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Vanhengel : "Il faut refinancer Bruxelles"

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 07/09/2010

Le vice-Premier ministre fédéral VLD, bruxellois, estime qu’il faut aussi revoir la loi de financement. Et aussi réorganiser la Région bruxelloise.
Entretien

Guy Vanhengel, vice-Premier ministre fédéral et ministre du Budget (Open VLD) livre son sentiment politique en pleine tourmente institutionnelle.

Vous êtes un Flamand de Bruxelles. Selon l’étude de deux démographes, il y aurait 5,3 % de Flamands à Bruxelles…

Cette étude est très contestable. On ne peut pas dire ce qu’est un Flamand de Bruxelles. En tant que Bruxellois, nous nous battons contre toute forme de sous-nationalité. Les couples sont tellement mixtes que nous défendons le principe de l’identité multiple, qui est la règle pour un très grand nombre de Bruxellois.

Pour vous, quelle est la proportion entre francophones et Flamands à Bruxelles : 90-10, 80-20 ?

On sait très bien pourquoi ces études sont réalisées : c’est pour répartir les investissements entre les Communautés en Région bruxelloise. Mais il ne faut pas déterminer qui est francophone ou néerlandophone. Il faut, dans notre contexte fédéral, déterminer le niveau d’utilisation des services procurés par les Communautés. Là, on arrive à un tout autre schéma : au niveau culturel ou de l’enseignement, on remarque que 22% des enfants habitant Bruxelles fréquentent l’enseignement néerlandophone.

Ce n’est pas pour cela qu’ils sont flamands…

Non, mais ils s’adressent à un service financé par la Communauté flamande. C’est cela qui compte et pas une identité impossible à définir.

Il n’y aurait pourtant que 3% d’actes de naissance rédigés en néerlandais…

Cela ne veut rien dire. Bon nombre de jeunes filles qui accouchent à Bruxelles sont d’origine maghrébine. Elles ont peut-être des cartes d’identité en français, mais ont souvent suivi leurs études dans des écoles néerlandophones et parlent le néerlandais. Elles ont parfois une triple identité.

Une très grande majorité fait pourtant le choix du français lors de la déclaration de naissance…

Elles choisissent ce qui est plus simple.

Faut-il refinancer Bruxelles ?

J’ai été ministre des Finances de la Région bruxelloise pendant neuf ans. Au départ, j’étais d’ailleurs le seul à clamer que le refinancement de Bruxelles était absolument nécessaire. Mais à l’époque, les Bruxellois ne voulaient absolument pas apparaître comme étant "demandeurs". L’Open VLD est sans doute le seul parti flamand qui a dans son programme le refinancement de la Région bruxelloise.

A quelle hauteur ?

Le montant de 500 millions figure dans le programme du VLD. Mais cela ne doit pas se faire du jour au lendemain.

Que faire alors ?

Il faut d’abord trouver un nouvel équilibre au sein du pays sur le flux financier entre le fédéral, les Communautés et les Régions de telle sorte que la Région bruxelloise puisse accéder à un financement correct qui, à terme, doit effectivement atteindre un "plus" de 500 millions. Mais cela peut être progressif, d’année en année et par l’intermédiaire de l’outil existant, Beliris.

Pourquoi pas tout de suite ?

Parce qu’aujourd’hui déjà, certains problèmes administratifs limitent l’utilisation des montants accordés à Beliris.

D’où doit venir l’argent : du fédéral, des entités fédérées ?

Il y a actuellement une grosse confusion. Les problèmes de maîtrise budgétaire que nous connaissons ne concernent pas seulement le pouvoir fédéral mais l’ensemble des entités fédérées de la Belgique. Notre fédéralisme nous a coûté beaucoup d’argent, rien que par la multiplication du nombre de fonctionnaires. Il faut donc trouver un nouvel équilibre qui suppose un programme d’économies de 25 milliards en 5 ans. Il sera impossible d’atteindre cet objectif sans une refonte des mécanismes financiers au sein de l’ensemble des entités. Je parle des communes, des provinces, des Régions, des Communautés, de l’entité fédérale et de la Sécurité sociale. Dans cet équilibre global doit être prévue une augmentation des moyens de la Région bruxelloise de 500 millions.

Faut-il lier le refinancement de Bruxelles à la révision de la loi de financement ?

Cela me semble inconcevable de ne s’attaquer qu’au seul problème de la Région bruxelloise, car le problème budgétaire de l’ensemble des entités est très préoccupant. On ne peut pas sortir un seul élément de cet ensemble et dire que pour le reste: on verra. Car il faut tout résoudre à court terme.

Si les libéraux flamands étaient autour de la table, auraient-ils accepté la dernière proposition d’Elio Di Rupo ?

Non. Parce que résoudre le problème du seul refinancement de Bruxelles, même en deux temps, est insuffisant face à tous les problèmes budgétaires de l’ensemble des entités fédérées.

Quand vous plaidiez, à l’époque, pour un refinancement de Bruxelles, il n’était pas question de revoir la loi de financement…

Non. Mais on n’avait pas encore connu la crise bancaire et financière de 2008. Et comme le dit le Conseil supérieur des finances, il faut à présent revoir l’ensemble.

Estimez-vous, comme le réclame Bart De Wever, que l’Open VLD doive être à la table des négociations ?

Nous avons perdu les élections. Nous ne sommes pas à la manœuvre.

Tous les partis flamands, à l’exception du SP.A et de Groen !, s’inclinent devant Bart de Wever…

Non, pas du tout ! J’ai constaté que Bart De Wever avait commencé la négociation sur de mauvaises bases : l’élément clé, la loi de financement et une refonte des équilibres financiers au sein du pays, devaient être examinés dès le début des négociations.

Est-il possible de revoir la loi de fianncement en maintenant le même niveau de prospérité pour toutes les entités fédérées, sans appauvir l’une d’entre elles?

Mais il n’y a pas moyen de refondre la loi de financement en réservant au niveau fédéral la responsabilité de l’assainissement. Dat gaat niet ! Le fédéral n’a plus suffisamment de marge de manœuvre dans ses budgets restreints. Et ce sera plus difficile encore après les transferts de moyens supplémentaires du fédéral vers les entités fédérées. Si l’on ne maintient pas une politique d’austérité pour l’ensemble des pouvoirs publics, alors ce sera le contribuable qui devra "casquer". Car c’est le seul pouvoir taxatoire, le fédéral, qui devra augmenter la pression fiscale d’une façon indigeste pour le citoyen.

Bart De Wever dit toujours “geen blanco cheque” pour Bruxelles…

C’est une image, évidemment. Il faut une contrepartie : une réforme interne de la Région et des rapports entre communes, Régions, etc. Il y a des manques d’efficacité dans les moyens de la Région. Mais cela devra se négocier entre Bruxellois.

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