A quoi ressemblent les camps pénitentiaires russes ?

L.Be (avec AFP) Publié le - Mis à jour le

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International Les trois jeunes femmes du groupe punk russe Pussy Riot ont été condamnées vendredi à deux ans de camp pénitentiaire. Mais à quoi ressemblent ces lieux de détention? Quelle sera leur vie ?

Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina seront détenues avec des meurtrières et des voleuses dans des chambrées de cent personnes, en uniforme, avec leur nom sur la poitrine.

Le système pénitentiaire russe prévoit un seul type de détention pour les femmes, le camp à régime ordinaire. La palette est beaucoup plus large pour les hommes : camp à régime ordinaire, à régime sévère, à régime spécial, et prison.

Un camp est un ensemble de bâtiments (administration, dortoirs des détenus, zone de travail...) entouré de palissades, de barbelés et de miradors, le plus souvent adossé à des villages.

Voici les conditions de vie dans ces camps, selon les informations du site web de l'administration pénitentiaire et une responsable de l'ONG moscovite Prison et Liberté, Elena Gordeeva, qui depuis des années visite ces lieux pour aider les détenues.

Punir eux-mêmes leurs camarades en échange de privilèges

Les prisonnières portent un uniforme vert avec leur nom marqué sur la poitrine et les vêtements personnels sont interdits. Elles ont le droit de téléphoner, en général une fois par mois, et la conversation ne peut dépasser 15 minutes. Contrairement aux hommes prisonniers, les détenues peuvent recevoir un nombre illimité de colis.

Elles vivent le plus souvent dans des chambrées de 100 à 120 femmes. La journée, qui commence avec le réveil à 6H, est marquée par plusieurs rassemblements dehors pour compter les prisonnières. Si la température descend en dessous de -30 degrés, l'appel - qui peut durer une trentaine de minutes - se fait à l'intérieur.

Les récidivistes et les femmes condamnées pour la première fois sont détenues dans des camps différents. Les Moscovites ne sont pas forcément envoyées dans l'un des deux camps situés dans la région de Moscou, mais peuvent se retrouver à des centaines de kilomètres de là.

Sur les 750 camps que compte la Russie, contre seulement 7 prisons, certains s'inscrivent dans la même logique carcérale que les anciens Goulags où l'humiliation est le pain quotidien des détenus. "La tradition, chez les geôliers, est de choisir certains prisonniers pour contrôler et punir eux-mêmes leurs camarades en échange de privilèges ", relate Lev Ponomarev, créateur de l’ONG "Pour la défense des droits des prisonniers", et dont La-Croix.fr relaye les propos.

LeFigaro.fr revient sur l'histoire de Svetlana Bakhmina incarcérée dans la colonies n°14 suite à une affaire de détournement de fonds. "La colonie, ça a été un choc. Je suis arrivée au début de l'hiver, la neige tombait sans discontinuer. J'ai vu une foule de femmes identiques, portant les mêmes vestes grises en coton matelassé et les mêmes foulards sur la tête", se remémore-t-elle.

727.000 prisonniers dans les camps

Actuellement, quelque 59.000 femmes sont détenues (sur un total de 727.000 prisonniers) dans 46 camps en Russie. C'est donc davantage un "univers d'hommes" comme le constate Lioudmila Alpern, sociologue au Centre d'action pour la réforme de la politique pénale. Le site français se fait l’écho de ses propos. "Il n'y a aucun espace d'intimité. Cela casse complètement les repères de genre. Pour beaucoup de détenues, c'est très traumatisant".

Pas de quoi, semble-t-il, décourager le moral des Pussy Riot. Dans une interview publiée vendredi par le journal Novaïa Gazeta, les prévenues ont en effet indiqué qu'elles ne demanderaient pas à M. Poutine de les gracier. "C'est à lui de nous demander (...) de le gracier", a déclaré Nadejda Tolokonnikova.

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