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Un groupe ethnique majoritaire peut-il être opprimé par un groupe minoritaire ? L’Ethiopie offre, malheureusement, une nouvelle occasion de répondre "oui" à cette question. Et un rapport publié cette semaine par Amnesty international détaille de quelle manière.

Opposition pacifique réprimée

Sur la base de "plus de 200 témoignages", Amnesty international affirme qu’au moins "5 000 Oromos" ont été arrêtés entre 2011 et 2014 en raison de leur opposition pacifique - "réelle ou supposée" - au gouvernement. "Arrestations arbitraires, détentions prolongées sans inculpation, disparitions forcées, tortures répétées et exécutions illégales par l’Etat" sont couramment utilisées par le pouvoir pour "écraser" tout "désaccord" avec lui, énumère Amnesty.

L’organisation humanitaire répertorie aussi des cas de parents arrêtés à la place d’une personne recherchée et subissant à sa place des tortures - notamment une jeune fille brûlée au ventre par des charbons ardents alors qu’elle était incarcérée à la place de son père, recherché. De violence déchaînée par les forces de l’ordre contre des protestations pacifiques d’Oromos, comme en avril-mai derniers, quand les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur des manifestants non violents, faisant des dizaines de morts, et ont arrêté des milliers de protestataires. De personnes arrêtées simplement pour avoir refusé de s’engager dans le parti au pouvoir ou pour avoir seulement… accouché la femme d’un présumé résistant armé.

Sentiment particulariste

Car il existe une rébellion armée, le Front de libération oromo (OLF). Arrivé au pouvoir en 1991 avec l’EPRDF (la rébellion du Tigray, nord), et d’autres insurgés contre la dictature Mengistu, l’OLF avait refusé de siéger au gouvernement dès juin 1992 en raison de la domination excessive de l’EPRDF - alors que les Tigréens représentent moins de 7 % de la population éthiopienne. Fort de son appareil sécuritaire, l’EPRDF s’est maintenu au pouvoir depuis lors, à coup d’épurations, élections truquées et répression, tout en menant une remarquable politique de modernisation du pays.

La répression touche également d’autres ethnies éthiopiennes dont est issue une guérilla, comme les Somalis de l’Ogaden.

Les exactions incessantes renforcent évidemment le sentiment d’opposition des Oromos, lié à une forte identité particulariste. Les Oromos ont été conquis par l’empereur abyssin Menelik II à la fin du XIXe siècle et toujours mis sous le boisseau par Addis-Abeba depuis lors, bien qu’ils soient les plus nombreux du pays et que leur territoire, l’Oromiya, soit le plus étendu (environ 500 000 km2) de l’Ethiopie moderne, devenu Etat fédéral en 1995.

Il s’agit d’une coalition de tribus parlant la même langue, installées dans le centre et le sud du pays. Avant leur conquête par le Négus, ils vivaient depuis deux siècles selon un système démocratique dont ils sont toujours très fiers aujourd’hui : des classes d’âge se succédant tous les huit ans se chargeaient des responsabilités militaires, politiques, économiques et religieuses ; le système comprenait un contrôle réciproque avec possibilité de révocation des responsables.

Participation empêchée

Nombre d’Oromos sont en faveur de la revendication d’indépendance de l’OLF - qu’Addis-Abeba n’est guère prête à satisfaire, plus de 50 % des ressources du pays provenant de l’Oromiya - sans toutefois appuyer la guérilla, qui ne mène qu’un conflit de basse intensité contre le pouvoir.

La répression aveugle menée contre ceux qui ne s’affilient pas à la succursale oromo de l’EPRDF ne peut que renforcer le camp des désespérés. De même que les manœuvres des autorités locales pour empêcher les partis d’opposition pacifique oromos de participer aux élections ou d’y obtenir des victoires.

© IPM