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Le premier procès des "bébés volés" du franquisme s'est ouvert mardi à Madrid, des décennies après les premières révélations sur ce scandale pouvant concerner des milliers de nouveaux-nés soustraits à leur mère et confiés à des familles d'adoption sous la dictature de Franco. 

Eduardo Vela, ex-obstétricien de 85 ans à la clinique San Ramon de Madrid, y est accusé par Inès Madrigal, employée des chemins de fer de 49 ans, de l'avoir séparée de sa mère biologique et d'avoir falsifié son acte de naissance en juin 1969.

Vela, l'air hagard et la voix affaiblie, a été interrogé une trentaine de minutes. Dénoncé depuis longtemps par la presse et des associations, il est le premier à s'asseoir sur le banc des accusés, grâce au témoignage de la mère adoptive d'Inès Madrigal, Inès Pérez, décédée depuis.

Cette dernière, qui ne pouvait pas avoir d'enfant, a raconté que le médecin lui avait proposé un bébé avant de lui demander de simuler une grossesse pour la déclarer comme mère biologique du nouveau-né.

Inès Madrigal, acclamée par une cinquantaine de personnes brandissant des pancartes réclamant "justice", a souligné que ce procès n'était pas juste le sien. "Il va au-delà", a-t-elle déclaré car désormais "tout le monde sait que des enfants ont été volés dans ce pays".

L'audience s'est achevée mardi vers 13H00 HB. Le procès reprendra mercredi à 10H00 HB pour un deuxième et dernier jour d'audience. Aucune date n'a été fixée pour l'annonce du verdict. Le parquet a réclamé onze ans de prison à l'encontre de Vela.

Au total, selon les associations, des dizaines de milliers de bébés pourraient être concernés. Mais malgré l'ampleur du scandale, dénoncé pour la première fois dans la presse en 1982, aucune des plus de 2.000 plaintes déposées selon les associations n'a abouti.

Le même phénomène s'est reproduit pendant la dictature militaire (1976-1983) en Argentine où des nouveaux-nés, environ 500, ont été arrachés à des détenues et confiés en adoption à des familles soutenant le régime.