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Santé | Drogue

Tadam : la discrétion de mise

Bruno Boutsen

Mis en ligne le 13/09/2010

Le projet Tadam n’est plus qu’à quelques semaines de son aboutissement. La distribution contrôlée d’héroïne à usage médical se fera dans la discrétion.

C’était en avril : la "Gazette de Liège" titrait "Tadam : avril, un mois décisif", faisant en l’espèce référence à ce qui devait être la dernière ligne droite d’un projet vieux de quinze ans. À savoir celui réclamé de longue date par des associations liégeoises de terrain et consistant en une distribution contrôlée d’héroïne à usage médical aux toxicomanes les plus lourds, rétifs aux traitements classiques. Ce projet pilote, lequel fut plusieurs fois recalé par le niveau fédéral avant d’être finalement accepté en 2003 par le Premier ministre de l’époque, s’est matérialisé par l’implantation d’un centre à cet effet en plein cœur de Liège. C’est pour rappel l’ancien bâtiment du journal "La Wallonie", au sein duquel se trouve aussi depuis mai le nouveau commissariat de police "Wallonie Liège Centre", qui abrite désormais le centre Tadam, lequel devait initialement être inauguré avant l’été.

Mais c’était sans compter, ainsi que l’affirme Dominique Delhauteur, le responsable de la Fondation Tadam (comme Traitement assisté par diacétylmorphine) mise sur pied en 2008 et rassemblant la Ville, la Province, l’ULg et diverses institutions hospitalières, "la série de conditions drastiques à remplir". Parmi celles-ci, ce dernier évoque notamment le choix d’un lieu susceptible d’accueillir un tel centre, ce qui ne s’est pas fait sans mal (voir notamment ci-contre). "Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un projet provisoire (N.D.L.R. : il s’agit en effet d’une expérience comparative de deux ans qui doit concerner 200 toxicomanes lourds traités à la fois par méthadone et par diacétylmorphine), rappelle Dominique Delhauteur. On a donc choisi l’option de placement de modules préfabriqués sur le site choisi, une option nettement moins onéreuse que celle d’une construction "en dur"".

L’implantation du centre définie, il fallait encore que le quartier s’approprie cette initiative, ce qui est une des leçons retenues par les expériences étrangères, et notamment celles de Bâle et de Bienne, sur lesquelles s’est basé le projet liégeois. C’est ainsi que depuis l’installation des modules préfabriqués, les riverains directs du site ont été amenés à le visiter, une visite à laquelle ont participé une dizaine d’entre eux. "Tout cela s’est fait dans la discrétion comme ce sera le cas pour le reste du projet", assure Dominique Delhauteur. Une autre problématique importante à laquelle celui-ci fait allusion tient au recrutement du personnel. "À ce niveau, affirme ce dernier, tout est maintenant OK. Le personnel, soit au total 18 personnes dont des médecins, des infirmiers et des travailleurs sociaux, est recruté et les derniers arrivés seront aussi formés".

Une autre difficulté de taille qu’a dû surmonter la Fondation Tadam fut celle ayant trait à la délivrance des stupéfiants par les autorités concernées. Ainsi, c’est seulement en juillet dernier que l’agrément indispensable de l’Agence fédérale des médicaments a été obtenu. Et Dominique Delheuteur de préciser : "A l’heure actuelle, on est dans une phase d’instruction et d’officialisation des procédures d’import-export relatives à notre partenariat avec un fournisseur néerlandais, les Pays-Bas étant le seul pays à pourvoir fournir les deux types de techniques dont nous avons besoin".

En effet, à ce sujet, il importe de signaler qu’une des originalités du projet liégeois sera constituée par le fait de fournir la drogue en question sous deux formes distinctes, à savoir l’injection et l’inhalation. Dernier aspect évoqué : celui des patients et de leur inclusion au traitement, une inclusion qui ne commencera véritablement, aux dires de Dominique Delhauteur, que lorsque le projet aura débuté, soit "dix jours au plus tard après l’arrivée du produit ". Et ce car "il ne faut pas un trop long laps de temps entre la décision des patients de participer et leur inclusion ". Dont acte.

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