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Union européenne
Le lobbying reste dans une nébuleuse
Sabine Verhest
Mis en ligne le 28/01/2009
Tout est question d’appréciation. Pour la Commission européenne, le registre des représentants d’intérêts qu’elle a mis en place le 23 juin dernier connaît des "débuts prometteurs". Selon Alter-EU, la qualité des informations qu’il contient sur les lobbyistes actifs à Bruxelles se révèle "très pauvre", comme l’a déclaré mardi Erik Wesselius, expert auprès de cette coalition d’associations de la société civile, syndicats, universitaires et organismes de relations publiques.
Ils seraient plus de 15 000 lobbyistes à évoluer dans les couloirs et bureaux des institutions européennes pour tenter d’infléchir les politiques de l’Union. Parmi eux, d’anciens membres du personnel, comme Leon Brittan (ex-commissaire au Commerce devenu consultant du cabinet d’avocats Herbert Smith pour les affaires liées à l’Organisation mondiale du Commerce), Jean-Paul Mingasson (ex-directeur général engagé par BusinessEurope) ou Peter Guilford et Nigel Gardner (porte-parole de l’exécutif avant de créer GPlus, une boîte de consultance "spécialiste des mécanismes, politiques et acteurs de l’Europe").
C’est tout ce petit monde que les institutions européennes tentent d’envelopper de ce qui n’est encore qu’un zeste de transparence. Il s’avère indispensable en démocratie de savoir qui paie combien les lobbyistes et pour quelle mission. La Commission vient d’établir son registre des représentants d’intérêts, sur lequel 884 groupes se sont volontairement inscrits ces 7 derniers mois. On y retrouve des entreprises, des organisations professionnelles et des ONG, ainsi que des cabinets d’avocats ou des think tanks, peu pressés toutefois de se faire ouvertement connaître. Le consultant en affaires publiques Burson-Marsteller, dont le chiffre d’affaires avoisine les 7 millions d’euros, et la firme IBM, qui consacre entre 850 000 et 900 000 euros à la représentation de ses intérêts, font partie des inscrits, tout comme le Syndicat des labels porc et charcuteries ou SOS Faim, qui dépensent moins de 50000 euros en lobbying.
Un registre insatisfaisant
Alter-EU n’en juge pas moins ce registre très lacunaire. D’abord parce que l’inscription ne se fait que sur base volontaire, si bien que "moins de 20 pc des lobbies basés à Bruxelles se sont enregistrés", regrette Erik Wesselius. Confidentialité reste un maître mot dans le milieu; c’est ainsi que GPlus a été bouté du registre par la Commission pour avoir omis de mentionner trois de ses trente-neuf clients, qui préféraient rester dans l’ombre. En s’inscrivant, les représentants d’intérêts s’engagent en effet à respecter les dispositions d’un code de conduite, qui impose de déclarer ses clients. Il oblige aussi de se présenter de manière exacte et interdit, entre autres, de chercher à obtenir malhonnêtement des informations et d’inciter le personnel de l’UE à enfreindre ses règles.
Si le registre est jugé insatisfaisant par Alter-EU, c’est aussi parce qu’il n’indique pas les montants exacts consacrés à la représentation d’intérêts, ni le nom des lobbyistes, le poids de leurs clients ni même les lois qu’ils tentent de façonner. Les Etats-Unis sont nettement en avance à ce titre, permettant au site OpenSecrets.org de livrer au public une mine d’informations pour évaluer le poids et l’influence de l’argent sur la politique.
Conscients des lacunes, la Commission et le Parlement sont en train d’élaborer un registre commun plus performant. "Nous demandons qu’il soit obligatoire et qu’il prévoie des sanctions, comme le retrait du badge d’accréditation", explique l’eurodéputé allemand Jo Leinen, "qu’il divulgue des informations financières précises et le nom des lobbyistes". Mais les élections approchent et le mandat de la Commission vient à terme : le temps presse.
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