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La confirmation par les Etats-Unis du relèvement dès vendredi des droits de douane sur l'acier et l'aluminium importés de l'Union européenne, du Canada et du Mexique constitue "un jour sombre pour le commerce international, et ne va pas dans le sens d'un renforcement de l'alliance transatlantique", a déploré jeudi le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, dans un entretien avec l'agence Belga. La Belgique se range certes derrière les annonces européennes d'une procédure de règlement des contentieux à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et de l'établissement d'une liste de produits sur lesquels appliquer des contre-mesures.

Mais M. Reynders (MR) souligne aussi la nécessité de prendre des mesures de sauvegarde dès lors que des produits européens destinés aux Etats-Unis risquent de revenir dans l'UE, de même que risquent d'y arriver des produits canadiens et mexicains qui ne trouveraient plus place sur le marché américain.

Pour la Belgique, des effets directs se feront sentir sur le secteur sidérurgique, ainsi que des effets indirects sur les échanges du port d'Anvers, ajoute le ministre libéral.

Bourgeois alarmant

Le ministre-président flamand Geert Bourgeois a vivement réagi jeudi à l'annonce par les Etats-unis d'un relèvement des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium, soutenant la position de l'UE tout en mettant en garde contre une escalade des conflits. Face à la "mesure protectionniste" du président américain Donald Trump, M. Bourgeois (N-VA) défend "des échanges commerciaux libres et équitables, capables de rendre le monde meilleur", selon lui.

"Les mesures protectionnistes mènent inévitablement à des contre-mesures. Ce qui conduit à une spirale négative de conflits commerciaux, et peut-être pire", ajoute-t-il dans un communiqué.

Le chef du gouvernement flamand appelle les États de l'UE à ne pas jouer les uns contre les autres, à ouvrir une procédure à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et à prendre des mesures "proportionnées et compatibles avec les règles de l'OMC", soit la position adoptée par la Commission européenne.

Pour autant, l'UE doit continuer à entretenir un dialogue constructif avec Washington et plaider une relation commerciale transatlantique étroite, seule capable d'offrir des gains mutuels, ajoute M. Bourgeois.

Il demande aussi de conclure rapidement les traités commerciaux avec le Japon, Singapour, le Mexique et le Vietnam ainsi qu'avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay).

L'économie belge en général et flamande en particulier est fortement dépendante des échanges commerciaux internationaux transitant notamment par le port d'Anvers, alors que le Brexit fait déjà planer la menace de pertes commerciales avec le Royaume-Uni.

Le secteur sidérurgique belge est désillusionné

Le relèvement des droits de douane sur l'acier annoncé jeudi par le président des Etats-Unis est un vrai coup dur pour le secteur sidérurgique belge. Pour certaines entreprises, la perte sur chiffre d'affaires pourrait être de 10 à 15%, selon le Groupement de la sidérurgie (GSV).

La Belgique exporte chaque année 150.000 tonnes d'acier vers les Etats-Unis, soit 2% des exportations totales d'acier belge. "Cela semble peu, mais pour certaines entreprises, la part des exportations vers les USA peut représenter 10-15%" du chiffre d'affaires, selon le directeur général du GSV Philippe Coigné. Parmi les entreprises qui pourront être les plus touchées, il cite Industeel (Charleroi), NLMK à Clabecq ou encore Aperam (Genk et Châtelet).

Il y aura aussi des effets indirects, prévient le groupement professionnel. L'acier qui n'est plus exporté vers les USA atterrira sur le marché européen, ce qui pèsera sur le marché au détriment de l'acier du continent, selon M. Coigné.

Le secteur demande un monitoring précis des importations d'acier par l'Union européenne et des mesures sous forme de taxes si cette importation devient excessive.

"C'est un mauvais jour pour le secteur de l'acier, mais aussi pour le commerce mondial", conclut le secteur.

La Fédération des entreprises technologiques Agoria estime l'impact du relèvement des droits de douane sur l'acier à 250 millions sur l'économie belge. "De mauvaises nouvelles, mais qu'il ne faut pas dramatiser", selon le conseiller Frank Vandermarliere. Une escalade de type guerre commerciale serait pire, avec un scénario redouté d'augmentation de taxes sur les voitures européennes. Cela affecterait directement les deux usines de fabrication belges et les nombreux fournisseurs du secteur automobile allemand, et causerait une perte pour la Belgique pouvant se chiffrer à 2 milliards d'euros. "Agoria préconise une réaction modérée de l'Union européenne, pour une éviter une guerre commerciale totale", conclut la fédération.