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Institutions | Personnes handicapées

Handicap : les Français chassent -ils les Belges ?

L.Dp et G.Dx.

Mis en ligne le 09/11/2009

Les institutions près de la frontière accueillent de nombreux Français. Trop peu de lits seraient subsidiés par la Région wallonne.

La Belgique est une terre d’accueil pour les personnes handicapées - et les personnes âgées - venant de France. Selon les estimations, 6 500 personnes handicapées de nationalité française - des autistes et polyhandicapés surtout - sont hébergées en Wallonie.

Près de 3 000 enfants d’entre eux sont accueillis dans l’enseignement spécialisé de la Communauté française. La Wallonie picarde, avec ses communes situées au bord de la frontière, n’échappe pas à l’afflux des Hexagonaux. Jusque-là, rien de grave, même si le stéréotype veut que le Français prenne la place du Belge, ce qui est totalement faux.

Le réel problème : trop peu de lits sont subsidiés par la Région wallonne. Les lits vides sont alors pris par des Français dont l’argent et celui de l’Etat français font fonctionner ces instituts. Résultat pour les personnes handicapées de Wallonie picarde : il manque 700 places.

Il y a une dizaine d’années, les époux Tranchant ont cherché une place pour leur fils, Michaël. Ils ont appris que des instituts étaient en quelque sorte réservés aux Français. "Il y a notamment Vivre ensemble à Orcq, L’Elysée au Mont-Saint-Aubert Il y en a aussi du côté de Péruwelz", note Serge Tranchant, président de l’ASBL Michaël.

Et Serge Tranchant de poursuivre : "Ces instituts sont généralement lancés par des Belges sur le territoire belge, et ils obtiennent les subsides de fonctionnement de la France Les Belges peuvent entrer dans ces instituts mais comme la Région wallonne ne subsidie de toute façon pas plus de lits, ce n’est pas possible pour les parents belges d’y faire entrer leur enfant handicapé car le coût est trop important "

Ces instituts réservés aux Français, "c’est choquant pour les familles belges d’enfants handicapés", note M. Tranchant. Et la galère de ces parents, qui complètent toutes les listes d’attente possibles, continue. Ce qui choque, ce n’est pas tant que certains instituts soient 100 % français, mais c’est surtout l’inaction de la Région wallonne.

La seule solution : mettre de l’argent sur la table. Mais par les temps qui courent, cette situation va perdurer Et le problème est semblable pour les personnes âgées.

Au Foyer de Roucourt, par exemple, qui recouvre l’Epsis, école professionnelle secondaire inférieure spéciale, donc relevant du scolaire, et l’IMSP, institut médico-socio-pédagogique (soit du résidentiel), le handicap des jeunes n’est ni vraiment mental ni physique : il s’agit de troubles comportementaux ou liés à une structure familiale déficiente.

Du côté de l’école, le directeur Thierry Rosvelds souligne que dans beaucoup de pays européens, dont la France, on n’identifie pas les troubles du comportement comme un handicap. Voilà pourquoi les Français viennent en Belgique. "A l’école, nous avons 76 % de Français sur 220 élèves. Et tous les jeunes internes de l’IMSP ne viennent pas forcément à l’école ici. Il y en a environ 30-35 %. Les autres pensionnaires de l’IMSP se dirigent, en fonction de leur formation scolaire, de leurs besoins, vers d’autres établissements."

Côté résidentiel, les dirigeants du Foyer veulent tordre le coup à une idée préconçue. "L’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (Awiph) contrôle et subsidie le résidentiel. Et depuis la fin des années 80, un moratoire limite le nombre de places d’accueil, indique Jean-Christophe D’Haufayt, directeur de l’IMSP. Chez nous, on est agréé et subsidié pour 22 Belges. Sur 95 résidents, on a donc 22 places pour des Belges. Point !"

Et il faut bien remplir le home "Il est donc faux de dire que les Français prennent la place des Belges." Et en subsidiant une grosse partie des résidents, l’Etat français entretient aussi à sa manière les bâtiments. Et c’est l’ASBL Foyer de Roucourt qui en est propriétaire. Via le résidentiel, l’école professionnelle est également concernée. Le paiement du personnel de l’Epsis, soit 65 personnes, est pris en charge par la Communauté française. "Mais imaginez maintenant que les élèves français partent Nous devrions réduire le nombre de professeurs et des gens se retrouveraient alors sans emploi." Alors, peut-on réellement encore dire que les Français chassent les Belges ? Non, en effet, mais un sérieux problème subsiste.

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