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Bosnie-Herzégovine

Sarajevo gagnée par l'islamisme radical

jean-arnault dérens

Mis en ligne le 04/10/2008

Le premier festival gay de la ville a été attaqué par des extrémistes; les heurts entre voisins se multiplient. La tradition de tolérance de la ville se perd.
Correspondant dans les Balkans

Des élections municipales sont convoquées dimanche en Bosnie-Herzégovine mais, à Sarajevo, l'ambiance est de plus en plus morose. La crise économique et sociale perdure, les réformes sont au point mort, les partis politiques poursuivent leurs interminables querelles et la ville vient de connaître une série de violences encore inédites.

Le soir du 24 septembre, le premier festival gay de la ville a été violemment attaqué par des extrémistes musulmans et a dû être annulé. Le festival avait été organisé à la fin du mois de ramadan, ce que les autorités islamiques ont considéré comme une "provocation". Quelques dizaines de militants wahhabites, arborant barbes et djellabas, se sont rassemblés devant l'Académie des Beaux-Arts de Sarajevo, où avait lieu l'inauguration. Ils ont vite été rejoints par des centaines de très jeunes gens, arborant une tenue beaucoup plus laïque. Les participants et les visiteurs ont été insultés et attaqués, sous les yeux de policiers pratiquement inactifs. "Nous avons été poursuivis jusque dans les taxis dans lesquels nous essayions de fuir", expliquent certains visiteurs, qui parlent d'une "Nuit de cristal". Huit personnes ont été sérieusement blessées.

Certains partis politiques ont, timidement, condamné ces violences, mais le Parti pour la Bosnie-Herzégovine (SBiH), la formation du membre bosniaque de la présidence collégiale, Haris Silajdzic, a préféré s'en prendre aux organisateurs du festival... Il est vrai que SBiH, devenu le premier parti politique de la communauté bosniaque musulmane, entretient d'étroites relations avec la communauté islamique.

Le 29 septembre, des altercations entre supporteurs de clubs de football rivaux ont dégénéré en bataille rangée. Iggy Pop a annulé son concert prévu pour le premier soir de l'aid el-fitr, ou bajram, comme les musulmans des Balkans appellent la fin du ramadan. La rock star a évoqué le "climat de violences" à Sarajevo, même si une autre explication serait que les ventes de billets n'auraient guère marché.

De "nouveaux" Sarajéviens

Les habitants de Sarajevo perçoivent ces événements comme une atteinte à la tradition de tolérance de leur ville. Il faut dire que la population a connu d'intenses bouleversements. Si la ville compte aujourd'hui quelque 500 000 habitants, autant qu'avant la guerre, ce ne sont plus les mêmes : les 150000 Serbes de Sarajevo ne seraient plus qu'une vingtaine de milliers, la population croate a aussi connu une réduction drastique, et la population bosniaque a été profondément renouvelée. Des nouveaux venus, chassés des campagnes ou des villes contrôlées par les Serbes ou les Croates ont remplacé les "vieux" Sarajéviens, dont beaucoup se sont exilés à l'étranger durant la guerre ou après celle-ci.

Ces "nouveaux" habitants, bien qu'installés à Sarajevo depuis une quinzaine d'années, ne possèdent pas la tradition urbaine de convivialité de la ville. Les journaux d'orientation citoyenne, comme l'hebdomadaire "Dani", rapportent des cas de plus en plus fréquents de bagarres entre voisins ou de tabassages d'enfants serbes à l'école. "Les agresseurs nationalistes serbes et croates ont finalement gagné, écrit ainsi Vildana Selimbegovic, rédactrice en chef de "Dani", Sarajevo est devenue une ville musulmane."

Ces phénomènes d'intolérance sont aggravés par la crise sociale et le chômage qui toucherait près de 50 pc de la population active. Et, notamment, les jeunes désœuvrés des quartiers périphériques que l'on trouve au premier rang des épisodes de violence.

Certains "vieux" Sarajéviens veulent croire à un sursaut citoyen : samedi, une manifestation est convoquée pour dénoncer les violences homophobes de septembre. Par contre, beaucoup de citoyens n'envisagent même pas d'aller voter dimanche, tant ils sont las des querelles et des promesses non tenues des partis politiques.

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