scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde.

M. Keulen fait référence à des propositions prévoyant de réduire le poids de la tutelle flamande sur les six communes à facilités de la périphérie. Avec ce qui se trouve sur la table de négociations, le gouvernement flamand risque de perdre les deux, estime-t-il. L’ancien ministre libéral, dans l’opposition aujourd’hui, suggère dès lors aux négociateurs flamands "de ne pas accepter des solutions qui conduiraient les six bourgmestres à disposer d’un laissez-passer leur permettant d’ignorer la loi" en vigueur en Flandre.

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