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Politique

La N-VA veut les libéraux. Le PS non

M.Bu., V.R. et V.d.W.

Mis en ligne le 06/09/2010

Pieters et Flahaut : les présidents d’Assemblées sont nommés “médiateurs”. Mais la N-VA veut négocier avec les libéraux (MR et Open VLD). Le PS refuse.

Pierre Verjans, politologue, au micro de Twizz

Samedi dans la soirée. Le communiqué royal tombe. Il annonce ceci : "Le Roi a reçu en audience ce soir au Château de Laeken les Présidents de la Chambre et du Sénat et les a chargés d’une mission de médiation pour relancer les négociations en vue de la formation du gouvernement. Ceci est nécessaire pour préserver le bien-être économique et social des citoyens et pour réformer durablement nos institutions". Elio Di Rupo est donc déchargé de sa mission de préformateur. C’est un duo qui est poussé sur le devant de la scène : André Flahaut et Danny Pieters. Le président de la Chambre et le président du Sénat. Un PS et un N-VA.

Pour beaucoup, c’est un signe positif. Mais tout le monde le sait bien : ce ne sont pas ces deux hommes qui vont débloquer la situation. Le Palais royal s’est d’ailleurs bien gardé de préciser les contours de leur mission. "Je ne sais même pas trop ce qu’ils vont faire", s’interroge un négociateur de l’ombre. Il vont rencontrer les présidents de parti du groupe des sept (PS, N-VA, CD&V, SP.A, Groen !, CDH et Ecolo). Mais pas au-delà Car le mandat qu’on leur a délivré samedi soir au Palais royal ne prévoit pas des contacts avec les responsables de la famille libérale (MR et Open VLD).

Or - et c’est bien là que le bât blesse - les nationalistes flamands de la N-VA ne croient plus une seconde en l’issue positive des négociations à sept. "On fait le tour de la question", résume-t-on à la N-VA. "Ce que les francophones estiment être des pas de géants ne sont pour nous que des avancées de nains de jardin"

Le président de la N-VA est soutenu par les lieutenants de son parti pour forcer l’entrée des libéraux dans la négociation. Les contacts entre les libéraux francophones et les nationalistes flamands ont persuadé la N-VA que le Mouvement Réformateur pouvait non seulement être un élément de déblocage communautaire mais aussi - et surtout - apporter un contrepoids aux "partis de gauche" sur le plan socio-économique. Car c’est aujourd’hui, également, en termes d’affrontement "gauche"/"droite" qu’il faut aussi décoder les blocages. La N-VA qui voit pointer un redoutable exercice budgétaire, refuse de se laisser "encercler" par des partis de "gauche", et notamment par le SP.A pour qui elle nourrit une véritable aversion Curieux, note un socialiste : pendant 7 semaines, Bart De Wever ne voulait parler que de communautaire. Le reste ne l’intéressait pas. Et à présent, il réclame la présence des libéraux pour parler de socio-économique Pour faire pression sur le cours des choses, des contacts plus structurés entre états-majors des libéraux et de la N-VA pourraient avoir lieu dans les jours à venir Ce serait la deuxième fois : en plein milieu du mois de juillet, un samedi midi, Bart De Wever avait fait attendre Elio Di Rupo et les autres négociateurs. Il n’avait pas expliqué les raisons de son retard. On le comprend : il déjeunait tranquillement chez Bruneau (deux étoiles), avec le député N-VA Sigfried Brake et, en face Didier Reynders, Louis Michel et Jean-Claude Fontinoy, le patron de la régie des bâtiments. La rumeur dit même que ce sont les libéraux qui ont payé la note Les socialistes ont eu connaissance de ce fait il y a quelques jours. Pour eux, c’est là une preuve supplémentaire de la déloyauté de Bart De Wever. "Il peut évidemment préférer négocier avec les libéraux. Mais les consulter, pendant qu’il négocie avec nous, c’est déloyal et inélégant. Ce type n’a aucune parole "

Pour l’heure, le président du PS préfère donc toujours poursuivre la négociation à 7. Pourquoi ? Parce que, depuis le début, Elio Di Rupo et Bart De Wever ont privilégié les coalitions "miroir" associant les partis déjà au pouvoir dans les entités fédérées. Les socialistes avancent deux autres arguments. Ecoutons les arguments de ce socialiste : "Ce n’est pas notre projet de vie que d’éloigner le MR, mais c’est une question de cohérence." Pourquoi ? "D’une part, même si le MR reste premier parti a Bruxelles, il a quand même subi une sévère défaite électorale. Et d’autre part, on voit les difficultés qu’il y a à négocier avec un parti, le CD&V, en proie à des grandes difficultés internes". Stabilisé le MR ? "Ce n’est pas du tout l’impression qu’il donne. Et à présent, il y a même des divergences entre Didier Reynders et Olivier Maingain : dimanche midi, à la RTBF, on a bien senti que le premier voulait y aller à tout prix et que le deuxième, préférant la dignité à la soumission, posait des conditions inacceptables pour les Flamands".

Donc, pour le PS, l’heure n’est pas aux libéraux, ce qui irrite considérablement les nationalistes. Et à la N-VA, on s’étonne que le Palais ait tenu les libéraux à l’écart du round de consultation d’Albert II. Le Souverain - épaulé par son chef de cabinet Jacques Van Ypersele - est persuadé que la formule en cours à sept demeure la plus prometteuse. Ce qui reste à démontrer étant donné l’extrême méfiance, on l’a vu, qui règne désormais entre le PS et la N-VA.

De leur côté, les libéraux avalent difficilement leur mise au ban des négociations. Ainsi des messages ont-ils été adressés au Palais en ce sens Sans succès jusqu’ici. Un libéral : "Nous ne comprenons vraiment pas pourquoi nous n’avons pas été conviés samedi alors que le Roi consultait les partis. C’est un réel point d’interrogation".

Une partie de la réponse est probablement à chercher du côté du CD&V. En effet, les démocrates chrétiens flamands du CD&V sont hésitants. Kris Peeters, homme fort du parti et ministre-Président flamand, craint qu’une entrée de l’Open VLD dans la danse n’affaiblisse le gouvernement flamand. L’Open VLD d’Alexander De Croo mettrait, en effet, sur la table une participation au gouvernement flamand s’il devait être appelé à dépanner la crise au niveau fédéral Une exigence que poseraient aussi les libéraux francophones : s’ils montent au fédéral, ils voudront entrer dans les gouvernements régionaux et communautaires.

Quoi qu’il en soit, le CD&V, qui tire un coup du côté de la N-VA et un coup du côté des partis francophones, laisse de nombreux observateurs perplexes Car in fine jamais le CD&V ne laissera filer la N-VA seule sur les bancs de l’opposition. Au vrai, cette piste qui consisterait à laisser la N-VA de côté et à établir une sorte de "cordon sanitaire" autour d’elle est impraticable tant elle mettrait encore plus de vent dans les voiles du parti de Bart De Wever. Il faut donc faire avec les nationalistes flamands

De son côté, ce week-end, le Parti socialiste, a musclé son discours. Ainsi Laurette Onkelinx n’a-t-elle pas hésité à déclarer qu’il fallait se préparer à la fin de la Belgique. "Ce n’est pas ce que nous espérons", a-t-elle dit, "mais nous devons nous y préparer. Nous avons en face de nous un parti, la N-VA, avec un programme séparatiste. Et Bart De Wever nous dit qu’il parle pour 80 % des Flamands. Donc mieux vaut nous préparer" Le changement de ton avec la semaine dernière - lorsqu’Elio Di Rupo occupait le poste de préformateur - est manifeste.

L’avenir ? Le prochain (in) formateur devrait être flamand. Il y a toujours 3 logiques : soit, c’est un N-VA, Bart De Wever en l’occurence parce que c’est lui qui est responsable du blocage et qu’il est président du principal parti. Soit c’est un CD&V, parce c’est le parti pivot qui pourrait faire pencher la balance. Mais le CD&V ne veut pas Soit c’est un socialiste, flamand cette fois, parce que les socialistes constituent la famille la plus importante du pays. Johan Vande Lanotte ? On en revient à la difficulté déjà évoquée : entre le SP.A et la N-VA, c’est la guerre.

Pas facile

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Les deux médiateurs

Danny Pieters. Le sénateur N-VA est né en 1956 à Uccle. Il est revenu au-devant de la scène grâce au raz-de-marée électoral de son parti. Sa carrière politique jusque-là s’était limitée à un mandat de député fédéral entre 1999 et 2003. Il avait été élu sous la bannière Volksunie, puis avait disparu de l’arène politique à la suite du naufrage de son parti. Naufrage auquel il a pour partie contribué. Danny Pieters a en effet participé au groupe "orange", qui réunissait les ultras de l’ex-VU et qui avait mené la fronde contre le président de l’époque Bert Anciaux au début des années 2000. C’est d’ailleurs ce groupe qui est à l’origine de la formation de la Nieuw-Vlaamse Alliantie. Sa carrière universitaire est plus étoffée. Docteur en droit, spécialiste de la sécurité sociale, il enseigne à la KUL depuis une quinzaine d’années. Il prétend maîtriser 6 langues. Dont le français.

André Flahaut. L’actuel président de la Chambre a déjà pas mal roulé sa bosse en politique. Né en 1955 à Walhain, il adhère au PS en 1973. Licencié en sciences politiques, il collabore au centre d’études du parti, l’Institut Vandervelde dont il assure la présidence entre en 1989 et 1995. Il s’en sert comme d’un tremplin. En 1995, il est désigné ministre, d’abord de la Fonction publique, puis de la Défense. Il perd son portefeuille en 2007, et redevient "simple" député. André Flahaut, c’est aussi l’un des hommes forts du Brabant wallon, même si, paradoxalement, son implantation locale s’est jusqu’à présent toujours limitée à de la figuration dans les communes où il a élu domicile.

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