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Au moins trente personnes ont péri samedi brûlées vives dans l'explosion d'un camion-citerne rempli de carburant à Port-Harcourt (sud), la "capitale pétrolière" du Nigeria, ont annoncé la police et des habitants. "L'événement a eu lieu au carrefour Eleme de la ville. On manque de précisions pour le moment", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'Etat de Rivers, Ireju Barasua.

Mais selon un correspondant de l'AFP sur les lieux, le camion-citerne était chargé de carburant volé et essayait d'échapper à la police qui l'avait pris en chasse. Durant la course poursuite, le véhicule a heurté un barrage établi par une compagnie allemande de travaux publics en train de refaire la route, s'est retourné et a pris feu.

Treize autres véhicules, dont dix autobus, ont été pris dans les flammes, ainsi que des commerces avoisinants. Selon des habitants, le conducteur du camion a été gravement brûlé mais a survécu et a été hospitalisé. La police n'a pas confirmé si des arrestations avaient été opérées.

Le vol de pétrole ("bunkering") est une pratique très fréquente dans la région et fait perdre des centaines de milliers de barils de brut au pays chaque jour. Ce vol est soit artisanal, avec le percement d'oléoducs transportant le brut, mais extrêmement dangereux (plusieurs accidents ont fait des centaines de morts ces dernières années), soit "professionnel" avec des réseaux de transport très organisés et des complicités en haut lieu.

Fin 2006, au moins 284 personnes étaient mortes dans l'incendie d'un oléoduc vandalisé, dans la banlieue nord de Lagos. Pillé dans un premier temps par des voleurs équipés de camion-citernes, l'oléoduc avait pris feu puis explosé quand des habitants étaient arrivés avec des jerrycans pour récupérer du carburant. L'explosion de samedi à Port-Harcourt intervient au lendemain de la revendication par le Mouvement d'émancipation du delta du Niger (MEND) de l'incendie qui s'est déclaré vendredi à bord d'un pétrolier ancré à Port-Harcourt.

Ce mouvement, principal groupe armé dans la région pétrolière du sud du Nigeria, avait également revendiqué jeudi l'attaque de quatre navires au large de champs pétroliers off-shore, qui avait fait deux blessés.

En 2007, le MEND a été le principal auteur des attaques contre des installations pétrolières et des enlèvements de travailleurs expatriés du secteur. Le groupe affirme se battre au nom des populations locales pour obtenir du pouvoir fédéral une plus grande part des milliards de pétrodollars produits par la région.

La recrudescence de la violence dans la région pétrolière du Nigeria inquiète visiblement les marchés. L'attaque durant la nuit de la Saint Sylvestre de deux postes de police et d'un hôtel de Port-Harcourt (au moins 12 morts), avait été, avec la situation au Pakistan, l'un des éléments déterminants pour faire repartir la hausse du baril à Londres et New York.

L'instabilité et la violence permanentes dans la zone de production a fait perdre au Nigeria un quart de sa production en 2006 et 2007. Elle est estimée actuellement à environ 2,1 millions de barils/jour.

Au vu de la situation actuelle, des spécialistes du secteur interrogés par l'AFP estiment inaccessible l'objectif affiché par les autorités nigérianes de produire 4 millions de barils/jour en 2010.