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Pays-Bas

Le foulard, pas une entrave à l’emploi

Sabine Cessou

Mis en ligne le 25/03/2009

Trois femmes d’origine marocaine tentent de le faire comprendre aux employeurs. Leur "Brigade du foulard" se veut pacifique. Les statistiques prouvent que les femmes musulmanes sont défavorisées sur le marché du travail.
Correspondance particulière à La Haye

La "Brigade du foulard" des femmes musulmanes des polders ("Poldermoslima Hoofddoekbrigade") n’est pas une nouvelle organisation terroriste. Au contraire, cette initiative lancée mi-février par trois Néerlando-Marocaines veut combattre, pacifiquement, les préjugés contre les femmes voilées sur le marché du travail. "Nous ne voulons pas menacer les employeurs", s’empresse de clarifier Nora el-Jebli, l’une des fondatrices.

Cette comptable de 31 ans, née à Amsterdam de parents marocains, porte le hijab depuis 2004. "Une décision personnelle" prise après deux accidents de voiture.

Travail d’explication

Pour décrocher, il y a quelques mois, son nouvel emploi chez Toolsgroop, une entreprise américaine, elle n’a pas eu besoin de l’enlever : "J’ai simplement expliqué ce qu’est le foulard et ce qu’il représente pour moi". Certains ne se sont pas gênés pour lui dire, lors d’entretiens d’embauche, que son foulard "ne (cadrait) pas avec la culture de l’entreprise". D’autres ont prétendu que le poste était déjà pourvu.

La "Brigade du foulard" ne veut pas entrer dans de vaines polémiques. Elle part d’un simple constat : aux Pays-Bas, le chômage des Marocains, de 20 pc, est cinq fois supérieur à la moyenne nationale. Pour les femmes, le foulard n’est accepté qu’aux postes subalternes.

"Nous ne voulons pas être prises en pitié, dit Nora el-Jebli. Nous voulons juste une chance honnête sur le marché du travail". Si ce n’est quelques courriels de haine envoyés à la jeune comptable, l’invitant par exemple à "retourner à Kaboul", la "Brigade du foulard" n’a pas suscité beaucoup de réactions dans un pays qui débat pourtant tous les jours de l’islam.

Avis de soutien

Le problème posé par le foulard sur le marché du travail doit être réglé, estime Agnes Jongerius, secrétaire générale de la Fédération des syndicats néerlandais (FNV), qui soutient l’initiative. En effet, de plus en plus de jeunes filles d’origine turque et marocaine se voilent, au risque de passer pour les "Burqa Babes" dont se moque le dessinateur à succès Peter de Wit.

La Commission pour l’égalité des traitements (CGB) a rendu plusieurs recommandations en leur faveur, après que certaines ont été licenciées pour avoir refusé de retirer leur foulard.

Prix annuel

Mais pas question pour la Brigade de défendre d’autres voiles que le simple hijab et Nora el-Jebli rejette la burqa.

Elle veut travailler sur l’opinion de manière exclusivement positive.

Dans une mosquée d’Amsterdam, la "Brigade du foulard" a décerné, le 22 février, son premier Prix annuel à la chaîne de supermarchés Dirk van den Broek, récompensant ainsi l’entreprise néerlandaise qui accepte le mieux le foulard parmi ses employées.

© Libération

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