A Fukushima, le stress de la lutte contre un "ennemi invisible"

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Combattre la menace radioactive, c'est lutter contre un "ennemi invisible", ont raconté une cinquantaine de pompiers de Tokyo de retour d'une mission à très haut risque à quelques mètres des réacteurs accidentés de la centrale de Fukushima.

Yukio Takamaya et ses hommes ont lancé 60 tonnes d'eau en vingt minutes avant de se replier en zone sûre.

"Cela a été difficile de mener à bien la mission et de ramener les hommes sans heurts en une si courte période", témoigne le chef de l'équipe spéciale des secours des pompiers de Tokyo.

"Nous avions l'impression de lutter contre un ennemi invisible", ces émissions radioactives qui obligent à prendre des précautions très strictes afin de protéger les hommes.

A bord de leurs camions rouges ultra-protégés, les pompiers se sont approchés du réacteur 3, l'un des plus endommagés. Ils ont déployé la longue lance flexible de 22 mètres pour diriger un puissant jet d'eau vers le toit totalement éventré du bâtiment. Un tuyau de 350 mètres de long reliait le camion à l'océan Pacifique, où est pompée de l'eau de mer.

Ils ne peuvent voir leur cible: la piscine de combustible usé, dont l'assèchement menace de libérer d'importantes quantités de radioactivité. Ces opérations d'arrosage sont menées quasiment sans interruption par des équipes qui se succèdent et sont régulièrement examinées par des médecins.

L'exploitant de l'installation, Tokyo Electric Power Co (Tepco), a annoncé que sept personnes avaient été exposés à des niveaux élevés de radiations supérieurs à 100 millisieverts.

Cette dose est le niveau maximal admissible lors des opérations d'urgence sur une centrale nucléaire, mais cette limite annuelle a été relevée à 250 millisieverts pour la crise en cours.

"Il n'y a pas d'effet nocif" pour la santé des personnes exposées, qui continuaient à travailler, selon un responsable de Tepco, Takeo Iwamoto. Malgré les risques, "le moral de nos hommes est très élevé", a affirmé Toyohiko Tomioka, un autre chef des pompiers.

Mais, en parlant devant la presse, sa voix trahit une profonde émotion. "Vous savez, on a laissé derrière nous nos familles. Je pense à elles. Je veux m'excuser auprès d'elles pour le stress", dit-il, les yeux mouillés. Un total de 139 pompiers, équipés de trente camions et autres véhicules, ont été mobilisés au sein de l'unité d'élite déployée pour combattre le pire accident nucléaire de l'histoire japonaise.

"Nous sommes capables de surmonter nos peurs car nous avons été longuement informés des dangers du nucléaire", explique Yasuo Sato, 58 ans, son commandant. Sur le plan personnel, il espère avoir respecté le voeu de sa femme qui, lorsqu'il lui a annoncé son départ pour Fukushima, lui a demandé de "sauver le Japon".

Après ces longues journées sans repos, M. Sato avoue n'avoir qu'une envie lorsqu'il rentrera chez lui: dormir.

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