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Près de 283.000 manifestants ont participé samedi aux différents blocages organisés par les "gilets jaunes" partout en France qui ont provoqué la mort d'une personne et blessé 400 autres, a annoncé le ministère de l'Intérieur. 14 personnes sont gravement blessées, dont un policier, a précisé le ministère alors que plus 200 points de blocages n'avaient pas encore été levés en début de soirée.

"Gilets jaunes, colère noire", "Jupiter, redescends sur terre, c'est la misère": les manifestants, qui arboraient parfois un message sur leur gilets, bloquaient des accès sur les autoroutes, des ronds-points ou organisaient des opérations de péage gratuit dans l'ensemble du pays. Les "gilets jaunes" n'ont pas réussi à bloquer la France, comme ils le voulaient, mais tout le territoire a été touché par leurs actions, ce qui marque un succès certain pour ce mouvement, parti des réseaux sociaux et organisé en dehors des partis politiques et des syndicats.

Cette manifestation, comme de nombreuses autres organisées en France pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant, n'était pas déclarée.

Une manifestante est décédée samedi matin en Savoie après avoir été heurtée par une voiture lors d'un barrage organisé par les "gilets jaunes" et 400 personnes ont été blessées dont 14 gravement au cours d'autres incidents, a indiqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Le ministre a également annoncé que 283.000 personnes avaient participé à 2.000 rassemblements recensés dans tout le pays, au cours desquels 282 personnes ont été interpellées dont 157 placées en garde à vue.

Au Pont-de-Beauvoisin (Savoie), une conductrice qui emmenait sa fille chez le médecin a été prise de panique quand les manifestants se sont mis à taper sur sa voiture. Elle a alors foncé sur eux, percutant une femme, a précisé le ministre. La manifestante tuée était âgée de 63 ans. En état de choc, la conductrice a été placée en garde à vue.


"Le droit à manifester est essentiel dans ce pays, il faut le protéger, mais il faut aussi faire en sorte que l'organisation minimale de la manifestation évite ce genre de drame", a déclaré Christophe Castaner.

A Quimper, deux policiers ont été blessés après avoir été volontairement heurtés par un véhicule qui prenait part à la manifestation des "gilets jaunes". L'un des deux a dû être hospitalisé, a indiqué la préfecture. A Brest, une manifestante a été "légèrement blessée après avoir été heurtée par un véhicule à un barrage filtrant", a précisé la préfecture.

Un motard de la police, positionné à un carrefour dans le cadre de la sécurisation de la mobilisation des "gilets jaunes" à Strasbourg, a été hospitalisé après avoir été percuté par un véhicule vers 15H20, a-t-on appris auprès de la préfecture. Il souffre de plusieurs fractures.

Dans le Pas-de-Calais, à Arras, un manifestant de 71 ans a été percuté par un automobiliste qui a tenté de forcer un barrage au niveau d'un rond-point à l'entrée de la ville. Il a été hospitalisé dans un état grave mais son pronostic vital n'est pas engagé.

"On m'indique aussi à Sélestat (Bas-Rhin) un accident avec des conséquences graves mais la victime n'est pas décédée", a ajouté Christophe Castaner, à l'issue d'une réunion en visioconférence avec tous les préfets. La préfecture du Bas-Rhin a toutefois précisé que l'incident n'était "pas grave" et qualifié la blessure de "légère": "une femme âgée de 45 ans a la cheville blessée et a été transportée à l'hôpital. C'est une voiture qui a roulé sur son pied".

A Hazebrouck (Nord), aux alentours de 08H30, un conducteur "a été bloqué par des manifestants. Il s'est impatienté et a forcé le passage en montant sur le trottoir", a indiqué à l'AFP la préfecture du Nord, confirmant une information de La Voix du Nord. Deux manifestants ont été légèrement blessés et transportés vers le CHR d'Hazebrouck, a-t-on ajouté de même source. Le conducteur a été interpellé et conduit au commissariat.


Une manifestante a par ailleurs été renversée et"légèrement blessée" par un automobiliste en colère dans la commune de Capendu (Aude), entre Carcassonne et Narbonne, a indiqué à l'AFP la préfecture, ajoutant que l'automobiliste avait été interpellé.

A Cuers (Var), "un manifestant d'une cinquantaine d'années a été heurté" par un automobiliste "sur une manifestation non déclarée au niveau d'un rond-point de supermarché. L'homme a été blessé légèrement. L'auteur présumé a été interpellé", a indiqué la préfecture.

Quatre personnes ont par ailleurs été blessées dans les départements de Gironde, Charente, Corrèze et Dordogne. A Biganos sur le bassin d'Arcachon (Gironde), la personne la plus sérieusement blessée, un "gilet jaune", a été percutée par une voiture au niveau du bassin et évacuée, a indiqué la préfecture de région sans plus de précisions.

A Grasse, dans les Alpes-Maritimes, un automobiliste a "tenté de forcer un barrage" sur un rond-point, renversant un policier qui a été "légèrement blessé", selon la préfecture. L'homme a été interpellé. Le policier "souffre de contusions légères", a précisé la même source.

A La Réunion, un automobiliste a tiré en l'air avec un pistolet d'alarme, provoquant un "moment de panique" samedi devant des "gilets jaunes" mobilisés dans l'île, où une vingtaine de barrages ont été recensés au total. L'homme "a été identifié et est actuellement recherché", a indiqué le ministre de l'Intérieur à Paris.


En Haute-Savoie, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des "gilets jaunes" qui bloquaient l'accès au viaduc des Egratz à Passy, a indiqué la préfecture.

A Charleville-Mézières, vers 16H00, un automobiliste a percuté deux manifestants en forçant un barrage, a indiqué à l'AFP la préfecture des Ardennes. Deux "gilets jaunes", deux frères, ont été légèrement blessés et pris en charge par les secours. L'automobiliste n'a pas encore été interpellé, a ajouté la préfecture.

A Troyes (Aube), environ 200 manifestants se sont introduits vers 16H15 dans la cour et le hall de la préfecture "dans l'intention très claire d'en dégrader les locaux", selon un communiqué de la préfecture. Ils ont été refoulés par les forces de l'ordre. "Une vitre a été brisée et le portail dégradé. Une manifestante a chuté de sa hauteur et a été prise en charge par les sapeurs pompiers", ajoute la préfecture. Une plainte a été déposée.

Sur une vidéo, on peut apercevoir des "gilets jaunes" bloquer l'autoroute A2 à hauteur de Maubeuge.

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Un barrage filtrant organisé par le mouvement des "Gilets jaunes" provoquait des embarras de circulation samedi en fin d'après-midi et en début de soirée sur l'A2 (E19 en Belgique), dans le sens Paris-Bruxelles et le sens Bruxelles-Paris, non loin du poste frontière d'Hensies, selon un automobiliste belge contacté par l'agence Belga. Cet automobiliste, qui tentait de rallier la Belgique, a mis "une heure pour parcourir deux kilomètres" et a constaté que des manifestants avaient mis le feu à plusieurs pneus, à même l'autoroute, provoquant d'importantes colonnes de fumée. Contactée par l'agence Belga, la police fédérale n'avait pas été avisée samedi en début de soirée de problèmes du côté belge de la frontière.

Un mouvement soutenu par certains politiques

L'exécutif n'a cessé de mettre en garde contre la récupération politique de ce mouvement de protestation qui se veut apolitique et asyndical. Mais plusieurs représentants politiques ont apporté leur soutien.

Laurent Wauquiez, le chef de LR, a participé à une manifestation au Puy-en-Velay: il a appelé Macron à comprendre et "corriger ses erreurs". "Ce qui se passe est injuste", a-t-il déclaré.


Des élus du Rassemblement national étaient également présents aux côtés des "gilets jaunes", mais pas Marine Le Pen.

"Je souhaite que cette mobilisation permette une prise de conscience et que le gouvernement entende ce que les Français ont à lui dire", a déclaré sur franceinfo Olivier Faure, premier secrétaire du PS.

Des Insoumis participaient aussi aux manifestations. Leur leader Jean-Luc Mélenchon a critiqué sur Twitter une "manipulation des chiffres de participation" et une "dramatisation" de la part du gouvernement.

A l'initiative de cette grogne, des membres de la société civile se sont mobilisés contre la hausse du prix des carburants avant que les motifs de grief ne s'élargissent à une dénonciation plus globale de la politique du gouvernement en matière de taxation et à la baisse du pouvoir d'achat.

Au 1er janvier 2019, les taxes sur le gazole doivent augmenter de 6,5 centimes d'euro par litre et celles sur l'essence de 2,9 centimes.