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Politique | Parti socialiste
Mathot ou le PS de droite
Frédéric Chardon
Mis en ligne le 26/01/2010
Décidément, le PS liégeois se distingue par des rapports de force sans cesse renouvelés. Qui dit déclin du clan Daerden, dit ascension de Willy Demeyer. Mais qui dit montée en puissance du bourgmestre de Liège, dit début de conflit avec l’ancien allié stratégique Alain Mathot, le fougueux bourgmestre de Seraing (et député fédéral) qui lui préfère Jean-Claude Marcourt.
En effet, Alain Mathot se verrait bien tête de liste, un jour ou l’autre (voir "Gazette" du 3/10/09). Et pourquoi pas lors des prochaines élections fédérales en 2011 ? Il y aurait un accord en ce sens entre ténors socialistes. Certains, en coulisses, affirment ne pas détester l’idée de le voir un jour ravir à Willy Demeyer, moins fonceur, la place de président de la fédération liégeoise du parti à la rose. Mais qui est-il vraiment ? Enquête sur un personnage dur et fragile à la fois, traversé par bien d’autres paradoxes.
Un qualificatif revient systématiquement à son égard : il est orgueilleux. Tellement orgueilleux qu’il a du mal à accepter la critique politique. On a souvent les qualités de ses défauts : c’est probablement cet orgueil qui pousse Alain Mathot à ne jamais se présenter à une réunion du conseil communal sans avoir été sérieusement briefé par les conseillers de qualité dont il a eu l’intelligence et l’humilité de s’entourer.
De l’intelligence, il en a. Au moins en ce qui concerne la stratégie politique. De l’aveu même de certains adversaires, Alain Mathot a surpris, à Seraing, lorsqu’il a repris les rennes du mayorat en 2006. Autre qualité reconnue unanimement : c’est un volontariste qui se situe à la lisière de l’entêtement.
Le fils de feu Guy Mathot est aussi un vrai rebelle, un ex-bad boy du PS qui s’est tout de même un peu assagi, la maturité aidant (il a 37 ans). Il garde de ses jeunes années, une certaine distance vis-à-vis du carriérisme d’autres bonzes politiques. À cet égard, il répète à qui veut l’entendre qu’il pourrait très bien tout plaquer sur un coup de tête. D’où une certaine licence idéologique dans sa gestion communale. Ces dossiers polémiques ont récemment alimenté les journaux : le couvre-feu pour les adolescents, la remise en question des règles wallonnes d’attribution des logements sociaux, Ses positions sans ambages en matière de sécurité font dire à certains mandataires sérésiens qu’il est le leader d’une nouvelle tendance : le socialisme de droite
Côté qualité, pointons son envie de se dépasser, voire de se surpasser, peut-être pour pouvoir soutenir la comparaison avec l’image paternelle. Côté défaut en miroir : "C’est un provocateur, précise un élu local. Il donne l’impression de tout prendre par-dessus la jambe alors que c’est quelqu’un qui doute souvent. Mais il a la capacité à jouer des coups de bluff. En public, cela lui donne une certaine arrogance alors qu’il n’est pas comme cela dans le privé."
En effet, on le dit respectueux avec ses propres collaborateurs, à la Ville comme à la Chambre. De plus, malgré ses colères réputées, il est capable de présenter ses excuses sans que cela ne soit qu’une posture de convenances sociales.
Mais, dit-on, il manque de structuration politique : "Il s’est découvert à gauche un beau matin et s’en est convaincu lui-même, précise un autre homme de gauche. Il monte à la Chambre sur des questions relatives à l’impôt sur la fortune, mais c’est simpliste et facile. En fait, il n’a pas de véritable culture politique."
Peut-être un avertissement pour l’impétueux bourgmestre : "Il cherche la bagarre avec ses égaux en politique, voire ses supérieurs. Du coup, il a un certain panache mais le jour où il commet une erreur et qu’il chute, il n’y aura pas grand monde pour l’aider à se relever."
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