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France
Le "gendarme" de l’atome est mitigé
BERNARD DELATTRE
Mis en ligne le 08/04/2009
Commercialement, 2008 fut une bonne année pour le nucléaire français, singulièrement grâce à l’activisme de Nicolas Sarkozy. Jamais auparavant un président n’avait, à chacun de ses déplacements officiels à l’étranger, autant endossé le costume de représentant de commerce de cette filière. Et, malgré les péripéties et dépassements budgétaires émaillant le premier chantier de construction, dans la Manche, du réacteur de la nouvelle génération EPR, l’hôte de l’Elysée a donné son feu vert au deuxième chantier de ce type. Mais, en termes d’image de marque, 2008 fut une année catastrophique pour ce secteur.
Pour mémoire, une spectaculaire série noire d’incidents, de négligences, de dysfonctionnements voire de pollutions radioactives (mineures) eut pour cadre des centrales situées notamment dans le sud du pays : dans la Drôme ou en Ardèche, par exemple. Au point que le ministère de l’Ecologie a dû ordonner en catastrophe l’inspection de toutes les nappes phréatiques situées à proximité des centrales. Au point aussi que, depuis près de six mois, les laboratoires d’Electricité de France (EDF) ne sont plus agréés pour mesurer la radioactivité dans l’air et dans l’eau ainsi que les quantités de tritium autour des centrales.
C’est la conséquence d’une décision historique prise début 2009 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) : le "gendarme" du secteur, une autorité indépendante mais dont les antinucléaires ont l’habitude de critiquer le "laxisme" . Ces contrôles, le géant de l’électricité doit désormais les sous-traiter à des organismes jugés plus fiables. En 2008, décidément année noire pour les pro-nucléaire, l’ASN a aussi suspendu pendant trois semaines le chantier de construction du premier réacteur EPR "compte tenu d’une gestion insuffisante de la qualité" .
"Forte attention du public"
Mardi donc, après cette année catastrophe, était assez attendue la présentation aux parlementaires par l’ASN de son rapport sur "l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2008".
Dans ce document de 700 pages, le "gendarme" du nucléaire français considère qu’en règle générale, "l’année a été assez satisfaisante au plan de la sûreté nucléaire, mais une action forte a été nécessaire pour que les exploitants maintiennent la rigueur nécessaire" . Après avoir rappelé l’"importance limitée" des incidents - qui, en 2008, n’en ont pas moins "créé une forte attention dans le public" -, l’ASN juge que "tous les exploitants nucléaires doivent porter une attention accrue à l’entretien" notamment des canalisations d’effluents radioactifs défaillantes, susceptibles de conduire à la diffusion de radioactivité dans l’environnement. De même, EDF est nommément invité à "ne pas relâcher son effort en matière de rigueur d’exploitation et d’amélioration de la propreté radiologique de ses centrales" . Quant au groupe Areva, qui avait reconnu avoir très mal géré médiatiquement la série noire d’incidents, il est assez sèchement sommé de "veiller au niveau de la sûreté d’installations auxiliaires" de ses centrales défaillantes et de "poursuivre ses efforts de rigueur dans la déclaration des événements" .
Enfin, alors qu’en 2008, des hôpitaux, à Paris comme en province, ont été éclaboussés par des scandales de patients ayant reçu des surdoses (parfois mortelles) d’irradiation, le "gendarme" de l’atome considère que "la situation est restée délicate dans le domaine du nucléaire de proximité" : "La plupart des établissements médicaux ont fait des efforts réels, mais la situation demeure très hétérogène."
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