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Comment les libéraux veulent revenir dans la course
Francis van de Woestyne et Martin Buxant
Mis en ligne le 10/09/2010
La semaine politique qui s’écoule pourrait ressembler à un long fleuve tranquille. Les médiateurs consultent à leur rythme, les présidents de partis défilent un à un. On dirait que rien ne se passe et que chacun attend les bras croisés que les heures coulent. Profonde erreur...
Sur le front des médiateurs, d’abord, c’est la bérézina complète. Le socialiste André Flahaut et le nationaliste flamand Danny Pieters avaient mis au point une métode de travail. Celle-ci avait été acceptée par les présidents des six partis reçus jusqu’ici depuis mardi... (Groen !, Ecolo, SP.A, CDH, CD&V et N-VA). Mais voilà, jeudi après-midi, la méthode Flahaut/Pieters a été recalée par le président du PS Elio Di Rupo... Surprenant !
En quoi consistait donc cette méthode, précisément? Elle reposait sur une double liste comprenant plusieurs dizaines de points. Une liste socio-économique et une liste communautaire cohabitaient, en fait. Chaque parti devait ensuite remplir cette liste et classer les points par ordre de préférence (+, -, =). Une méthode habile pour "objectiver" les convergences et les divergences entre les sept formations politiques... La liste devait parvenir dans les états-majors des partis concernés ce vendredi et les présidents auraient dû remplir leur devoir pour lundi... Mais il n’en sera rien puisque cette méthode est recalée... C’est donc l’impasse complète sur le front des médiateurs royaux...
Pour le reste, la semaine politique est animée par un autre événement majeur : le MR a refait son unité autour du duo Reynders-Michel, au détriment du FDF. Unité de façade ? L’avenir le dira. Toujours est-il que les murs qu’avaient dressés les clans rivaux au MR sont tombés cette semaine et que les ennemis d’hier se reparlent et conçoivent des stratégies communes. Dont l’un qui, en cas de participation du MR, verrait Didier Reynders futur vice-Premier ministre et Louis Michel, futur président du MR. Spéculations ? Oui, bien sûr. Mais les méninges libérales turbinent à plein rendement ? Y compris pour préparer leur entrée en négociation, avec l’aide d’un certain Bart De Wever.
Deux hypothèses circulent pour la suite.
1La relance d’une négociation à 7. C’est le souhait du PS, du CDH et d’Ecolo. Parmi les francophones qui ont négocié pendant les 7 dernières semaines, l’espoir subsiste d’arracher un accord qui permettrait à Bart De Wever de revenir à la table : on évoque le transfert aux entités fédérées d’un vrai levier, voire d’une plus grande responsabilisation financière. Il faudrait aussi que les francophones obtiennent une nouvelle concession : un refinancement de Bruxelles plus rapide et plus important, par exemple.
MAIS. Car il y a un grand "mais" dans ce scénario. On bute toujours sur la volonté de Bart De Wever de négocier la suite, à savoir essentiellement le volet socio-économique et le plan d’austérité (25 milliards en 5 ans) avec les libéraux. Le MR en particulier. Car Bart De Wever entend bien imposer ses recettes et préserver les classes moyennes, le cœur de son électorat. Quelles recettes ? On parle déjà d’une limitation des allocations de chômage dans le temps, voire d’une dégressivité de ces allocations, quitte à ce qu’elles soient plus importantes au début. Difficile de négocier cela avec des partis majoritairement situés à gauche ou au centre. Donc, si cela est impossible, on passerait alors au scénario numéro 2.
2 On repart à zéro avec les libéraux. S’il est impossible de relancer le scénario à 7, il faudra donc changer les équipes. Dans ce cas-là, deux scénarios circulent. 1. On nomme un duo d’informateurs. Cela pourrait être Kris Peeters (CD&V) ou Johan Vande Lanotte (SP.A) côté néerlandophone et Louis Michel côté francophone. Supposition, bien sûr. D’autres pensent qu’il serait plus simple de confier une nouvelle tâche d’information à Bart De Wever lui-même.
Se retrouveraient alors autour de la table : côté flamand, la N-VA, le CD&V et le SP.A. Côté francophone : le PS, le MR et le CDH. Arrêtons-nous un instant sur ces compositions.
Pour la Flandre, il n’est pas du tout certain que la N-VA et le SP.A puissent travailler ensemble car leurs relations se sont fortement dégradées au sein du gouvernement flamand (composé, pour rappel, du CD&V, de la N-VA et du SP.A). Motif de leurs incessantes querelles : la question du désengorgement d’Anvers. La N-VA défend l’option d’un pont. Le SP.A préfère un tunnel, plus cher de 500 millions. Les autres partis ? Le CD&V se rapproche de la position de la N-VA. Le SP.A risque de se retrouver marginalisé. Donc, la majorité au gouvernement flamand pourrait sauter et les libéraux, également partisans du pont, pourraient remplacer les socialistes au sein du gouvernement flamand dirigé par Kris Peeters, le vrai patron du CD&V. Donc, si le SP.A quitte le gouvernement flamand pour cause de désaccord avec la N-VA, ce ne serait pas facile de les faire cohabiter au fédéral.
MAIS - car il y a beaucoup de "mais" dans la situation actuelle - le PS souhaite que la famille socialiste soit unie au fédéral, contrairement au gouvernement sortant. Pourquoi ? Pour mieux défendre les options socialistes et pour permettre aussi à Elio Di Rupo d’être Premier ministre, lequel doit normalement être issu de la plus grande famille politique. Mieux vaut donc qu’elle soit complète au pouvoir.
Du côté francophone, les libéraux seraient donc partisans, en cas d’entrée en négociation, d’une bi ou d’une tripartite. Bi-partite ? Les libéraux font remarquer qu’à deux (PS et MR), ils ont un siège de plus (44 sièges) qu’avec les trois présents (PS, CDH et Ecolo disposent de 43 sièges). Mais le PS pourrait souhaiter garder le CDH à bord. Pour des raisons de proximité idéologique mais aussi pour ne pas trop chambouler les gouvernements des entités fédérées. Car le MR, en vertu de la nécessité de constituer un gouvernement miroir (qui regroupe les partis présents dans les entités) exigerait d’être présent dans les équipes à Namur et à Bruxelles. Ce n’était pas l’exigence posée par Didier Reynders à Elio Di Rupo début juillet. Mais elle l’est devenue aujourd’hui.
Reste cette question : pourquoi la négociation aboutirait-elle avec les libéraux autour de la table ? On l’a déjà dit : lors de leur fameux déjeuner chez Bruneau (c’était bien le samedi 28 août ) Didier Reynders et Louis Michel ont précisé qu’ils pouvaient aller beaucoup plus loin dans les transferts et surtout dans la responsabilisation des entités fédérées. Ils proposent une négociation partant d’abord de la délimitation des matières strictement réservées à l’Etat fédéral, les matières résiduelles étant confiées aux Régions et aux Communautés. Sur le plan socio-économique, MR et N-VA se sont aussi découverts des accointances. Et Bruxelles ? Et BHV ? Et la périphérie ? Les libéraux sont persuadés qu’avec des transferts plus importants, une responsabilisation accrue, la N-VA se montrera plus coulante, notamment sur la préservation des droits électoraux dans les 6 communes de la périphérie. Et l’élargissement de Bruxelles ? Le quoi ? L’élargissement ! Vergeet dat
Le MR entrevoit donc une possibilité de revenir dans la course. Pour ce faire, le Mouvement réformateur a donc refait l’unité, malmenée depuis un an, autour de Didier Reynders pour se rendre plus "fréquentable". Même Gérard Deprez a dit, jeudi matin à la RTBF, qu’il fallait attendre la formation du prochain gouvernement avant d’enclencher le processus d’élections internes. Depuis quelques semaines, discrètement, Louis Michel et Didier Reynders se sont rapprochés. Et l’on sent bien que cette entente pourrait déboucher à terme sur le scénario suivant, en cas de participation du MR à tous les niveaux de pouvoir : Didier Reynders serait le vice-Premier ministre du MR dans le prochain gouvernement fédéral. Idéalement aux Affaires étrangères. Et Louis Michel reprendrait le parti en mains. Non ? Si. Car il semble être le seul à pouvoir assurer la paix des braves au sein du MR.
Comme toujours, il ne s’agit peut-être ici, que d’hypothèses juste destinées à remplir les gazettes. Car un accord à 7 n’est évidemment pas à exclure. Les libéraux attendent et croisent les doigts. Et dans l’ombre, certains s’activent déjà à renouer les fils entre les bleus et les rouges. Et si tous ces scénarios échouent eh bien, on reprendra le chemin des urnes. <
Savoir Plus
"De Wever est du même calibre que Dehaene, même s’il est différent intellectuellement et déontologiquement. Par exemple, son déjeuner avec les libéraux, en pleines négociations, jamais Dehaene n’aurait fait cela ! [ ] De Wever est à la recherche des francophones qui lui céderont le plus."
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