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Si loin du Perron (5/15) | Royaume-Uni

Dessine-moi un chapeau à Londres

Julie Gillet

Mis en ligne le 05/08/2009

Voilà 3 ans que Valérie Corona a quitté Liège pour créer ses chapeaux. Plus de compétitivité, un esprit plus ouvert, Londres était la solution.

Ornés de plumes imposantes ou de fleurs discrètes, de rubans exubérants ou de voilettes secrètes, une chose est certaine : les chapeaux de Valérie Corona se suivent mais ne se ressemblent pas. Au fil de ses collections, la jeune femme a su allier élégance et originalité, se créant un style à part, en marge de la chapellerie classique. Mais si vous désirez acquérir l’une de ses créations, il vous faudra traverser la Manche. En effet, la Liégeoise a décidé voici maintenant trois ans de s’installer au pays de Shakespeare.

"Je créais déjà des chapeaux en Belgique, mais c’était très artisanal, à petite échelle", confie la demoiselle. Lorsqu’elle désire acquérir de nouvelles fournitures et chercher des informations spécifiques, elle se retrouve confrontée à un problème : tout est en anglais. "Je n’avais pas le choix, pour continuer, je devais apprendre cette langue. J’ai donc entrepris une formation au Forem, puis un stage d’immersion à Londres", explique-t-elle. Là, c’est la révélation : tout le monde adore les chapeaux, et les femmes se saisissent de la moindre occasion pour en porter. Pas étonnant, à la vue du nombre impressionnant de couvre-chefs royaux.

Après un stage en entreprise, la Liégeoise se voit proposer un travail chez Walther Whrigt, grande maison de chapellerie établie à Londres depuis 1889, où on lui propose de créer ses propres collections, à son nom. "Au départ, c’était pour trois mois, puis on m’a proposé de rester. Mes idées étaient nouvelles et originales, et complétaient parfaitement la collection de base, plus classique", raconte Valérie Corona. Chez Walther Whright, tout est fait à la main, à Londres même. "Ici, je peux réaliser mes chapeaux de A à Z, qu’ils soient en cuir, en tissu ou en papier, c’est vraiment très enrichissant", complète-t-elle.

Et si aujourd’hui la jeune femme s’est parfaitement acclimatée à sa nouvelle vie, cela n’a pas toujours été aussi simple : "Quand je suis arrivée, je ne comprenais rien. Et ici, quand tu ne comprends pas assez vite, on te classe dans la catégorie touriste et on te laisse sur le côté. Pas facile tous les jours". Mais rapidement, la styliste apprend les règles du jeu : vite, vite, vite, toujours plus vite. "À Londres, tout est plus rapide, les gens, les relations, le boulot. Il y a une sorte d’effervescence culturelle constante, pour la créativité, c’est parfait, mais il faut pouvoir supporter cette compétitivité de chaque instant", souligne-t-elle. "C’est ce que j’aime à Londres, ce mouvement, cette activité, mais parfois le calme et la nonchalance de Liège me manquent".

Mais ce qui lui manque surtout de sa ville natale, c’est sa famille, ses amis et le chocolat. "I ci, il est vraiment très mauvais, je ne sais pas comment ils font pour qu’il soit si mauvais", plaisante-elle. "Par contre, et contrairement aux idées reçues, la nourriture anglaise est délicieuse. Mais elle demande de longs temps de préparation, il faut avoir envie de la découvrir pour s’en rendre compte".

Son avenir, Valérie Corona le voit bien à Londres, peut-être avec sa propre boutique. "Je viens tout juste de démarrer, il me faudra encore beaucoup de temps avant d’atteindre mes objectifs, au moins dix ans. Après, on verra", commente-t-elle. En tout cas, avec deux boutiques sur Oxford Street qui vendent ses créations, son travail chez Walther Wright et la foule de projets qui l’attendent, la Liégeoise est bien partie pour réaliser tous ses rêves.

"Les Londoniens aiment bien la différence, ils aiment que je sois étrangère. Cette différence, ils la perçoivent dans mes collections, et c’est ce qui fait que ça fonctionne", conclut la jeune femme.

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