France 2017

La Belgique, la plupart de leurs concitoyens ne la connaissent que par l'entremise d'artistes au nom de flahute et des blagues potaches racontées par Coluche en son temps, à grands coups de "une fois" et d'accent aussi gras qu'une bonne frite.

Eux, ils y vivent. Pour leur travail, par amour ou par intérêt - fiscal - essentiellement. Eux? Ce sont ces 162.482 Français inscrits dans des communes belges, selon les chiffres du SPF Intérieur, un chiffre qui ne tient par ailleurs pas compte des binationaux, dont le nombre peut être estimé à près de 80.000. Plus de 91.000 de ces "Français de Belgique" sont inscrits sur la liste électorale consulaire, ce qui leur permet de participer aux élections françaises, et notamment à la présidentielle dont le premier tour est prévu le dimanche 23 avril. En Belgique, 12 bureaux de vote seront ouverts de 08h00 à 19h00 tant pour les 2 tours de l'élection présidentielle que pour les législatives du mois de juin, à Bruxelles (hors Saint-Josse) où 42.291 Français devraient voter dans un des Palais du Heysel, Saint-Josse où se situe le consulat, Waterloo, Mouscron, Charleroi, Mons, Tournai, Arlon, Liège, Namur, Anvers et Gand. Tout comme en France, le vote par procuration est également possible, le vote par correspondance n'étant, lui, autorisé que pour les législatives.

Aux présidentielles de 2012, c'est Nicolas Sarkozy qui était arrivé en tête du premier tour avec 34,86% des suffrages exprimés par les Français de Belgique, devant François Hollande (25,47%) et François Bayrou (13,03%). Jean-Luc Mélenchon (10,89%) et Marine Le Pen (7,07%) complétaient le top 5. Le 2e tour avait lui aussi consacré le candidat de la droite qui avait obtenu 52,90% des voix, contre 47,10% pour François Hollande. A l'époque, près de 35.500 électeurs avaient glissé un bulletin dans l'urne pour un taux de participation, en Belgique, de 52,92% (contre plus de 80% en France).

Cette année, les Français de Belgique ont déjà pu s'exprimer lors des primaires organisées par Les Républicains (fin 2016) et par le Parti Socialiste. A droite, c'est Alain Juppé qui a recueilli les faveurs des électeurs résidant en Belgique, avec 51,5% des voix, tandis que du côté de la gauche, Benoît Hamon a obtenu 61,66% des suffrages exprimés par les Français du Benelux.

Quant à Emmanuelle Macron, il fait lui aussi des émules chez nous, son mouvement "En marche" comptant quelque 1.200 adhérents.

"Les électeurs français inscrits en Belgique sont en moyenne légèrement plus à droite que leurs concitoyens de France", analyse Pascal Delwit, politologue à l'ULB. "Cette sur-représentativité de la droite s'explique par une structure sociale différente de celle de la France, avec de nombreux Français qui travaillent, à Bruxelles, dans le milieu des affaires, de la consultance ou dans les sphères européennes. C'est un public fortement diplômé auquel s'ajoutent les nombreux étudiants inscrits en Belgique", poursuit M. Delwit en pointant dans la foulée les faibles scores réalisés par le FN parmi ces électeurs.

Par contre, le long de la frontière franco-belge, "on est confronté à un phénomène de contamination, avec des éléments qui percolent d'un pays à l'autre et un électorat plus en phase avec ce qui se passe en France", ajoute Pascal Delwit selon qui, au final, "il reste énormément d'inconnues sur le vote des Français de Belgique car il reste aussi beaucoup d'incertitudes et d'interrogations sur le vote des Français de France."


Hamon et Macron, chouchous des politiques belges

S'ils étaient Français, pour qui voteraient les ténors francophones de la politique belge? A ce petit jeu de politique fiction, c'est Benoît Hamon (PS) et surtout Emmanuel Macron (En Marche) qui l'emportent haut la main alors que François Fillon, englué depuis des semaines dans un scandale d'emplois fictifs au profit de sa femme et de ses enfants, ne séduit plus personne. Du côté du PS belge, on se range comme un seul homme derrière Benoît Hamon, qui a remporté les primaires de la gauche française face à l'ancien Premier ministre Manuel Valls. "La victoire de Benoît Hamon sera celle du cœur, des idées neuves et du magnifique idéal socialiste", avait ainsi affirmé Elio Di Rupo lors du meeting du candidat français à Bruxelles. "Je suis venu exprimer mon soutien à Benoît Hamon. Un soutien fraternel mais aussi vigoureux et déterminé", avait-il ajouté en vantant le "programme de rupture" du socialiste français.

Dans la salle, ce soir-là, on avait pu croiser plusieurs figures du PS belge, dont Yvan Mayeur, Frédéric Daerden, Ahmed Laaouej, Laurette Onkelinx ou encore Marie Arena. Paul Magnette, lui, était présent quelques jours plus tôt à Bercy, où Benoît Hamon avait rassemblé quelque 20.000 personnes.

Le socialiste peut également compter sur le soutien des écologistes belges, lui qui a réussi à rallier Yannick Jadot, le candidat des verts français, à sa cause.

Si Benoît Hamon est le candidat "naturel" du PS et d'Ecolo, la situation est plus compliquée du côté du MR où c'est Emmanuel Macron, l'ancien ministre socialiste de l'Economie, qui semble remporter les suffrages après la victoire du conservateur François Fillon face à Alain Juppé aux primaires de la droite. Lors des élections présidentielles précédentes, le MR s'était clairement rangé derrière Nicolas Sarkozy, plusieurs élus MR, dont Daniel Bacquelaine et Denis Ducarme, ayant même lancé, en 2012, un comité pour sa réélection. Cette fois, après avoir soutenu Alain Juppé lors des primaires, les réformateurs francophones, tout comme les élus du cdH après le ralliement de François Bayrou, penchent plutôt pour Macron, dont le programme économiquement libéral, pro-européen et progressiste peut les séduire. "Ni de gauche, ni de droite, il est libéral sur le plan économique. C'est un homme pragmatique conscient des défis de la société de demain", avait ainsi récemment confié le président du MR, Olivier Chastel, à la Libre.

Quant à François Fillon, son conservatisme sociétal, notamment sur la question de l'avortement ou du mariage pour tous, et les affaires dans lesquelles il est embourbé semblent le priver de tout partisan du côté belge même si, lors de la primaire de la droite et du centre fin 2016, Pierre-Yves Jeholet lui avait apporté son soutien.

Enfin, le PTB n'est pas insensible au discours de Jean-Luc Mélenchon et de sa "France insoumise" prônant la "refondation démocratique" des traités européens, le rejet des accords de libre-échange avec l'Amérique du Nord et l'imposition aux multinationales de normes sociales et environnementales contraignantes.


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