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France
Le PS en échec sur (toute) la ligne
BERNARD DELATTRE CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS
Mis en ligne le 17/11/2008
Ce ne fut pas le sacre, mais le massacre de Reims. Réunis en congrès houleux pendant trois jours dans cette ville, les délégués du Parti socialiste n'ont pas réussi à s'accorder sur un projet politique majoritaire et donc sur le nom d'un successeur à François Hollande. C'est la première fois depuis le congrès de Rennes de 1990 - qui avait vu les héritiers de François Mitterrand se déchirer entre jospinistes et fabiusiens - que le PS est confronté à une telle impasse. A défaut d'un consensus entre les délégués, ce sont les adhérents du parti qui, en fin de cette semaine, devront trancher.
D'emblée, Ségolène Royal a essayé de pousser l'avantage qui lui avait été donné par la victoire de sa motion (29 pc) lors du vote, la semaine dernière, des adhérents sur les textes préparatoires au congrès déposés par chacun des courants en lice. Vendredi soir, brisant un faux suspense, elle a donc anticipé sa déclaration de candidature, qui n'était pas attendue avant samedi. Elle a même innové en la matière puisqu'elle a proposé un ticket avec l'eurodéputé Vincent Peillon comme premier secrétaire délégué.
Face à elle, le leader du plus petit courant en lice (19 pc), l'eurodéputé Benoît Hamon, représentant l'aile gauche du PS, n'a pas davantage varié ses positions et a maintenu sa candidature. Le sort du congrès s'est joué autour des atermoiements des deux courants rivaux à 25 pc des voix : les écuries de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry.
Très affaibli, le maire de Paris a d'abord tenté samedi de jouer les arbitres avec un "ni-ni" : ni Royal, ni anti-Royal, mais une troisième voie proposée autour de lui. Puis, il a convenu que s'il avait des "différences" avec les royalistes, il n'avait que des "nuances" avec les antiroyalistes. Dimanche, cependant, il en a été réduit à renoncer à une candidature de son courant et à laisser la liberté de vote à ses sympathisants. C'était la seule façon de ne pas voir son camp exploser entre jospinistes (antiroyalistes primaires), hollandais (moins rétifs) et rocardiens (antifabiusiens et aubrystes viscéraux).
Le camp de Martine Aubry, pour sa part, a hésité jusqu'à dimanche avant de la porter candidate. Il est vrai qu'avec un Benoît Hamon qui se maintient et un Bertrand Delanoë neutre, l'issue du vote n'est pas gagnée d'office pour la maire de Lille.
Un parti très mal en point
Jusqu'à la caricature, ce congrès a montré la prééminence des querelles d'ambitions, des luttes de clans et des débats tacticiens sur les vrais questions et enjeux de fond. Il a confirmé aussi combien le PS n'avait pas résolu le problème qui lui a fait perdre la dernière présidentielle : gros malaise vis-à-vis de Ségolène Royal (très sifflée à la tribune), mais impossibilité de ses opposants à la contrer avec une alternative unie et crédible.
Martine Aubry défend une conception beaucoup plus orthodoxe du parti que Ségolène Royal, qui a poussé la provocation jusqu'à suggérer que les instances du PS soient dépossédées, au profit des militants, de la décision sur une éventuelle alliance électorale avec les centristes. Ce week-end, la maire de Lille l'a emporté haut la main à l'applaudimètre. Elle espère réitérer ce succès jeudi - ou au moins vendredi, en cas de second tour. Et compte sur les voix des sympathisants de Bertrand Delanoë. Mais ce sont les adhérents et non les délégués qui voteront. Et ils sont traditionnellement moins sensibles aux envolées gauchistes de tribune qui ont toujours séduit les congrès socialistes.
Benoît Hamon espère compenser son manque de notoriété et ne pas être éclipsé par ce choc féminin en mettant en avant l'alliage de l'ancrage à gauche et du renouvellement qu'il prétend incarner. Ségolène Royal parie sur une meilleure mobilisation des adhérents que la semaine dernière. Et sur leur dégoût possible pour la façon dont elle a été traitée au congrès. Comme toujours, donc, elle joue la base contre les appareils.
Difficile de pronostiquer d'emblée le nom du vainqueur. Mais il y a déjà un grand vaincu : le PS dans son ensemble. Qui, plus que jamais ce week-end, a montré l'image d'un parti nombriliste, perdu dans des querelles incompréhensibles, régi par des modes de fonctionnement aberrants, atomisé et ayant oublié jusqu'à la fraternité.
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