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Tournai

Les tagueurs sont traqués

Cédric Ketelair

Mis en ligne le 24/08/2010

Les graffitis n’ont de cesse d’envahir le paysage urbain dans le Tournaisis. Ce qui n’est pas sans provoquer un certain désarroi chez les victimes.

Il y en a partout, sur les trains, les murs, les bâtiments publics ou encore les panneaux de signalisation. Véritable phénomène de mode, les tags sont parfois de véritables œuvres d’art. Mais d’autres peuvent aussi provoquer un sentiment d’insécurité, notamment chez les personnes âgées. A Tournai, un inspecteur de police est chargé d’enquêter et de retrouver les artistes de rue qui agissent de préférence durant la nuit. "Mon but est que les victimes retrouvent leurs biens en état", explique l’inspecteur principal Yves Bocquet.

Remettre son bien en état peut coûter très cher, notamment en fonction de la nature du matériau sur lequel le graffiti a été fait. "Les réparations civiles coûtent très cher, sans compter les frais de procédure et les réclamations introduites par les compagnies d’assurances. Il arrive souvent que les familles doivent assumer les bêtises de leurs enfants. Certains ont même dû renoncer à leurs vacances", ajoute l’inspecteur Bocquet. "Quant aux administrations, l’argent consacré au nettoyage ne pourra plus servir à autre chose". Même chose à la SNCB dont les trains sont souvent ciblés. "Là, il faut payer en plus la mise au chômage technique des wagons".

Les peines pénales, quant à elles, sont deux fois plus sévères en Belgique qu’en France, raison pour laquelle les tagueurs interpellés à Tournai sont en majorité des sujets français. "Les peines peuvent aller d’un à six mois de prison assortie d’une amende de 26 à 200 € chez nous. L’individu risque une peine d’un an de prison en cas de récidive endéans les cinq années qui suivent le prononcé du jugement", précise Yves Bocquet. Parfois, mais les cas sont rares à Tournai, les graffitis à connotation raciste ou insultante, notamment envers la police, sont plus sévèrement punis.

Depuis 1997, année où Yves Bocquet a été choisi pour mener cette lutte, celui-ci ne voit pas le nombre de dossiers diminuer. "C’est difficile d’établir des statistiques car certaines victimes en ont marre de porter plainte", dit-il. "A peine leur façade nettoyée, elle est de nouveau la cible des tagueurs". Installer des caméras de vidéosurveillance ne ferait que déplacer le problème estime l’inspecteur Bocquet. Celui-ci se souvient d’avoir interpellé l’auteur de 121 faits sur Tournai effectué en quelques semaines. Depuis un an, le phénomène s’est un peu décentralisé. "L’an dernier, 40 façades ont été taguées durant une nuit à Antoing. Cette année, c’est le rond-point Dubrunfaut qui a été vandalisé à Bruyelles. Les enquêtes suivent leurs cours".

L’inspecteur Yves Bocquet insiste sur le profond désarroi des victimes. Les tagueurs n’ont pas vraiment conscience de la tristesse que leurs actes peuvent engendrer. "Certains se sentent très mal après avoir eu leur façade souillée par les tags ou graffitis. Je me souviens d’une vieille dame qui habitait le centre-ville, d’ailleurs je pense à elle chaque fois que j’y passe. Elle pleurait car cela lui rappelait la guerre et les inscriptions qui interdisaient l’entrée aux Juifs. Elle se sentait honteuse d’avoir ça sur sa façade".

Certains sont habitués et interpellent souvent l’inspecteur de police. "J’essaye d’identifier l’auteur selon le lettrage mais c’est parfois difficile car certains ont plusieurs signatures selon qu’ils agissent de manière légale ou pas. D’autres changent de signature une fois qu’ils ont été chopés, pécho, comme ils disent".

L’inspecteur invite les plaignants à prendre de bonnes photos de l’objet du litige. Même chose pour ceux qui sont victimes d’un autre phénomène récurrent dans le centre-ville : le gravage sur vitre !

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