International Le "Financial Times" s'est infiltré parmi les femmes embauchées au dîner de charité organisé annuellement par le Presidents Club. Le journal rapporte des faits d'agressions et de harcèlement sexuels, que n'ignorent sans doute pas les organisateurs. Ils vont cesser leurs activités.

Reporter au Financial Times, Madison Marriage s’est infiltrée jeudi dernier dans une des soirées les plus huppées de Londres, le «Presidents Club Charity Dinner», organisé à l’hôtel Dorchester. Son principe est aussi simple que classique : de riches personnalités (PDG, politiques, financiers, sportifs, journalistes…) se réunissent pour lever des fonds qui iront à des œuvres de charité. On y achète, par exemple, une voiture de sport pour financer un hôpital pour enfants. Cet événement a toutefois une particularité : il est réservé aux hommes. Ils étaient 360 ce soir-là. Mais il y avait tout de même des femmes : les 130 hôtesses embauchées pour l’occasion, à qui il avait été ordonné de venir avec des «vêtements noirs serrés, des sous-vêtements assortis et des talons hauts», selon le Financial Times.

Madison Marriage, qui s’est fait embaucher en tant qu’hôtesse, a enregistré la soirée en caméra cachée, et en a rendu compte dans un article à lire ici.

Elle écrit qu’au cours de la soirée, «beaucoup des hôtesses ont subi des attouchements, des commentaires obscènes et des demandes répétées, de la part d’invités, de les accompagner dans des chambres». Certaines «ont raconté que des hommes ont mis leurs mains sous leur jupe à plusieurs reprises, l’une d’elles qu’un invité lui a montré son pénis». Ils étaient nombreux aussi à vouloir tenir la main d’une hôtesse toute la soirée. Pendant ce temps, on leur proposait, par exemple, d’acheter une séance de chirurgie esthétique pour «épicer [leur] femme». L’article raconte que de nombreuses hôtesses abordaient la soirée avec appréhension, l’une d’elles se demandant «ce qu’[elle] faisait là à nouveau».

Contrat interdisant de parler de la soirée

Dans la brochure distribuée aux invités, une page intitulée «le code des gentlemen du Presidents Club» explique qu'«aucune forme de harcèlement» envers les équipes de la soirée «ne sera tolérée». La dangerosité de cet événement pour les hôtesses est donc connue de la société qui les embauche, Artista. Et pourtant, la patronne de cette entreprise, tout en les prévenant une heure avant la soirée que des hommes risquaient de les «ennuyer», leur a demandé de s’habiller «sexy», les a obligées à déposer leurs téléphones portables dans des casiers verrouillés et a suggéré à l’une d’elles de ne pas dire à son petit-ami que la soirée était réservée aux hommes. Elles devaient aussi signer un contrat les interdisant de parler de la soirée. Durant la fête, elles étaient pressées d’aller au contact des hommes – tout en ayant été invitées par la patronne d’Artista à venir la voir si quelqu’un devenait «trop pénible».

Interrogé par le Financial Times, le Presidents Club a d'abord réagi en promettant d’enquêter sur ce qui est avancé par le journal. Puis il a annoncé, dans un communiqué publié en fin de journée, qu’il va mettre fin à ses activités et reverser l’argent qu’il lui reste à des œuvres pour les enfants. Un peu plus tôt, David Meller, co-président du Presidents Club qui siège également au ministère britannique de l’Education, a démissionné de ses fonctions gouvernementales.

La patronne d’Artista, quant à elle, a répondu qu’elle «n’avait pas connaissance de faits de harcèlement sexuel». Ajoutant : «Vu le calibre des invités, je serais stupéfaite.»

Theresa May "choquée" par un gala de charité entaché de harcèlement sexuel

"J'ai été franchement choquée quand j'ai lu l'article", a déclaré la Première ministre, interviewée par Bloomberg en marge du Forum économique mondial de Davos. "Je pensais que ce type d'attitude consistant à considérer les femmes comme des objets appartenait au passé".

"Nous avons encore beaucoup de travail", a commenté Theresa May. "Je continuerai à oeuvrer jusqu'à ce qu'on puisse dire que les femmes sont acceptées et traitées en égales des hommes".