France 2017 "Hollande trébucha avant même son élection", "Sarkozy, un doué hyper complexé", "Chirac aime jouer au plouc", "le séducteur Mitterrand ou l’empereur du chômage", "Giscard, le grand bourgeois qui se rêvait aristo"… La journaliste Christine Clerc évoque ses souvenirs personnels avec ces hommes de pouvoir et dessine des portraits sans concession. Christine Clerc est l’Invitée du samedi de LaLibre.be.

Extraits:

Le titre de votre livre* "J’ai vu cinq présidents faire naufrage. 20 ans pour être élu, 2 ans pour échouer" est un constat particulièrement dur. Vous pensez vraiment qu’ils ont tous lamentablement échoué à l’Elysée ?

Tous les Français attendaient d’eux qu’ils réduisent le chômage. Or, ce principal problème de la France n’a jamais cessé d’augmenter. C’est le signe d’une impuissance politique car, même si tout n’est pas de leur faute (crises financières, choc pétrolier, mondialisation…), ils ont tous fait campagne sur l’inversion de cette tendance. En Mai ’68, il y avait déjà plus de 300.000 chômeurs, c’était déjà un drame alors qu’on dénombre 6 millions de chômeurs en 2017.

Mais il y a d’autres domaines d’action…

Ils n’ont pas tous exercé la fonction avec la même dignité, ni avec la même stature sur la scène internationale. Chirac était particulièrement courageux de s’opposer à la guerre en Irak. On a vu Sarkozy en prise avec une crise financière mondiale de premier ordre. Ils ont tous eu leurs moments de bravoure et de sympathie avec le peuple. Mais le chômage est à la racine de tous nos maux. Là, ils ont successivement échoué. Mitterrand et Chirac ont tourné le dos à la politique pour laquelle ils étaient élus après deux ans de pouvoir.

Sur le plan personnel, quel président vous a le plus impressionné ?

Sans doute Mitterrand, même si je n’en étais pas vraiment consciente au moment même. C’était un homme qui impressionnait énormément mais qui parvenait à créer une forme d’intimité grâce à sa profonde connaissance humaine. Il percevait immédiatement à qui il avait affaire et d’où on venait. Mitterrand, c’est aussi un grand séducteur avec une énorme culture littéraire et historique. On était très fier qu’il représente la France à l’étranger. Même lors de son dernier voyage à Berlin, et malgré la maladie, il a prononcé un discours magnifique. Quand on approche ces hommes de près, on a des moments de grandes irritations, mais aussi de grandes compassions. En ce, les défaites et les trahisons nous offrent des moments inoubliables de vérité. Tout le reste est souvent mis en scène.

De Giscard, vous écrivez "qu’il s’aimait trop pour être aimé". Un constat assassin.

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