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Des chercheurs qui trouvent (15/23) | François Gemenne

"Il y a autant de migrants climatiques que politiques"

Aurélie Michel

Mis en ligne le 09/08/2010

François Gemenne (ULg) étudie les migrations environnementales. Problème : les migrants environnementaux n’ont pas de statut juridique.

Composé de neuf îles, Tuvalu est situé dans l’océan Pacifique, au nord des Fidji. Particularités ? L’archipel compte 26 km² et son point culminant dépasse seulement de quatre mètres le niveau de la mer. François Gemenne n’aurait peut-être jamais entendu parler de ce minuscule pays s’il n’était pas resté coincé dans un ascenseur avec son ambassadeur, lors d’un stage aux Nations Unies à New York à l’automne 2001. "Quand vous êtes coincé 20-25 minutes dans un ascenseur avec un type, forcément, vous parlez, explique celui qui est chercheur au Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (Cedem) de l’ULg. Et il m’a raconté toute l’histoire de l’archipel ". La hausse du niveau de la mer, le risque de submersion de Tuvalu, les migrations de plus en plus nombreuses vers la Nouvelle-Zélande toute proche "J’ai d’abord pensé écrire un roman sur le sujet Finalement, j’ai rédigé une thèse", constate, en souriant, François Gemenne.

À l’époque, on ne parlait pas du tout de "réfugiés climatiques". Mais au fur et à mesure que François Gemenne écrit sa thèse, l’intérêt pour les migrations liées aux facteurs environnementaux grandit. La fonte du "permafrost" sur lequel repose le village de Shishmaref, aux confins de l’Alaska, reçoit une large couverture médiatique. De même que le tsunami qui ravage en 2004 l’Asie du Sud-Est et force à l’exode plus de deux millions de personnes. Et que dire de l’ouragan Katrina qui dévaste la Louisiane en 2005 ? Les conférences, les rapports et les études se multiplient. Mais les migrations provoquées par des dégradations de l’environnement également. "Comme nous n’avons pas de définition exacte de ces migrants et que la plupart migrent à l’intérieur de leur propre pays, il est difficile de les chiffrer, soutient François Gemenne. Mais la Croix-Rouge estime leur nombre à 25 millions. En tout cas, il y a au moins autant de personnes qui migrent pour des raisons environnementales que pour des raisons politiques ou des guerres".

Le problème, c’est que ces migrants ne sont pas couverts de la même façon par le droit international. En fait, les termes de "réfugiés environnementaux" ou de "réfugiés climatiques" portent à confusion. Les personnes qui migrent suite aux catastrophes naturelles ou aux changements climatiques ne peuvent en effet pas prétendre au statut de réfugié. Celui-ci est défini strictement par la convention de Genève de 1951 et comporte notamment comme condition une persécution d’ordre politique. Seules la Suède et la Finlande ont étendu celle-ci dans leurs législations nationales et accordent un véritable droit d’asile aux victimes de catastrophes naturelles. Une autre condition de ladite convention est le franchissement d’une frontière internationale. Or, de nombreux migrants climatiques migrent à l’intérieur de leur propre pays. Parce qu’ils n’ont pas les moyens de partir ailleurs ou parce qu’ils cherchent à maintenir leurs réseaux sociaux et économiques. Les pays du Sud sont donc les plus concernés mais n’ont souvent pas les moyens de porter assistance aux victimes de ces dérèglements climatiques. Mais même aux Etats-Unis, l’assistance de l’Etat après Katrina a fait défaut

D’où la nécessité, selon François Gemenne, d’une coopération internationale. Celle-ci pourrait notamment permettre de financer des politiques d’adaptation au niveau local : le renforcement des digues, la transformation des habitats mais aussi le soutien aux migrations et aux régions de destination qui accueillent ces afflux importants de migrants. "La migration peut en effet être vue comme une solution, souligne le chercheur de l’ULg. Quand l’ouragan Katrina a dévasté la Nouvelle-Orléans, ceux qui sont restés sont aujourd’hui plus pauvres que ceux qui ont migré. Ces derniers ont en effet pu redémarrer une nouvelle vie à l’abri, dans une région à moindre risque. Au Ghana, les pasteurs migrent en prévision de la sécheresse. Ils s’adaptent, ils contournent l’obstacle".

Mais François Gemenne est assez pessimiste quant à la mise en place de ces stratégies d’adaptation car "les coupables et les victimes des changements climatiques sont pour le moment très différents".

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