A bord du USS Bush, le plus gros porte-avions du monde
Le dernier né des porte-avions américains s'entraîne en Méditerranée, il est à tout moment mobilisable pour une mission. "La Libre Belgique" a pu exceptionnellement rester à bord pendant 24 heures. Reportage et vidéos sur LaLibre.be!
- Publié le 06-03-2014 à 07h33
- Mis à jour le 06-03-2014 à 15h43

Quand il y a une crise internationale, la première question que pose un président américain est : "où est le porte-avions le plus proche ?" "Well, Mr President", le plus gros porte-avions de l'US Navy est aujourd'hui en Méditerranée, vient d'arriver pour escale à Athènes, d'où il pourrait facilement atteindre la Mer Noire. L'USS Bush n'est pas sur le pied de guerre mais s'entraîne de façon intensive et serait prêt au cas où la Maison Blanche lui donnait ordre de partir en Mer Noire pour faire pression sur les forces russes qui ont investi la Crimée.
Il y a quelques jours, "La Libre Belgique" a pu, exceptionnellement, rester 24 heures sur l'USS Bush et voir de près, en mission d'entraînement, ce monstre d'acier, flanqué de deux destroyers, les USS Truxton et USS Roosevelt, et du croiseur US Philippine.
Parti de sa base de Norfolk, en Virginie, le 15 février, le porte-avions à propulsion nucléaire est en mission de neuf mois.
Pour le joindre, il fallait se rendre à la base de Sigonella en Sicile et embarquer, casque crânien et lunettes de ski sur la tête, dans un vieux zinc à hélices appelé C-2. Les douze sièges passagers sont orientés vers l'arrière de l'appareil car, explique l'officier de sécurité, "nous passerons en quelques secondes de 200 miles à 0 mile à l'heure". Tous les objets sont solidement harnachés, et les ceintures de sécurité sont serrées au maximum.
Le C-2 est l'avion qu'utilise l'US Navy pour déposer ses passagers directement sur le tarmac du porte-avions. A l'arrivée, un crochet harponne l'un des trois câbles d'acier disponibles, et le C-2 s'arrête en quelques mètres. Au décollage, il est catapulté dans les airs, les moteurs à fond. Une impression de Walibi à la puissance dix… Sur le tarmac, des marins opèrent en tenue de couleurs (jaune pour diriger les avions, vert pour tirer les catapultes, pourpre pour remplir les jets de kérosène, rouge pour manipuler les munitions). Les passagers du C-2 sont emmenés par un "jaune" directement dans le bureau du capitaine Loiselle, le commandant du USS Bush.
Le dernier-né de la classe Nimitz
En quelques minutes, les visiteurs passent d'un tarmac soufflé par la chaleur, le bruit et le fuel brûlé par les bombardiers F/A-18 Super Hornet et EA-18G Growler, à un bureau orné d'une table acajou et de fauteuils en faux ancien. Au mur, d'innombrables photos du président Bush père, qui a donné son nom au dernier-né de la classe Nimitz, les plus longs porte-avions en activité.
Andrew J.Loiselle, qui a plus de 850 "atterrissages arrêtés" à son actif, explique que le USS Bush peut être déployé partout dans le monde et que ses bombardiers peuvent intervenir très loin, "tant que les tankers peuvent approvisionner les jets".
C'est sa deuxième mission depuis son lancement en 2009. Après avoir soutenu l'opération "Enduring Freedom" en Afghanistan, le voici en Méditerranée où il enchaîne les collaborations au sein du Carrier Strike Group Two, avec des alliés français, grecs, turcs.
A Bruxelles, Robert Bell, conseiller militaire à la représentation américaine à l'Otan, explique que "les Etats-Unis se sont engagés à fournir à l'Otan un certain nombre de porte-avions", le chiffre exact restant classifié. Les Etats-Unis sont les seuls à fournir des porte-avions à propulsion nucléaire de cette taille. Ils en disposent dix de la classe Nimitz, le lancement d'un onzième étant suspendu aux coupes budgétaires que vient d'annoncer le secrétaire d'Etat à la Défense, Chuck Hagel.
Un dédale de couloirs et d'escaliers
L'USS Bush est une petite ville en soi, où vivent confinés près de 5500 personnes. Excepté à de rares occasions, lorsque le capitaine organise des "Steel Beach Picnic", le tarmac n'est accessible qu'au seul personnel qui gère le ballet incessant des jets qui décollent et atterrissent.
C'est donc dans un dédale de couloirs et d'escaliers, parcourus par 2575 km de câbles, que vit le personnel. Les soldats dorment dans des couchettes avec pour seule intimité un rideau et un tiroir cadenassé sous le matelas. Privés de wi-fi, les marins et pilotes communiquent avec leur famille avec des téléphones à cartes.
Mais ils ont à manger, et largement : c'est le nerf de toute armée. Jeff Walker, responsable d'une équipe de 200 cuistots et de sept cantines, explique qu'un bateau approvisionne chaque semaine le porte-avions en nourriture. Mets préférés ? Le brunch du dimanche et les ailes de poulet du samedi soir, les fameux "Buffalo wings" servis avec de la sauce blue cheese. "Je veux que les gens prennent le moins de temps pour manger, de 10 à 15 minutes", dit-il. "La cantine doit tourner. C'est pour cela que nous servons des snacks, soupes et salades."
Vingt étages s'étendent des cales au sommet de la tour de contrôle. "Cela m'a pris une semaine pour connaître les endroits où je devais aller. J'y suis allée par étapes", explique Elisabeth Feaster, 24 ans, dont c'est la première mission dans un bateau qui reste très majoritairement masculin. "Quand vous arrivez ici, le bateau vous paraît grand. Mais on se sent vite à l'étroit. Faire de l'exercice me permet de faire sortir le stress", dit un soldat qui s'entraîne aux traditionnelles pompes et lève des haltères de plus de 110 kg.
Car les soldats américains travaillent dur, jour et nuit. Les rotations des avions sur le "flight deck" s'effectuent 22 heures sur 24. Un moment d'inattention sur celui-ci peut être fatal. Trois câbles d'acier servent à immobiliser les avions. Quand ceux-ci reviennent à leur point de départ, ils peuvent tuer un homme. Deux pistes et quatre catapultes sont en fonction sur ce bateau de 333 mètres, presque aussi long que l'Empire State Building. Le commandant assure qu'il peut faire décoller les 40 avions de combat disposés sur le tarmac en une demi-heure.
Un bateau prêt à tout
Les missions du USS Bush sont multiples : attaques aériennes, contrôle des mers, dissuasion, opérations humanitaires. Bref, la projection de la puissance militaire américaine tous azimuts. "Freedom at work" est sa devise. "Nous sommes entraînés pour n'importe quelle opération dans le monde", assure le commandant Loiselle. "Nous sommes certifiés. Et quand nous rencontrons un bateau de migrants en difficulté (NdlR, fréquents au large de l'Italie et de Malte), nous appliquons le droit de la mer. Nous apportons avec nos bateaux de l'eau et de la nourriture. Parfois, nous réparons les moteurs pour leur permettre de repartir".
Pour l'heure, l'USS Bush vient d'accoster au Pirée, à Athènes. Le Pentagone a annoncé mercredi le renforcement des exercices aériens conjoints avec la Pologne et de sa participation à la protection de l'espace aérien des pays baltes. Demain sera un autre jour.

