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Édito
Les grands cimeterres à la Une
Par Olivier Stevens
Mis en ligne le 28/03/2008
En quelques mois, la polémique suscitée par "Fitna", le court-métrage de Geert Wilders, est la deuxième manifestation convulsive, après celle provoquée par l'affaire des caricatures de Mahomet, d'un hiatus culturel entre les deux rives de la Méditerranée. Une dichotomie entre deux façons de vivre la citoyenneté et de se représenter la vie publique. L'affaire Wilders, si elle n'a pas l'ampleur de la première bombe danoise, a eu au moins le mérite de souligner les différences de perception, imaginaires ou réelles à l'heure de la mondialisation. Certes, cette fois, les rouages politiques et diplomatiques, de La Haye à Ryad en passant par Téhéran et Paris ont fait leur oeuvre modératrice. La machinerie médiatique s'est moins emballée. "Les monarchies du Golfe n'ont pas répondu à la provocation", entend-t-on ça et là.
Et si, tel que mis au jour par cette polémique, le "dialogue des cultures" était plus complexe, fastidieux que prévu ? En quelques réactions, on a pu faire l'état des lieux, au moins sur le plan psychologique des "forces" en présence. Un excès de mystique côté musulman, une peur larvée côté européen. Des trésors d'énergie ont été déployés pour que ce petit film ne suscite pas une levée de boucliers, qu'il ne tourne pas à l'exutoire dans un islam qui peine à "mettre sa modernité à jour", pour reprendre une expression baudelairienne. On verra si cet abandon aura été profitable.
On peut se méfier mais aussi rendre grâce à certains écarts de perception. Créer une société où la vie commune est possible implique une même perception des choses, loin des identités meurtrières. Le rôle et la place de la femme dans la société, un cloisonnement souple entre la vie publique et la vie privée, une vision sécularisée de l'Etat, le droit à la liberté d'expression, ont été lentement élaborés en Europe. Leur respect est intangible. Or, manifestement, un islam "rénové", "intériorisé", porté par ses classes moyennes peine à voir le jour. Une guerre économique, appelée "mondialisation" par un euphémisme ravageur, l'en empêche en partie. Les élites musulmanes, de leur côté, refusent de colmater la brèche narcissique et belliqueuse créée par le ressentiment et l'échec. Entretenir cette confusion, c'est perméabiliser notre monde aux pires thèses salafistes. "Fitna" aura au moins permis d'attirer l'attention, mais pas de la meilleure manière, sur la solidité et la permanence de nos choix de société. Ou sur leur absence.
© La Libre Belgique 2008
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