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Le sommet européen, organisé ce jeudi à Sofia, était censé rassurer les six pays des Balkans quant à leur "perspective européenne", sans pour autant parler de leur éventuelle adhésion à l'Union. Loïc Trégourès, spécialiste des Balkans et enseignant à l’institut catholique de Paris, analyse "la double fatigue de l'élargissement", celle des citoyens de cette région et des Etats membres de l'UE.

Pourquoi l’Union européenne a-t-elle perdu de vue pendant une longue période la région des Balkans ?

La région reste sous les radars tant qu’il n’y a pas de gros problèmes. On peut le comprendre dans la mesure où l’Union européenne doit faire face en son sein même et à ses frontières à des crises nettement plus prégnantes. Dans ce contexte-là - et puisque les pays qui comptent en Europe, gouvernés par des majorités conservatrices, ne voient pas l’élargissement d’un très bon oeil - ce n’est pas surprenant que la région soit loin dans l’agenda des priorités.

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D’une part, l’Union européenne estime que le pays de la région des Balkans sont loin d’avoir fait toutes les réformes nécessaires à l’adhésion. D’autre part, ces Etats se disent découragés par le fait que l’UE ne semble plus avoir le goût à l’élargissement. On a un peu l’impression que c’est le paradoxe de l’oeuf et de la poule...

Plus les pays candidats se rapprochent de l’Union européenne, plus les opinions deviennent eurosceptiques. La double fatigue de l’élargissement - celle des Etats membres et celle des pays des Balkans - est évidente.

Les principaux avocats de l’élargissement - la Bulgarie, la Hongrie -, sont des pays qui, pour diverses raisons, ne sont pas franchement pas recommandables. Avoir des avocats pareils ne rend service aux pays des Balkans. C'est un peu gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge.

Du côté des Balkans, tout dépend de qui est au pouvoir. La plupart du temps, des politiciens, comme le Premier ministre monténégrin Milo Djukanovic ou son homologue serbe Vucic, sont là depuis les années 90 et ont éventuellement retourné leur veste pour adopter un discours européen, mais ne changent pas leur pratique politique. Il faut se garder de croire que leur intérêt est d’intégrer l’Union européenne le plus vite possible. La perspective européenne est, pour eux, une rente de situation.

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