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Dix-neuf pays de l’Union européenne ont pris cette décision. Moscou promet de riposter.

Les autorités belges ont finalement décidé, à leur tour, de procéder au renvoi d’un membre du personnel diplomatique russe accrédité auprès du royaume. La décision a été prise lors d’une réunion des membres du Comité ministériel restreint mardi en fin de journée, en réponse à l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal en Grande-Bretagne.

"Compte tenu de la gravité des événements de Salisbury et de la haute probabilité de l’implication de la Russie dans cette attaque, nous considérons que cette mesure est pleinement justifiée", indique le communiqué du Premier ministre Charles Michel. "Cette décision sera signifiée à l’ambassadeur russe dans les 48 heures. La personne concernée aura 14 jours pour quitter le territoire." Dans le même temps, la Belgique continue à plaider pour le maintien d’un "dialogue franc et ouvert" avec Moscou sur les sujets d’intérêts communs. "La Russie sera toujours un grand voisin de l’Union européenne", a rappelé Charles Michel devant le comité d’avis sur les questions européennes du Parlement.

Bruxelles rejoint ainsi la liste des capitales de l’Union européenne qui ont opté pour le renvoi de diplomates russes.

L’Autriche préfère jouer les "ponts"

Neuf des vingt-huit Etats membres ont en revanche décidé de ne pas embrayer. Malte et le Luxembourg se sont dits solidaires, mais expulser un représentant russe signifierait pour eux couper leurs relations avec Moscou, craignent-ils. La Grèce, Chypre, la Bulgarie, la Slovaquie, la Slovénie et le Portugal préfèrent rester prudents.

Quant à l’Autriche, elle entend jouer un rôle de médiateur dans la crise opposant les pays occidentaux au Kremlin, un"pont entre l’Est et l’Ouest", comme l’ont expliqué le chancelier Sebastian Kurz et la ministre des Affaires étrangères Karin Kneissl. C’est Vienne qui, il y a huit ans, avait mis son aéroport à disposition pour un échange d’espions entre Américains et Russes. Parmi ceux venus d’outre-Atlantique, la célèbre Anna Chapman. Et parmi ceux arrivés de Moscou, Sergueï Skripal.

Aux pays qui ont opté pour les expulsions, dont les Etats-Unis, Moscou a promis mardi une riposte, "n’en doutez pas !" a lancé le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, depuis Tachkent où il effectuait une visite officielle."Parce que personne ne souhaite tolérer une telle muflerie et nous n’allons pas le faire."


L’Otan écarte dix représentants russes tout en prônant un "dialogue politique" avec Moscou

Sept diplomates de la mission russe à l’Otan se sont vus retirer mardi leur accréditation et trois ont vu leur demande rejetée. Telle est la réponse donnée à Bruxelles par le secrétaire général de l’Alliance, le Norvégien Jens Stoltenberg, à l’affaire de l’empoisonnement au Royaume-Uni, le 4 mars, de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.

Une affaire qui n’est rien d’autre que "la première utilisation d’un agent neurotoxique sur le territoire de l’Otan", a souligné Jens Stoltenberg. Dès le 14 mars, le secrétaire général avait insisté sur le fait que cette arme chimique avait été développée par des scientifiques russes et qu’il était"hautement probable que la Russie était responsable" de son utilisation, selon le débriefing fait par les Britanniques.

La décision du Conseil Atlantique Nord, réuni mardi au niveau des ambassadeurs, réduit de facto le nombre de diplomates à vingt au sein de la mission permanente de la Fédération russe à l’Otan.

"Nous estimons que ce nombre permettra encore de maintenir un dialogue politique suffisant", a insisté le secrétaire général, lequel ne cesse de rappeler la double stratégie de dialogue et de dissuasion que suivent les alliés avec leur grand voisin.

A noter que l’Otan attend toujours un nouvel ambassadeur russe depuis le départ d’Alexandre Grushko, le 22 janvier, nommé comme vice-ministre chargé des Affaires européennes à Moscou. Dans une interview en décembre, à l’agence de presse Sputnik, ce dernier s’était plaint de voir son pays "forcé dans une forme de compétition militaire dans le centre de l’Europe", qui n’est pas le choix de la Russie. Le poste du plus haut représentant militaire reste "vacant", selon le site de la mission russe, ce qui semble indiquer une volonté des Russes de diminuer leur représentation auprès de l’Alliance.

Les Russes et les alliés continuent à se parler au sein du Conseil Otan-Russie, dont une prochaine réunion est en préparation selon M. Stoltenberg. Mais les armées poursuivent, pas à pas, leur jeu du chat et de la souris en faisant circuler leurs avions, navires et sous-marins. L’armée russe continue à se déployer dans le Donbass ukrainien tandis que l’Otan donne ses conseils jusque dans les bureaux du Premier ministre ukrainien.

© Afp