France 2017

Comment codifier le statut d’une «première dame»? Dans la Vème république, régime dans lequel une femme peut être encore réduite à n’être que l’épouse de quelqu’un au début du XXIème siècle.

Il semblerait que personne ne sache quoi faire de Brigitte Macron. Doit-on lui donner un statut? Et si oui, dans quel but ? Selon Le Parisien (6 juillet) ce problème, qui paraît mineur, est en réalité délicat et insoluble.

Par exemple, Brigitte Macron s’intéresse aux problèmes des autistes. Mais n’est-ce pas une manière de signifier au public que le gouvernement ne fait pas assez pour eux? Autrement, pourquoi aurait-elle à s’en soucier? Il en serait de même si, comme tant d’autres premières dames avant elle, Brigitte s’occupait d’œuvres de charité. 

Le seul fait de s’y vouer supposerait qu’elle doute de la capacité de son mari de donner à l’économie nationale l’élan que l’on attend pour qu’en France il n’y ait plus de misérables à secourir. Ou plutôt pour que ces derniers se transforment en des auto-entrepreneurs milliardaires. Et si elle dédiait son temps à l’humanitaire. Les électeurs pourraient penser que les capacités diplomatiques de son mari ne sont pas suffisantes pour résoudre au mieux les conséquences des crises ou des conflits qui frappent les enfants et les femmes de pays pauvres ou violents. 

Pour parer à ces objections, Mme Macron pourrait s’occuper des causes impossibles. Elle pourrait organiser des manifestations contre l’hiver, contre le vieillissement, contre la cruauté humaine, contre la mort. Des problèmes que seul un Dieu bienveillant pourrait résoudre, mais pas un homme politique. Mais ne la prendrait-t-on pas au mieux pour une artiste et au pire pour une folle? Voilà deux conditions incompatibles avec son rôle. 

C’est en songeant à cette épouvantable impasse qu’un individu interrogé par Le Parisien a émis une idée originale pour sauver cette femme. Pourquoi ne s’occuperait-elle pas des animaux, de leurs droits? C’est vrai que cela signifierait que le gouvernement actuel ne s’en soucie guère. Mais comment pourrait-on le lui reprocher alors que la question n’inquiète qu’un nombre si faible de personnes en France? Brigitte pourrait jouer le rôle d’éclaireuse de la conscience collective non pas dans une obscure association de défense des bêtes mais en plein cœur du pouvoir. 

Certes, les problèmes viendraient vite. Elle entrerait en conflit avec des lobbies puissants et cela n’est pas digne d’une première dame. 

Cette dernière doit embrasser des causes dont personne ne pourrait critiquer la moralité, l’opportunité, le bien fondée, la pertinence. Mais puisque le gouvernement s’occupe de ces choses-là on revient au problème initial sans avoir avancé d’un iota pour aider Brigitte à sortir de ce pétrin. En bref, l’épouse d’Emmanuel Macron passera vraisemblablement les cinq prochaines années à se tourner les pouces. Confrontés à cette épreuve, certains en perdent la raison. Ils y voient comme l’avant-goût de la mort. Cela pourrait pousser Brigitte à écrire un Merci pour ce moment pour protester contre cette condamnation terrible.

Mais comment expliquer ce drame si singulier? Une des hypothèses réside dans le «dégagisme», cette passion qui frappe la classe politique. Si l’on ne veut plus de cette caste, pourquoi voudrait-on encore des premières dames qui en sont l’un des principaux symboles? Des personnes jouissant de privilèges indus… Des femmes réduites au statut d’épouse d’un tel. Comme si l’histoire politique avait condamné Mme Macron à l’invisibilité. 

Mais il se peut aussi que l’explication soit liée au type de pouvoir que voudrait instaurer en France l’actuel président. Lorsque l’on rêve de devenir un despote démocratiquement élu, rien n’est plus gênant qu’une première dame. Non seulement parce que cette dernière n’est pas élue mais aussi parce que d’un point de vue symbolique elle ne saurait être assujettie au pouvoir qu’il voudrait exercer sur tous les autres citoyens, ses fidèles compris. 

Peut-être que Brigitte Macron serait aujourd’hui très occupée et donc heureuse si elle avait épousé l’un de ses hommes que son mari méprise, ceux qui ne sont rien. Lorsqu’une femme est obligée de gagner sa vie et celle de son conjoint elle ne risque pas, comme Brigitte Macron, d’être vaincue par le redoutable néant.