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Des chercheurs qui trouvent (8/23) | Jacques Balthazart

L’origine de l’homosexualité

Sabine Lourtie

Mis en ligne le 28/07/2010

L’endocrinologue Jacques Balthazart (ULg) s’est penché sur l’homosexualité. Son constat : on naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être.

Son livre, "Biologie de l’homosexualité", sorti en février, a fait grand bruit. Et remis les pendules à l’heure Jacques Balthazart, qui dirige le groupe de recherche Neuroendocrinologie du comportement de l’Université de Liège, y réalise une synthèse de vingt années de recherche autour de l’homosexualité, le premier livre du genre en langue française. Avec une conclusion déjà largement partagée par ses confrères : on naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être.

L’élément déclencheur qui l’a incité à prendre la plume, c’est la publication d’un livre de Stéphane Clerget, pédopsychiatre français très médiatisé. "Il y affirme que l’homosexualité est acquise pendant la vie post-natale et donc apprise, en y dénigrant totalement les recherches scientifiques des 20 dernières années. Je ne pouvais laisser dire de telles âneries !".

Le Liégeois a matière à appuyer ses propos : il compte 35 ans de recherche dans le domaine du comportement sexuel et de son contrôle hormonal chez l’animal, soit plus de 350 articles scientifiques publiés au cours de sa carrière. Il fait figure d’expert en la matière. Ses deux animaux de prédilection depuis 30 ans : la caille et le rat. Au cours de ses nombreuses expérimentations, il a mis en exergue des principes fondamentaux : la manière dont la testostérone, hormone qui induit le comportement sexuel, agissait dans le cerveau, et comment elle pouvait déjà "organiser" le cerveau dès la période embryonnaire. "En ajoutant, lors d’une phase précise du développement, de la testostérone dans les embryons femelles, ou en bloquant l’action de la testostérone dans les embryons mâles, on retrouve, à l’âge adulte des caractéristiques comportementales du sexe opposé, alors que les structures morphologiques et génitales de l’animal n’ont pas été modifiées".

Il a aussi démontré l’existence et le rôle des "noyaux sexuellement dimorphiques de l’aire préoptique". Dans la zone du cerveau située à l’avant de l’endroit où se croisent les nerfs optiques, se trouve un petit amas de cellules qui contrôle le comportement sexuel et dont le volume diffère chez le mâle et la femelle. "L’homosexualité a pu être induite, de manière expérimentale, chez l’animal par lésion de ce noyau ou en traitant l’animal avec des hormones durant la période embryonnaire".

Les découvertes de Jacques Balthazart, comme celles de ses confrères, peuvent ainsi éclairer la question de l’homosexualité, qui concerne 5 à 10 % de la population humaine. Selon lui, l’homosexualité dépend largement d’influences prénatales, surtout hormonales mais aussi, semble-t-il, génétiques et immunologiques. "Par exemple, des travaux montrent que le rapport de la taille des os longs (avant-bras, bras, jambe et cuisse) est statistiquement différent entre hommes homosexuels et hétérosexuels. Chez l’animal, ce rapport est déterminé par le taux de testostérone prénatale".

Même constat du côté de la taille des doigts de la main. Chez la femme, l’index et l’annulaire ont à peu près la même longueur, ce qui n’est pas le cas chez l’homme. Les femmes homosexuelles ont un ratio qui se rapproche fortement de l’homme. "Ce serait donc au cours de la vie intra-utérine qu’un contexte hormonal bouleversé, par exemple un stress important chez la future maman mais aussi peut-être un problème génétique ou immunologique, pourrait conduire la personne à devenir homosexuelle", note le chercheur.

Si on est encore bien loin de preuves tangibles, Jacques Balthazart assure que le doute n’est aujourd’hui plus permis : "Un faisceau d’arguments concorde vers cette explication". Les recherches, on s’en doute, s’annoncent encore longues. "On ne sait pas encore quelles hormones prénatales sont concernées, ni à quel moment de la grossesse elles sont déterminantes sur l’orientation sexuelle, ni pourquoi elles ne provoquent pas les mêmes résultats dans 100 % des cas. Tout ça est à mettre en interaction avec le contexte social, qui probablement joue lui aussi un rôle. Il existe vraisemblablement plusieurs formes d’homosexualité. Rien n’est complètement acquis ou inné, la vérité se situe entre les deux".

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L’effet médiatique de son livre "Biologie de l’homosexualité" fut impressionnant. Dès sa sortie, quelque 300 sites commentaient et référençaient le bouquin. Le Liégeois fut sollicité par de nombreux médias européens et américains. Avec un accueil positif, du côté du grand public comme des milieux scientifiques et de la plupart des groupements et collectifs homosexuels (mais pas tous). "En appuyant la thèse biologique de l’homosexualité, éclaire-t-il, on réfute les thèses homophobes. C’est de nature à déculpabiliser les homosexuels et leurs parents. L’homosexualité n’est ni une perversion, ni une maladie, ni une déviance. Elle n’est pas non plus le résultat d’une éducation ou à d’un contexte socio-culturel particulier, comme le prétendent les idées freudiennes et post-freudiennes". Un discours déculpabilisant (S.Lou.)

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