International Un collaborateur de Macron a été filmé en train de frapper un manifestant. Benjamin Masse Correspondant à Paris

C’est sans doute l’affaire la plus embarrassante à laquelle ait été confronté Emmanuel Macron depuis le début de son mandat.

Mercredi soir, "Le Monde" révélait qu’Alexandre Benalla, un collaborateur du chef de l’Etat à l’Elysée, s’était fait passer pour un membre des forces de l’ordre, le 1er mai dernier à Paris, afin de commettre des violences sur des manifestants.

Benalla, chargé de mission auprès du chef de cabinet du Président, a été identifié sur une vidéo filmée par deux militants de la France insoumise. Il porte alors un casque noir orné d’un écusson, et d’un brassard de police. Dans une séquence violente, on le voit en train de traîner une jeune fille sur plusieurs mètres, puis de frapper un homme déjà à terre. Des actes qui pourraient être constitutifs de plusieurs délits.

Mais l’affaire n’est pas gênante seulement pour l’intéressé. L’Elysée est également dans la tourmente. Le directeur de cabinet de Macron, Patrick Strzoda, avait autorisé Alexandre Benalla à participer à l’opération de la préfecture de police de Paris - certes uniquement "en tant qu’observateur", comme Strzoda l’a précisé au "Monde". Mais l’Elysée, qui a rapidement eu connaissance des faits, n’a sanctionné le fautif que très légèrement : il a été suspendu temporairement, du 4 au 19 mai, puis affecté à un poste administratif en interne.

Par ailleurs, Patrick Strozda, supérieur hiérarchique de Benalla, n’a pas respecté le Code de procédure pénale, qui stipule que "toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert à la connaissance d’un crime ou d’un délit, est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République".

Ce qui n’a pas été fait. C’est seulement ce jeudi, au milieu du tumulte médiatique, que le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour "violences par personne chargée d’une mission de service public", et "usurpation de fonctions". Enfin, si le cabinet de l’Elysée est en première ligne, l’affaire est aussi gênante pour Emmanuel Macron lui-même. Le chargé de mission était en effet bien connu du chef de l’Etat. Ancien garde du corps de Martine Aubry, puis de François Hollande en 2012, Benalla a été embauché par Macron en 2016 pour sa campagne présidentielle, en tant que chef de la sécurité.

Réponse laconique

Après la victoire de 2017, il est demeuré le "Monsieur Sécurité" officieux du Président. On peut le voir au plus près du chef de l’Etat, lors de plusieurs déplacements de Macron. Il aurait d’ailleurs continué à assumer cette fonction après sa suspension : il a ainsi travaillé au sein de l’équipe chargée de la sécurité lors de l’entrée au Panthéon de Simone Veil, le 1er juillet dernier. Il était aussi présent dans le bus des Bleus, lundi 16 juillet, lors de la parade sur les Champs-Elysées.

L’opposition a évidemment fait ses choux gras de cette accumulation de dysfonctionnements. Jean-Luc Mélenchon, le patron des Insoumis, a relevé que "si n’importe qui fait la police, ce n’est plus un Etat de droit". Quant à Laurent Wauquiez, le président des Républicains, il a demandé à être sûr "qu’à l’Elysée, on n’a pas cherché à camoufler cette affaire". Tous les deux ont réclamé une explication de la part de Macron lui-même. Pour l’heure, à une question d’un journaliste qui lui demandait si "la République n’est pas entachée", le chef de l’Etat s’est contenté de répondre : "Non, la République est inaltérable." Une réponse laconique qui ne suffira certainement pas à clore le dossier.