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C'est l'histoire d'une Française, qui s'est directement adressée à un orphelinat à Katmandou pour adopter un petit Népalais. Moyennant 3 000 dollars, on lui a envoyé la photo de l'enfant promis. Sans même vérifier si elle avait obtenu l'agrément des autorités françaises. Sans même donner de garanties d'adoptabilité de l'enfant.

"Au Népal, ils sont spécialistes. On déclare un enfant trouvé, avec rapport de police, alors qu'il a toute sa famille. On lui vole son identité" , explique Marlène Hofstetter, responsable du dossier "Adoption internationale" à la Fondation "Terre des hommes".

L'organisation, qui vient de publier un rapport "pour une responsabilité éthique des pays d'accueil", fustige précisément l'adoption privée, telle qu'elle est encore pratiquée en France, en Espagne ou en Suisse - mais plus en Belgique, sans le recours à un organisme agréé d'adoption.

"Les pires abus"

Elle s'inquiète plus encore lorsque des parents partent à la recherche d'un gamin, sur Internet par exemple, dans des pays qui n'ont pas ratifié la Convention de La Haye réglementant l'adoption entre pays depuis 1993. "Des couples travaillent à l'étranger ou ont des contacts avec ces Etats, et nous n'avons pas voulu faire d'exclusion", justifie Wolfgang Meincke, responsable du placement des enfants au ministère allemand de la Famille. "Mais nous n'avions pas, en 2001, évalué les risques de l'adoption privée", reconnaît-il.

"Ce type de procédure est le lieu potentiel des pires abus de l'adoption internationale : sélection des enfants par les candidats adoptants, pressions sur les parents d'origine, corruption, faux documents, illégalités procédurales, enlèvements d'enfants", égrènent les auteurs du rapport intitulé "Adoption : à quel prix ?" et présenté hier à Bruxelles. Or, en France et en Suisse, deux tiers des adoptions internationales passent par cette filière. "Et souvent, les parents ne sont pas conscients qu'ils sont piégés dans des situations très complexes de trafic d'enfants", précise Marlène Hofstetter. Les lacunes législatives des pays d'accueil sont considérées comme des facteurs favorisant la corruption, la pression et l'illégalité.

"Par la pression sur les pays d'origine que représentent des centaines, voire des milliers d'adoptants individuels insistant auprès des mêmes autorités surchargées, l'adoption privée constitue en outre un frein essentiel au développement d'une adoption internationale centrée sur les enfants et non les adultes", remarque "Terre des hommes". "Notre but est de donner une famille à un enfant et non un enfant à une famille", se défend Richard Bos, secrétaire général de l'Autorité centrale en France, très critiquée par l'organisation.

L'un des problèmes fondamentaux, c'est que, contrairement aux idées reçues, la demande dépasse l'offre. En Belgique, citée en exemple par "Terre des hommes", on informe les parents que l'environnement international est fait de "possibilités décroissante et de concurrence croissante", indique Didier Dehou, directeur de l'Autorité centrale communautaire française. "Nous savons pertinemment que la demande croissante ne sera peut-être pas rencontrée."