International

D'un dérapage le 1er mai à Paris jusqu'à une sombre histoire de vidéo et aux révélations du Monde: "l'affaire Benalla", c'est une série d'imbroglios qui ont provoqué une crise inédite pour l'exécutif.

Alexandre Benalla, 26 ans, alors ajoint du chef de cabinet de la présidence et homme clé du dispositif de sécurité entourant Emmanuel Macron, a déclenché cette tempête en frappant et malmenant des manifestants le jour de la Fête du travail, une scène enregistrée sur une série de vidéos.

Un hôte de marque le 1er mai

Comment Alexandre Benalla s'est-il retrouvé en train d'accompagner des policiers lors d'une opération de maintien de l'ordre le 1er mai?

Entre l'intéressé et la préfecture de police de Paris (PP), les versions divergent. Selon une note de la PP en date du 2 mai que l'AFP a pu consulter, le collaborateur de l'Elysée aurait, à la mi-avril, fait part à Laurent Simonin, chef d'état major adjoint à la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), de son souhait d'assister à une "manifestation de voie publique sensible".

Mais, d'après M. Benalla, l'invitation vient directement de M. Simonin: "Je te propose de participer sur le terrain au service en tant qu'observateur...", lui aurait dit le haut gradé, selon le récit fait par l'ex-conseiller dans Le Monde.

Selon la note de la PP, M. Benalla revient quelques jours plus tard vers le chef d'état-major adjoint de la DOPC pour lui signifier l'accord du directeur de cabinet du président, Patrick Strzoda, et dire qu'il a "avisé" le chef de cabinet du préfet de police, Yann Drouet.

Or, pour le patron de la DOPC, Alain Gibelin, Alexandre Benalla ne bénéficiait d'"aucune autorisation de la préfecture de police pour être sur cette manifestation".

Cette version est contredite par M. Benalla qui assure que M. Gibelin était lui-même au courant, mais aussi par le commandant militaire de la présidence de la République, le général Éric Bio-Farina. Ce dernier a raconté que, lors d'un déjeuner le 25 avril à l'Elysée, MM. Gibelin et Benalla avaient discuté "en aparté" des "équipements" dont le collaborateur de l'Elysée bénéficierait lors "de la manifestation à venir (...) celle du 1er mai".

Le 27 avril, M. Simonin fixe le programme: rendez-vous à la préfecture de police le 1er mai, à 14 heures.

Dérapage à la Contrescarpe

Le 1er mai, Alexandre Benalla visite d'abord le centre d'information et de commandement à la PP, avant de partir pour la manifestation accompagné du major Philippe Mizerski, un vieux routier de la DOPC. M. Benalla s'est vu octroyer un casque de protection.

Des images diffusées dans les médias montrent cependant l'ex-chargé de mission, brassard police au bras et utilisant une radio dont l'origine est pour l'heure inconnue. M. Benalla a affirmé au Monde que c'était l'officier de liaison qui, deux jours plus tôt, lui avait remis ce brassard, entre autres équipements. Il reste plus flou sur l'obtention de la radio.

Il est présent au boulevard de l'Hôpital où les "Black blocs" se déchaînent contre plusieurs commerces avant d'être dispersés par les forces de l'ordre. Bilan de cette journée sous haute tension: près de 300 personnes interpellées, 109 placées en garde à vue. En fin de journée, Alexandre Benalla se retrouve place de la Contrescarpe où un "apéro militant" dégénère. Il est accompagné de Vincent Crase, employé de LREM et gendarme réserviste comme lui.

Sur la coquette place du Ve arrondissement, les policiers de la CRS 15 de Béthune essuient des jets de projectiles. M. Benalla est filmé en train d'empoigner une jeune femme et d'asséner des coups à un jeune homme. Son policier "référent", le major Mizerski, ne pipe mot.

A posteriori, M. Benalla affirmera avoir voulu aider les policiers pris à partie - une "plaisanterie" pour le patron de la police, Eric Morvan. En tout, 31 personnes seront interpellées sur cette place, dont le couple molesté. Il ressortira libre dans la nuit. Un signalement à la "police des polices", le 3 mai, sera classé sans suite.

Rendez-vous à la salle de commandement

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb visite vers 20h la salle de commandement de la PP. Une quarantaine de personnes sont présentes.

Le préfet de police, Michel Delpuech, y découvre avec "surprise" la présence dans la salle d'Alexandre Benalla, considéré comme un "interlocuteur connu" des services. "Vous êtes là?", lui demande le préfet. "Oui... j'étais sur le terrain", répond le chargé de mission.

Le ministre salue également M. Benalla. "J'ai coutume d'être urbain", dira M. Collomb devant la commission d'enquête de l'Assemblée, en expliquant qu'il le connaissait à peine. Se basant sur une note de la PP, Le Canard enchaîné évoque une "accolade". Celle que l'AFP a pu consulter un simple "salut".

La "vidéo Benalla"

Le 2 mai au matin, ministre et préfet sont dans les médias pour défendre leur stratégie de maintien de l'ordre vertement critiquée. Dans la matinée, plusieurs coups de fil sont échangés entre la préfecture, Beauvau et l'Elysée.

Un conseiller du "Château" joint le préfet de police au sujet de la "vidéo Benalla". M. Delpuech tombe des nues. Gérard Collomb sera prévenu en début d'après-midi par son cabinet.

Egalement informé du dérapage de son collaborateur, Patrick Strzoda le convoque et lui signifie une mise à pied de 15 jours.

Scoop du Monde et "grosse connerie"

Le 18 juillet, Le Monde révèle que l'homme qui apparaît sur une vidéo du 1er mai à la Contrescarpe, circulant depuis un moment sur les réseaux sociaux, est Alexandre Benalla.

Le soir même, des échanges informels ont lieu entre le commissaire Maxence Creusat, Laurent Simonin, Jean-Yves Hunault, chargé de relations entre la PP et l'Elysée, et Alexandre Benalla. Ces échanges aboutissent à la remise d'images de vidéosurveillance de l'incident au collaborateur de l'Elysée. Le résultat de "copinages malsains", dira le préfet Delpuech.

Ismaël Emelien, conseiller spécial d'Emmanuel Macron, avait également visionné ces images, a confirmé l'Elysée.

Le 19 juillet, le commissaire Creusat se présente devant Alain Gibelin et confesse avoir fait une "grosse connerie". Le préfet signale les faits au parquet. D'abord suspendus, MM. Creusat, Simonin et Hunault seront placés en garde à vue puis mis en examen notamment pour "violation du secret professionnel".

Finalement licencié par l'Elysée, Alexandre Benalla est mis en examen notamment pour violences en réunion, tout comme Vincent Crase.