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Absent mais omniprésent: Emmanuel Macron a été la cible mardi des deux motions de censure mardi de droite et de gauche sur l'affaire Benalla, une initiative fustigée par Edouard Philippe qui a promis "de ne pas ralentir" les réformes.

Ce "scandale, c'est celui d'un chef de l'État qui a protégé, qui a privilégié un homme qui lui a rendu des services", "barbouze s'il en est", et d'un gouvernement qui a "abdiqué", a tonné le patron du groupe LR Christian Jacob, sous les protestations de la majorité, en défendant la première motion. Cette affaire "laissera des traces profondes. Des traces politiques et morales pour le chef de l'État et des traces institutionnelles dans l'organisation des pouvoirs publics", a-t-il clamé.

Second orateur, le président des communistes André Chassaigne, défenseur de la motion PS-LFI-PCF, a estimé que "l'affaire Macron-Benalla a permis de lever le voile sur la réalité de l'exercice du pouvoir par le président de la République" et a "ouvert une plaie qui ne se refermera pas".

Dans sa réponse, Edouard Philippe a déploré "une instrumentalisation politique" et une "volonté d'atteindre" Emmanuel Macron.

"Vos motions de censure ne sont rien d'autre que des motions de blocage", a répliqué le Premier ministre, évoquant "l'espoir" des oppositions "de ralentir le rythme de la transformation du pays". "Nous ne ralentirons pas, nous ne lâcherons rien, nous irons jusqu'au bout de notre projet", a-t-il promis.

Sur le fond de l'affaire, Edouard Philippe a jugé que "la démocratie avait fonctionné" avec des enquêtes administrative, judiciaire et parlementaires.

gloubiboulga polémique 

Avant de se livrer à une longue défense de l'action du gouvernement depuis un an, il a renvoyé le PS à sa lenteur à réagir sur l'affaire Cahuzac fin 2012, et LR au refus de Nicolas Sarkozy d'une commission d'enquête sur les sondages de l'Elysée en 2010.

"Les faits ne permettent à personne d'évoquer je ne sais quelle milice parallèle. Ils ne permettent à personne de parler de dérive monarchique ni d'impunité", a estimé le Premier ministre, jugeant que les commissions d'enquête entretenaient la "confusion avec le pouvoir judiciaire".

Dans les couloirs ou sur Twitter, les députés LREM critiquaient aussi les motions: "bide annoncé", "gloubiboulga polémique", "en ce 31 juillet, les zéros sont fatigués"...

Chacune des deux motions sera soumise à un vote en début de soirée. Aucun suspense sur les scrutins: ni LR avec 103 députés, ni la gauche avec 63, ne peuvent, même en votant tous les uns pour les autres, rassembler la majorité requise de 289 voix qui ferait chuter le gouvernement.

Alexandre Benalla, mis en examen après des violences contre des manifestants le 1er mai à Paris, revendique dans les médias "une réaction de citoyen" contre des manifestants qu'il qualifie de "casseurs", alors qu'une nouvelle enquête vient d'être ouverte pour d'autres violences le même jour.

L'affaire a provoqué le report de l'examen de la révision constitutionnelle, texte emblématique pour Emmanuel Macron, jusqu'au plus tôt la seconde quinzaine de septembre. Pour la majorité, le dossier Benalla n'était d'ailleurs "qu'un prétexte" des oppositions pour bloquer cette réforme.

A gauche, socialistes, communistes et Insoumis ont surmonté leurs divisions pour rassembler les 58 signatures nécessaires à leur motion, seul "moyen" selon eux d'obtenir des explications, face notamment à une "obstruction" de la majorité dans la commission d'enquête de l'Assemblée - la commission a implosé avant la fin de ses travaux.

Insoumis et communistes voteront la motion de la droite. Les socialistes à l'inverse ne voteront pas la motion LR "car nous ne voulons pas préparer une alternative ensemble", a justifié M. Faure.

A droite, LR ne votera pas la motion de gauche. Quant à "l'immense majorité" du groupe UDI-Agir, elle ne votera aucune des deux motions, jugées "hors sujet" par le co-président du groupe, Franck Riester. Marine Le Pen et les non-inscrits RN (ex-FN) voteront les deux motions.

La majorité espère, comme le président de l'Assemblée François de Rugy (LREM), qu'avec ces motions, "nous fermerons cette +affaire+".

Mardi, Christophe Castaner, délégué général de La République en marche, a affirmé devant la commission d'enquête du Sénat qu'une procédure de licenciement avait été engagée contre son employé Vincent Crase, présent aux côtés de M. Benalla le 1er mai, et également mis en examen.

Le parquet de Paris a aussi annoncé que l'enquête concernant des violences commises le même jour au jardin des Plantes a été élargie à d'autres faits présumés, après la diffusion d'une nouvelle vidéo sur laquelle semblent apparaître Alexandre Benalla et Vincent Crase.