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"Chaque fois qu’un GSM sonne en classe, nous devons nous inter roger "
Julie Gillet
Mis en ligne le 30/11/2009
Jean-François Guillaume est professeur en sociologie de l’éducation et de la jeunesse à l’Université de Liège. Il forme également de jeunes enseignants. Sa réflexion sur l’usage des GSM à l’école tente de déconstruire les schémas traditionnels de l’enseignement et va à l’encontre de nombreuses idées reçues. Et ce, alors que la ministre de la Santé en Région wallonne Eliane Tillieux (lire ci-dessous) s’est prononcée, ce week-end, pour une interdiction de l’utilisation des GSM à l’école primaire.
Beaucoup d’enseignants se plaignent de l’utilisation de GSM dans leurs classes. Quel est votre avis là-dessus ?
Le GSM, c’est une manière pour les élèves de passer le temps, car ils s’ennuient en classe et ne se sentent pas investis dans leur travail. Mon sentiment, c’est qu’à chaque fois qu’un GSM sonnera dans une classe, il nous faudra repenser notre manière d’enseigner. Les jeunes ne parviennent plus à s’impliquer dans leur apprentissage, car ils n’en comprennent plus le sens. Obliger les élèves à se concentrer, par tous les moyens possibles, n’est pas la solution : il nous faut leur redonner l’envie d’apprendre. De plus, peut-on imposer à un élève de mettre toutes ses préoccupations de côté lorsqu’il entre en classe ? Il y a une forme d’autisme : l’école n’est pas un lieu clos, protégé de son environnement; on n’y entre pas en laissant ses soucis ou ses problèmes devant la porte.
Quelles solutions proposez-vous ?
Quand les élèves s’impliquent dans leur apprentissage, le problème du GSM ne se pose plus : ils s’en détachent d’eux-mêmes. La tâche de l’élève doit être plus importante à ses yeux que d’envoyer un SMS. Pourquoi une sonnerie en classe devient-elle un incident pour de nombreux enseignants ? Parce qu’ils étaient en train de parler, et que la sonnerie leur a coupé la parole. Ils ressentent cela comme un défi à leur autorité. Mais il nous faut déconstruire ce schéma traditionnel du professeur qui parle pendant que les élèves écoutent religieusement, car ce système ne fonctionne pas. Le GSM, c’est un grain de sable dans le rouage bien huilé de l’enseignement traditionnel.
Comment éviter le phénomène de tricherie par GSM ?
De nouveau, nous en revenons à la dimension pédagogique. La vraie question pourrait être : "Comment se fait-il qu’un GSM puisse aider quelqu’un à réussir ?" Si c’est le cas, il ne s’agit que de mémorisation et de restitution de la matière à l’état brut. Mais ce système n’est plus conforme à notre contexte social, où l’information est omniprésente. Avons-nous encore besoin de mémoriser des choses pour la plupart aussitôt oubliées ? Ne devons-nous pas plutôt développer l’esprit critique de nos élèves, les pousser à réfléchir par eux-mêmes ? Encore une fois, il nous faut réinventer une nouvelle pédagogie, où le GSM pourrait être un outil.
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