"Il n'est pas inutile de préciser que plusieurs coalitions sont possibles"
Déconnectés des citoyens, les politiques ? Récurrente au café du Commerce, la critique n'est certes pas toujours infondée Mais la partie engagée depuis plus de 220 jours n'est, en tout cas, pas déconnectée des inclinations des électeurs !
- Publié le 26-01-2011 à 04h16
- Mis à jour le 26-01-2011 à 06h52

Déconnectés des citoyens, les politiques ? Récurrente au café du Commerce, la critique n'est certes pas toujours infondée Mais la partie engagée depuis plus de 220 jours n'est, en tout cas, pas déconnectée des inclinations des électeurs ! Bien au contraire même, et cette proximité de la volonté citoyenne compte beaucoup dans les difficultés, tant le 13 juin dernier a livré un verdict on ne peut plus clair et antagonique à la fois.
Voilà qui n'est pas une info, mais mérite d'être rappelé à l'heure des diverses expressions citoyennes. Un "Courrier hebdomadaire" du Crisp (1) qui vient de paraître, consacré aux résultats des dernières élections, étaie d'abondance ces constats. S'il n'apporte rien de neuf, forcément, sa parution qui s'inscrit dans la tradition de ses devanciers fait précieusement mémoire des "mouvements significatifs" des voix et des sièges opérés voilà plus de sept mois.
Donc, le 21e scrutin législatif depuis la Libération a livré deux vainqueurs, N-VA en Flandre et PS du côté francophone, d'autant plus largement que tous les autres partis déjà représentés au Parlement ont perdu des plumes (à la seule exception, légère, de Groen !).
Les cartes d'implantation électorale des partis "confirment, affinent et renforcent" cette évidence. Où l'on voit bien que la N-VA a remplacé en 2010 le cartel CD&V/N-VA de 2007 en tête de chacune des cinq circonscriptions flamandes. Côté Sud, le MR en tête dans quatre circonscriptions en 2007 n'en garde que deux, le Brabant wallon et Bruxelles-Hal-Vilvorde. Tandis que le PS conforte "solidement" son leadership en Hainaut et en province de Liège, récupère sa première place en province de Namur, redevient deuxième dans le Luxembourg où il talonne le CDH, reste deuxième en Brabant wallon où il réduit son écart sur le MR.
Il y a là une asymétrie "éclatante", poursuivent nos experts. Insistons avec eux : "Pour la première fois dans l'histoire, ce n'est pas un des partis traditionnels mais un parti régionaliste - et même indépendantiste - qui devient la première formation politique du pays, sans posséder d'alter ego de l'autre côté de la frontière linguistique." Le scrutin déjoue d'ailleurs les clés d'interprétation classiques, puisque "les deux grands vainqueurs apparaissent comme opposés en tout point. La N-VA est ouvertement séparatiste et républicaine alors que, sous la houlette d'Elio Di Rupo, le PS affiche davantage son soutien aux institutions belges, en ce comprise la monarchie." Et puis, sur le plan socio-économique, la première est "clairement marquée à droite" quand le PS est "ancré à gauche". On cite ici comme exemples la norme de croissance des soins de santé et la politique d'asile.
De plus, il faut rappeler que le décalage entre les deux principaux électorats du pays ne se cantonne pas à ce binôme singulier. Ce contraste Nord/Sud n'est pas neuf, "mais prend une acuité toute particulière". Qu'on l'évalue sur l'échelle gauche/droite ou sur le prisme séparatiste/indépendantiste.
Et il faut faire une majorité fédérale avec tout ça ? Oui, ma bonne dame ! et on comprend mieux le hic
Cela dit, a priori, il n'est pas vrai qu'il n'y aurait de salut qu'entre les sept qui s'échinent. "Il n'est pas inutile de préciser, poursuit le Crisp, que plusieurs formules gouvernementales permettraient de dégager une majorité des deux tiers", celle que requiert un contexte de réformes institutionnelles. Pareille majorité, après exclusion de la droite extrême, peut associer les deux grands vainqueurs ainsi que les trois partis "en position de pivot" (CD&V, CDH, SP.A) soit avec les écologistes, soit avec les libéraux. Elle peut aussi être atteinte sans la N-VA - cas d'école ? - en associant les trois "familles" traditionnelles et les écologistes. Quant aux majorités simples, l'éventail bien sûr s'élargit; mais, comme Sempé l'aurait dit, rien n'est simple
(1) "Les résultats des élections fédérales du 13 juin 2010" par Pierre Blaise, Vincent de Coorebyter et Jean Faniel. Courrier n°2082-2083 du Centre de recherche et d'information socio-politiques, 100 p., 12,40 €.
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