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Quel état d'esprit domine l'Europe un an après les rejets français et néerlandais du traité constitutionnel?

Toujours globalement le désarroi. Peu veulent reconnaître que le traité constitutionnel est mort et définitivement mort. On voit bien qu'il y a très peu de pistes de rechange concrètes, même si l'on voit apparaître des contre-scénarios, qui vont structurer les discussions dans les mois qui viennent.

Quels contre-scénarios seraient à vos yeux les plus plausibles?

Il existe un vaste ensemble de contraintes et la voie est vraiment étroite, il faut le reconnaître. Les pistes se divisent en gros en deux. Il y a ceux qui parient sur une relance de l'Europe à Vingt-cinq, comme Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel, ceux qui veulent encore sauver sinon la constitution elle-même du moins quelques éléments et relancer la construction européenne de cette manière. Et puis il y a ceux qui, en quelque sorte, ont fait leur deuil de l'avancée à Vingt-cinq, comme Guy Verhofstadt et Laurent Fabius. Tous les deux passent par l'idée qu'il faut stabiliser l'Union des Vingt-cinq telle qu'elle est, tout en organisant deux autres cercles: un concentré à l'intérieur et un partenariat privilégié à définir à l'extérieur avec des pays dont on ne veut pas vraiment qu'ils deviennent membres.

Le débat va reprendre. La présidence allemande (NdlR: au premier semestre 2007) a décidé qu'elle ferait du sauvetage une de ses priorités. Elle a à l'esprit la présidentielle française de mai 2007 qui pourrait provoquer une alternance favorable à une certaine relance. Cela ne peut pas être pire que la situation de paralysie dans laquelle se trouve la France de Chirac et Villepin.

Si elle parvient à relancer le couple franco-allemand, elle aura le soutien belge, luxembourgeois, italien avec Prodi, espagnol, portugais. Cela ne suffit pas pour aboutir, mais cela permet de lancer au moins une initiative crédible. La vraie question est de savoir si elle visera à relancer l'Europe à Vingt-cinq, voire à Trente, ou bien si elle relancera ceux qui veulent.

La constitution est-elle morte selon vous?

La constitution, comme un tout, est morte. Je n'imagine en aucune manière comment la faire réadopter telle quelle par les Français et les Néerlandais. Et quand bien même elle y passerait, elle passerait plus difficilement en Pologne, au Royaume-Uni et ailleurs.

Mais cela ne veut pas dire qu'on n'en retiendra rien. Elle servira de document de référence, elle balisera la réflexion et les réformes à mener dans les 10-15 prochaines années. On en reprendra certainement beaucoup de morceaux, comme ce fut le cas avec le rapport Spinelli en 1984. Il n'est même pas exclu qu'on en reprenne plus directement un gros morceau «politique étrangère» ou «coopération pénale», dont on ferait un petit traité avec un objectif bien précis, sur le modèle de l'Acte unique, et non un texte avec un peu de tout.

© La Libre Belgique 2006