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Après avoir rasé leur célèbre Mur, les Berlinois s'apprêtent à fermer leur aéroport de Tempelhof, un morceau d'histoire qui accueillit en 1948-1949 le pont aérien qui les sauva de la famine.

Une consultation d'initiative populaire, organisée par des tabloïdes conservateurs et soutenue par la chancelière Angela Merkel, n'a en effet pas atteint dimanche le quorum des 25 pc des voix nécessaire. Si une majorité des voix exprimées s'est prononcée pour la sauvegarde du vétuste aéroport de Tempelhof (60 contre 40 pc), leur nombre n'est pas suffisant.

Après avoir épuisé tous les recours juridiques, SN Brussels airlines a dès lors entamé des négociations pour dévier après l'été ses vols vers l'aéroport de Tegel. La compagnie belge assure de cinq à six rotations par jour vers Berlin, et ses clients - près de 200 000 par an - apprécient la proximité de Tempelhof, desservi par un métro, au centre-ville.

"Nous demandons à Tegel les mêmes slots qu'à Tempelhof. Si nous n'avons pas cela, il y aura discrimination", a averti lundi Geert Sciot, l'un des porte-paroles de la compagnie belge.

Tegel est une solution temporaire car, à terme, tous les vols seront orientés vers l'aéroport en construction du Berlin Brandenburg International (BBI), bâti sur le site de Schönefeld, l'ancien aéroport de Berlin-Est.

Le vote de dimanche a en tout cas montré la profonde division des Berlinois à l'égard de ce bâtiment construit à partir de 1940 par l'architecte Ernst Sagebiel.

Les Berlinois de l'Ouest, attachés au souvenir du pont aérien américain, se sont prononcés en masse pour Tempelhof. Les Berlinois de l'Est ont été plus sensibles aux dires du maire social-démocrate Klaus Wowereit qui a promis la création de 40 000 emplois à Berlin grâce à la construction du nouvel aéroport. Autre argument de choc : l'immense Tempelhof - le deuxième complexe administratif du monde après le Pentagone - n'était pas rentable et a perdu 115 millions d'euros en dix ans. Le projet est de transformer le site de Tempelhof en parc et en centre culturel.

"Je comprends bien les sentiments de ceux qui se sont opposés à la fermeture de l'aéroport pour des raisons sentimentales ou historiques", a déclaré lundi le maire. Mais "j'appelle les partisans à respecter" le scrutin.

Les "candy bombers"

Le pont aérien américain débuta en juin 1948 après la fermeture par l'Union soviétique des accès à la zone occidentale de Berlin. Staline voulait étrangler les Berlinois, en les privant des vivres et de fuel. L'administration Truman prit la décision de les approvisionner par la seule voie possible, aérienne. Des DC3 ou DC4 se lancèrent dans un ballet incessant, apportant près de 5 500 tonnes par jour. Ce pont a laissé des souvenirs tenaces aux enfants d'alors : les Américains larguaient dans le ciel des chocolats attachés à des mouchoirs transformés en parachutes. D'où le nom de "candy bombers" donné par les Américains à leurs avions. Les Allemands parlaient eux de "rosinen", de raisins.