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Le climat était délétère vendredi au procès de l'ex-secrétaire d'Etat Georges Tron après le rejet de la demande de renvoi émanant de la défense, qui affirme avoir voulu "soulager" le président de la cour d'assises critiqué pour sa conduite des débats.

Après le rejet de cette demande, l'audience a été suspendue. L'ex-secrétaire d'Etat à la Fonction publique et maire en exercice de Draveil (Essonne) est accusé par deux ex-employées municipales de viols et agressions sexuelles avec la participation de son ex-adjointe à la Culture, Brigitte Gruel. Tous deux clament leur innocence.

A peine le président a-t-il rejeté la demande de renvoi, que l'avocat de Georges Tron Eric Dupond-Moretti tempête: "Je ne veux pas qu'on dise que la défense a demandé le renvoi parce que la défense a peur."

Selon ce ténor du barreau, la défense entendait par cette démarche "soulager" le président de la cour d'assises qui avait, d'après Me Dupont Moretti, déclaré à des avocats qu'il aurait préféré "que ce soit une femme qui préside".

Avant de suspendre à nouveau l'audience, le président n'a pas démenti ces propos mais a affirmé qu'il s'agissait d'"une conversation privée à laquelle vous n'étiez pas présent Me Dupond-Moretti".

Un argument qui a fait bondir le ténor du barreau, jugeant après le rejet de leur demande que le président les avait "roulés dans la farine".

L'avocat de Brigitte Gruel, Frank Natali, s'était associé "à regret et compte tenu des circonstances" à la demande de renvoi.

Les parties civiles et l'avocat général voulaient au contraire que le procès continue, ce dernier défendant la "liberté d'information" et affirmant qu'il s'agissait d'un "écran de fumée" de la part de la défense.

"Si vous devez être acquitté, autant l'être tout de suite, pourquoi reporter ?" avait lancé l'avocat général, affirmant que le "débat a lieu ici, ce qui se passe à l'extérieur m'est parfaitement égal".

Médiatisation

Jugé dans le sillage de l'affaire Weinstein, le scandale Tron avait éclaté en mai 2011, dix jours après la retentissante arrestation à New York de Dominique Strauss-Kahn, alors patron du Fonds monétaire international.

Plus tôt vendredi, les avocats de la défense avaient affirmé que la "sérénité des débats" n'était plus assurée au vu de la médiatisation de l'affaire.

Ils avaient dénoncé les critiques, dans des tweets de journalistes, de l'"impartialité" du président lors de l'interrogatoire de Virginie Ettel jeudi.

"Le fait qu'un président d'assises soit mis en cause nous fait penser que peut-être le président n'ose plus poser toutes les questions dans un dossier complexe", avait déclaré Antoine Vey, second avocat de Georges Tron.

Les avocats de la défense dénonçaient également la diffusion jeudi soir d'un sujet d'Envoyé spécial avec la participation d'une plaignante, Virginie Ettel, et d'une ancienne attachée parlementaire de Georges Tron, appelée à témoigner.

Les avocats de Georges Tron avait saisi jeudi le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) pour demander la déprogrammation du sujet intitulé "Un maire aux assises: celle qui accuse".

"La diffusion d'un tel documentaire, réalisé quelques jours avant l'audience, et qui ne semble que collecter des éléments visant à porter atteinte à la présomption d'innocence de notre client (...) constitue une atteinte particulièrement grave à cette présomption, et apparaît susceptible d'influencer largement les débats de justice", écrivaient-ils dans leur lettre.

Le procès se tient à Bobigny, à l'écart de l'Essonne où Georges Tron est élu de longue date. Il est maire de Draveil (30.000 habitants) depuis 1995, conseiller départemental et ancien député (1993-2010, 2011-2012).