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Préformateur
"A un moment, on a notre dignité"
Vincent Rocour
Mis en ligne le 04/09/2010
Jean-Michel Javaux, le patron des Ecolos francophones, se montrait amer après l’ultime tentative de conclure un accord institutionnel. Il livre son sentiment à "La Libre".
Que faut-il penser de l’échec de la mission confiée au préformateur Elio Di Rupo ?
Il faut le dire : un solide travail a été accompli durant ces deux mois. Il n’y avait pas seulement un accord sur Bruxelles-Hal-Vilvorde. Il y avait le refinancement de Bruxelles. Et la révision de la loi de financement avait été balisée sans avoir été placée dans le même périmètre jusqu’à ce que la boîte de Pandore ait été ouverte
Qui l’a ouverte ?
Ouverte par la N-VA et plus encore par le CD&V parce qu’ils estimaient qu’ils n’avaient pas eu leur révolution copernicienne dans d’autres domaines. Cela dit, le préformateur avait établi un calendrier serré. Et nous, on se préparait déjà activement, dans un groupe d’experts de haut niveau, à retravailler cette loi de financement, et ainsi à répondre à la demande de mieux responsabiliser les Régions et les Communautés. Moi, cette responsabilisation, elle ne me fait pas peur. Pour autant que l’on ne choisisse pas des clés et des paramètres qui conduisent à appauvrir les francophones.
Ne pouvait-on pas négocier tout de suite cette réforme de la loi de financement ?
Le préformateur a mis cela sur la table. Ce n’est quand même pas anodin si Groen ! et le SP.A ont été en capacité de dire qu’il y a sur la table les bases d’un accord équilibré. C’est qu’ils estimaient que les francophones avaient entendu le message.
Mais pourquoi ne pas avoir accepté de lier le refinancement de Bruxelles avec la révision de la loi de financement ?
Ce qu’on ne voulait pas, c’est qu’on scinde d’abord BHV, et qu’après on évoque le refinancement de Bruxelles. Ce n’était pas possible. Bart De Wever lui-même l’a dit : on ne réglera pas BHV tout seul. Cela doit faire partie d’un grand accord, cela doit être un compromis. Le sentiment que nous avons eu, c’est que systématiquement ils allaient demander plus, ou toujours dire non. C’est cela qui a provoqué la rupture de confiance.
La N-VA est responsable de l’échec ?
Cela ne sert à rien de rendre les choses plus compliquées qu’elles ne le sont. Ce que je peux dire, c’est que la N-VA et le CD&V ont dit "non" aujourd’hui. La copie de dimanche avait pourtant encore évolué. Mais à un moment, nous avons aussi notre dignité de négociateurs. On approchait de l’exagération absolue.
Et maintenant, on fait quoi ?
Le Roi va prendre quelques heures, peut-être quelques jours. Le fait qu’il ait vu en premier lieu Wouter Beke, le président du CD&V, c’est un signal. Il a plusieurs solutions. Soit on lance un néerlandophone, un N-VA, un CD&V ou un SP.A. Pour que ce ne soit pas systématiquement un francophone qui abat ses cartes. Soit on convoque d’autres partenaires à la table.
Il se chuchote que les libéraux pourraient être rappelés autour de la table de négociation. Ce qui signifie sans doute que les verts seraient mis hors jeu…
Jamais, au cours des deux mois écoulés, je ne me suis placé dans une stratégie pour prendre part au gouvernement fédéral. Nous n’avons parlé que d’institutionnel.
Et si le retour des libéraux à la négociation devait s’accompagner, comme monnaie d’échange, de votre débarquement des majorités régionales et communautaires ?
Cela deviendrait du jeu politicien qui ne respecte pas les citoyens, ni le travail déjà effectué. Et ce serait en complète contradiction avec ce que Bart De Wever a toujours professé. Lui, il a toujours dit que le gouvernement fédéral devait être la traduction des majorités régionales. Accepterait-il que ce soit le fédéral qui dicte la composition des majorités régionales ?
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