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Tournai | Défense sociale
Entre santé, justice et resocialisation
Laurent Dupuis
Mis en ligne le 06/02/2010
Le Centre régional de soins psychiatriques des Marronniers a ouvert ses portes jeudi à des sénateurs français. Le sujet : la section de la Défense sociale, où les 344 lits sont occupés. Elle accueille, sur la base d’une décision de justice, des personnes ayant commis un délit ou un crime, non-responsables de leurs actes et souffrant de maladie mentale ou de trouble psychiatrique. Attendant un an et demi dans les annexes psychiatriques des prisons, les patients enfin internés intègrent un programme visant à une possible réinsertion dans la société.
En pleine réflexion sur la rétention de sûreté, les sénateurs découvrent à Tournai un projet plutôt unique. La Défense sociale aux Marronniers “est un outil particulier en Belgique, et en Europe”, dit d’emblée Jean Foncoux, directeur général adjoint. La particularité de l’établissement de Tournai ? Il suit un modèle hospitalier, et non carcéral. “Nous sommes à la croisée des chemins, notamment entre la santé et la justice, entre la délinquance et la resocialisation”, ajoute Jean-Luc Hoebanx, directeur du département paramédical et psychosocial.
Et la tâche est ardue : la complexité des maladies mentales et des troubles psychiatriques. De plus, avant d’avoir sa place à la Défense sociale, le patient attend un an et demi dans les annexes psychiatriques des prisons. Le travail consiste ensuite à effectuer une bonne évaluation du patient, à définir une bonne orientation et à trouver le circuit de soins le plus approprié. “On tient bien sûr compte des risques de récidive et de passages à l’acte, et du délit pour lequel il est arrivé en Défense sociale”, remarque Jean-Luc Hoebanx.
De nombreux programmes thérapeutiques existent, d’autres sont en cours de création, comme un programme d’accompagnement à domicile notamment. Car dehors, les patients libérés sont souvent abandonnés, font souvent face à un désert social. Là aussi, les Marronniers agissent, et veulent encore agir. Tout ce travail est effectué en réseau, et il est centré sur le patient pour ne pas l’aliéner à l’institution. Le but ultime est la sortie, la réintégration dans la société, même si ce n’est pas toujours possible.
Tous les six mois, les patients internés peuvent voir la Commission de défense sociale, chargée d’établir les modalités d’internement et composée d’un médecin, d’un magistrat et d’un avocat pour le patient.
Les patients peuvent y demander un régime plus souple, et plus tard une libération à l’essai ou définitive. “Ainsi, en 2008, il y a eu aux Marronniers 9 825 sorties seules, 12 313 sorties accompagnées”, indique le criminologue Pierre-Jean Cornu.
Chaque jour donc, 60 patients sortent. Une heure, une demi-journée… “Ça se fait progressivement, ça prépare le patient à la libération, qu’il prenne contact avec le milieu où il ira, dit Jean-Luc Hoebanx, directeur du département psychosocial et paramédical. 89 % des internés ont accès aux sorties. Quant au taux d’incidents en 2008, il est de 0.034 %, et il s’agit de légers retards et de fugues.”
Les sorties posent parfois un autre type de problème : faut-il laisser, oui ou non, Patrick Derochette faire ses courses à Tournai, même accompagné ? Le dilemme se trouve entre possible privation de liberté et trouble potentiel de l’ordre public.
Quoi qu’il en soit, la durée moyenne d’internement à la Défense sociale des Marronniers est de 4 ans. Certains patients y restent moins longtemps. D’autres n’en sortiront jamais.
© La Libre Belgique 2010
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