35 soirs de manifs : une motivation intacte à Montréal

Caroline Grimberghs, envoyée spéciale à Montréal Publié le - Mis à jour le

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Ils arrivent à vélo, en roller ou à pied (voire même en skateboard pour les plus nostalgiques) : petit à petit, le parc Emilie-Gamelin, à quelques pas du centre-ville de Montréal se remplit de manifestants. Le soleil se couche doucement sur ces centaines de militants, jeunes et moins jeunes, qui ont un point commun : ils sont tous armés d’un chaudron, d’une poêle, d’une passoire ou d’une boîte de conserve. Les ‘manifestations des casseroles‘ ont démarré en réaction à la mise en place de la loi 78, une loi spéciale qui vise à empêcher les manifestations spontanées.

Après quelques soirées de brutaux affrontements entre contestataires et forces de l’ordre, ces rassemblements ludiques et pacifiques ont calmé les esprits. L’ambiance est plus familiale, amenant les autorités à plus de tolérance. Un sergent explique : "On admet tant que cela ne déborde pas. Les manifestants viennent socialiser avec nous. Ils viennent jaser et c’est, évidemment, bien plus agréable pour tout le monde".

Mais la situation est singulière quand le responsable des forces de l’ordre prend le micro pour s’adresser aux manifestants : "Ce soir, c’est nous qui vous accompagnons" commence-t-il. Puis il ajoute : "La manifestation de ce soir est illégale, et nous vous demandons d’aller vaquer à vos occupations". Une injonction sans effet, évidemment. Les policiers ne s’attendent pas à la dispersion. Ce ne sont que des mots, la motivation des étudiants et de tous ceux qui soutiennent leur combat contre l’augmentation des frais de scolarité n’est pas altérée malgré la 35e soirée consécutive qu’ils passent à défiler dans les rues de Montréal.

A 20h pétantes, le tintamarre des batteries de cuisine démarre. Aux cris de ‘La loi spéciale, on s’en calisse’ (dit poliment : la loi spéciale, on s’en fiche), les militants applaudissent à tout rompre l’arrivée, symboliquement importante, d’une manifestation de juristes qui, pour la première fois, affichent clairement leur soutien. En toge, leur représentant prend le micro: "Nous dénonçons cette loi inconstitutionnelle qui a ébranlé la confiance des citoyens québécois". A la même heure, une dizaine de manifestations démarrent aux quatre coins de la ville, adoptant une stratégie tentaculaire rendant l’encadrement policier difficile.

Vers 20h30, les centaines de manifestants réunis dans le Parc Emilie-Gamelin prennent la route. Ce lundi soir, ce sera la rue Berry puis le boulevard Ontario avant de se diriger vers le centre ville et la rue Sainte Catherine puis le Vieux Montréal. "Je marche un peu plus chaque jour et je perds du poids. Ma santé remercie la Loi 78" ironise une jeune femme boulotte brandissant fièrement son calicot. A ses côtés, un groupe d’étudiantes frappent en rythme leur cuiller en bois sur une poêle commune. Pull peace & love pour l’une, veste en jean sex pistols pour l’autre, elles espèrent contribuer au changement : "Il faut que les politiques sortent de leurs bureaux, qu’ils viennent dans la rue, à la rencontre du peuple".

Ce lundi soir, le rassemblement est particulièrement vigoureux. En cause : la reprise des négociations entre les représentants des étudiants et le ministère de l’Education. A 22h, la réunion prend fin à Québec. Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ (Fédération Etudiante Collégiale du Québec), n’a fait aucun commentaire "pour ne pas nuire à l’avancée des discussions" a-t-il déclaré, avant d’annoncer qu’elles reprendraient à 13h ce mardi. Contrairement à Montréal, où il n’y a eu ni casse ni amendes, les manifestations dans la ville de Québec ont dégénéré au moment de la sortie des négociateurs. Malgré un appel au calme des représentants étudiants, de nombreuses arrestations ont été constatées devant le refus des manifestants de quitter les lieux. 'Démontrons-leur qu’on est plus intelligent que les autres et ne laissez pas vos émotions prendre le dessus. Dispersez-vous' a plaidé Léo Bureau-Blouin sans succès.

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