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France

L'opération "Sauver le soldat Sarkozy"

BERNARD DELATTRE

Mis en ligne le 26/02/2008

La droite fait donner la grosse artillerie pour tirer le Président d'un mauvais pas. Sa personnalité n'est pas hystérique ni indigne, mais "authentique" et "virile". Il ne tente pas le coup de force institutionnel, mais veille à "la sécurité" des gens.
CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

Aquinze jours des élections municipales et avec des sondages aussi catastrophiques, pour le Président comme pour son camp, il fallait à tout prix réagir, et fortement. Après un week-end politiquement calamiteux pour le Président Sarkozy, la droite, dès lors, a donné dès dimanche soir l'artillerie lourde pour venir à la rescousse du chef de l'Etat.

Cette contre-attaque s'est d'abord déroulée sur le front de la personnalité du Président, plus que jamais sujette à controverses depuis que, samedi, il a de nouveau perdu son calme en public, au point d'insulter un de ses compatriotes qui l'avait rudoyé.

Ce faisant, a-t-il manqué de "tenue", de "hauteur", de "sérénité" voire de "dignité", comme l'en accuse la gauche ? L'incident illustre-t-il combien "pour bien présider la République, il faut d'abord se présider soi-même", comme l'a souligné lundi l'ex-Premier ministre socialiste Laurent Fabius ? Témoigne-t-il "de réels problèmes de comportement" dans le chef de Nicolas Sarkozy : une "impulsivité inquiétante" qui, selon le diagnostic de la FN Marine Le Pen, justifierait qu'on lui retire le pouvoir de commander le feu nucléaire ?

Pas du tout : le chef de l'Etat a simplement fait preuve d'"authenticité", a défendu lundi le grand communicant de l'UMP, Thierry Saussez. "Il n'est pas dans le double langage, pas dans l'hypocrisie. Il ne triche pas. Ce n'est plus, comme les précédents, un Président sur une autre planète, dans la distance avec les Français. Mais un Président qui est dans la vraie vie". Et le porte-parole de l'UMP, Yves Jégo, de renchérir : "Je préfère un Président sincère à un Président hypocrite. Il n'est pas malsain que le chef d'Etat soit comme nous". "Il ne joue pas un rôle, il ne se laisse pas insulter, c'est tout", a complété le ministre Bertrand.

Avant d'embrayer sur un couplet favori des sarkozystes, en ce moment : la critique du "système" médiatique. Système "insensé" : les "charognards" qui, outre qu'ils inventeraient des textos présidentiels, exploitent des "vidéos-poubelle", médiatisent sans vergogne des incidents "d'ordre privé", donnent du retentissement à de simples explications "viriles" dixit l'ex-Premier ministre Raffarin. Un système médiatique en outre "incohérent" et "de mauvaise foi" puisque, selon le secrétaire général de l'UMP, Patrick Devedjian, il reproche à la fois à Nicolas Sarkozy "une dérive monarchique" et "un manque de majesté".

"Lynché" comme Bérégovoy ?

Un système qui, a osé comparer un député UMP, se livre à "la chasse au Sarko" comme en 1993 "les chiens" de la presse s'acharnaient sur le Premier ministre Bérégovoy, jusqu'à ce que ce "lynchage" le pousse au suicide.

La comparaison, énorme, dit bien l'ampleur du tohu-bohu actuel et la tonalité du débat politique ambiant. Tout aussi retentissante est l'accusation lancée dimanche soir par l'UMP aux socialistes de s'être rangés "derrière les assassins". En cause cette fois, l'avalanche de critiques qu'a suscitée dans la gauche (partisane, syndicale et associative) l'initiative de Nicolas Sarkozy de saisir vendredi soir la Cour de Cassation de la censure partielle par le Conseil constitutionnel, la veille, du projet de loi Dati sur la rétention de sécurité à vie pour les criminels sexuels incurables (voir "LLB" du 22/2).

"Coup de force", "défi aux institutions", "atteinte à l'Etat de droit", "surenchère du pouvoir au péril de la démocratie" : sur ce sujet aussi, le ton est monté ce week-end. L'UMP a répliqué en dénonçant un "déferlement haineux" de "cris d'orfraies". Et en accusant l'opposition de ne pas partager le souci présidentiel "qu'on ne laisse pas des monstres en liberté". La droite a toutefois dû préciser la nature et la portée de cette initiative (lire ci-contre), très inédite il est vrai et qui suscitait des questionnements jusque dans ses propres rangs.

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Institutions: une première

Le Conseil constitutionnel, jeudi soir, a tellement encadré la rétroactivité de la future rétention de sécurité à vie (créée pour les criminels sexuels susceptibles de récidiver) que cette rétroactivité, de facto, sera très difficilement applicable.

L'Elysée n'a pas apprécié. Vendredi soir, elle a fait savoir que l'application immédiate de la rétention restait "un objectif légitime", précisant qu'elle avait chargé le président de la Cour de Cassation, Vincent Lamanda, "d'examiner la question et de faire les propositions nécessaires pour l'atteindre". Et Nicolas Sarkozy d'invoquer samedi "le devoir de précaution" bénéficiant aux "victimes".

L'imprécision de cette démarche a fait bondir l'opposition, qui y a vu un "coup de force" inédit contre le Conseil constitutionnel, dont les décisions s'imposent à tous, y compris au chef de l'Etat. Même le président UMP de l'Assemblée nationale s'en est ému.

Du coup, dès dimanche soir, la droite a minimisé et recadré l'initiative élyséenne. Elle a certifié qu'il ne s'agissait "pas de contourner" l'arrêt des "Sages" mais de demander à la Cour de Cassation "des éclairages sur les termes juridiques" de sa décision. Et le patron de cette Cour d'assurer à son tour lundi qu'il était "hors de question de remettre en cause la décision du Conseil".

Il n'empêche, la démarche est tout à fait inédite. C'est d'habitude le Conseil d'Etat qui joue le rôle de conseil du gouvernement, et il l'avait averti il y a longtemps déjà des risques d'anticonstitutionnalité d'une rétention rétroactive. De même, si dans le passé la Cour de Cassation a déjà été mandatée pour éclairer le législateur, jamais auparavant elle n'avait été consultée sur un texte après qu'il eut été censuré par les "Sages" et dans le but de "l'améliorer" après cette censure.

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