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Édito

Choisir l’avenir

Mis en ligne le 30/08/2010

Francis Van de Woestyne

Le Roi a demandé à Elio Di Rupo de poursuivre sa mission, bien que celui-ci ait souhaité en être déchargé. Dès lors, quatre sentiments dominent.

1. Le respect. Elio Di Rupo n’a pas réussi, juqu’à présent, à concilier l’inconciliable. Il faut rendre hommage à cet homme qui a fait tout ce qui était humainement et politiquement possible pour tenter de rapprocher les points de vue des représentants des 7 partis politiques. Sa crédibilité et son leadership, au Nord comme au Sud, demeurent d’ailleurs intacts. Il suscite, partout, le respect. Avec une patience infinie, un grand sens de l’écoute, le président du Parti socialiste s’est réellement hissé au-dessus des partis et a mis sur la table une réforme de l’Etat cohérente, structurée, équilibrée.

2. La colère. La réforme de l’Etat envisagée par Elio Di Rupo - qui a reçu le soutien de 5 partis sur 7 (tous à l’exception de la N-VA et du CD&V) - conduit à faire bouger le centre de gravité politique en confiant aux entités fédérées d’importantes matières dans des domaines essentiels : 15,8 milliards de moyens supplémentaires devaient être confiés aux Régions et/ou aux Communautés portant à près de 50 % les moyens fédéraux transférés aux autres pouvoirs. Avec ce qu’il y avait sur la table, les partis flamands, la N-VA en tête, peuvent, sans rougir, retourner en Flandre et présenter à leurs électeurs des modifications structurelles allant dans le sens promis : plus d’autonomie, plus de pouvoir. Content ? Non. "Niet genoeg" répète Bart De Wever.

Les négociateurs du Nord du pays exigent toujours plus. La responsabilisation financière ? On la leur a donnée pour les nouvelles matières transférées. La promesse de revoir la loi de financement ? On a défini douze principes qui devaient présider à sa modification. La scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde ? Elle est envisagée. Mais la N-VA, toujours elle, se montre intraitable dans les compensations réclamées par les francophones en cas de scission et a odieusement lié l’indispensable refinancement de Bruxelles - destiné en partie à financer le coût des 400000 navetteurs qui créent de la richesse mais qui ne payent pas d’impôt dans la capitale - à un engagement de revoir la loi de financement selon sa méthodologie. On la connaît : elle conduit, dans tous les cas de figure, à un appauvrissement des francophones, Bruxellois et Wallons. Il est donc logique que les francophones refusent ce nouveau diktat. Car après celui-là, un autre suivra.

3. L’incompréhension. La soif d’autonomie exigée par tous les partis flamands est parfaitement légitime. Les francophones ont d’ailleurs trop tardé à en percevoir l’importance. Mais aujourd’hui, les partis politiques du Nord se sont laissés dominer par une seule formation, la N-VA, qui a poussé ce projet à son extrême : l’indépendance de la Flandre. Dès lors, il n’y a plus de débat politique en Flandre : la N-VA chante, les choristes du CD&V répètent. Les socialistes et les verts flamands, même s’ils ont le courage de tenir un autre discours, sont inaudibles.

4. L’espoir. Notre premier choix demeure la coexistence de Wallons, de Bruxellois, de Flamands et de germanophones dans une Belgique largement fédéralisée. Si les Flamands sont dans l’incapacité de concevoir un autre projet que l’indépendance, ils devront permettre aux francophones de se donner un nouvel avenir : cela impliquera une architecture institutionnelle qui devra regrouper Bruxelles et la Wallonie. Car l’indépendance de la Flandre, ne se décrétera pas, elle devra se négocier. Et elle s’opérera, dans tous les cas de figure, sans Bruxelles. Ce sera le prix.

Si la Flandre ne veut pas aller jusque-là, elle devra trouver en elle une force politique qui exprime sa volonté de continuer un projet qui ne rompe pas avec le pacte fédéral belge.

Dernier élément. Les négociations politiques sont largement incomprises par les citoyens qui assistent, impuissants et inquiets, aux soubresauts de la négociation. Il est pourtant urgent de les associer d’une manière ou d’une autre à la réflexion. Et aussi de les réconforter en balisant leur futur, quel qu’il soit. Les francophones doivent se choisir un avenir. Ce qui manque, encore et toujours, au Sud du pays, c’est un véritable projet mobilisateur qui, par-delà les sensibilités politiques, suscite l’adhésion d’une très large part de la population, wallonne et bruxelloise. Sur ce dernier point, tout est à faire.

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